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Nicolas Hénin, ex-otage en Syrie, liste "nos erreurs" face à Daesh

Nicolas Hénin, le journaliste ex-otage en Syrie, vient de sortir un essai, "Jihad Academy". Il était l'invité de BFMTV ce mardi soir.

Nicolas Hénin, le journaliste ex-otage en Syrie, vient de sortir un essai, "Jihad Academy". Il était l'invité de BFMTV ce mardi soir. - BFMTV

Retenu près d'un an en Syrie en compagnie de trois autres journalistes français, Nicolas Hénin, auteur de "Jihad Academy, nos erreurs face à l'Etat islamique", était l'invité de BFMTV ce mardi soir. L'occasion pour lui de tancer les parlementaires français partis à Damas.

C'est un choix différent, qu'il a tenté d'incarner dans son livre. Nicolas Hénin, l'ex-otage retenu plusieurs mois en Syrie et libéré l'an passé, était l'invité de BFMTV ce mardi soir à l'occasion de la sortie de son ouvrage, Jihad Academy, aux éditions Fayard. Un essai dans lequel il n'a pas été question, pour l'auteur, de revenir sur ses conditions de détentions, qu'il évoque à peine, car il a "la faiblesse de penser que ça n'intéresse pas tellement le public". Mais plutôt de poser un regard critique sur l'action occidentale dans le dossier syrien, soit "nos erreurs face à l'Etat islamique", selon ses dires.

"Deux poids, deux mesures"

Dans ce qu'il considère être "un pamphlet politique" écrit "avec les tripes", le journaliste quadragénaire débute son propos par la décapitation de son ancien compagnon de cellule en Syrie et confrère américain, James Foley, assassiné l'été dernier par Daesh. L'occasion, pour Nicolas Hénin, d'insister sur le "deux poids, deux mesures" dont fait preuve l'Occident au Moyen-Orient

"Ce deux poids, deux mesures, il nourrit l'extrémisme, la frustration, la colère et la rage des gens sur place, qui se sentent abandonnés", a-t-il estimé sur notre plateau. "Il n'y a pas un Syrien qui n'a pas perdu un membre de sa famille, depuis le début de cette révolution qui au début était joyeuse, exubérante, et démocratique, avant de se militariser et de se radicaliser", a poursuivi l'ancien captif.

"Et de voir les réactions de l'Occident face à nos morts, face à l'absence d'indignation face à leurs morts, cela a grandement nourrit la radicalisation", a expliqué Nicolas Hénin.

Très critique vis-à-vis des parlementaires français partis en Syrie

Au cours de son passage sur BFMTV, Nicolas Hénin s'est également montré très critique à l'égard des quatre parlementaires qui se sont rendus en Syrie, alors que trois ont également rencontré le président syrien, Bachar al-Assad.

"J'aurais dû leur envoyer mon livre, peut-être que je les aurais fait changer d'avis, en tout cas je pense que je leur aurais certainement appris des choses", a tout d'abord réagi le journaliste, qui s'est ensuite violemment attaqué à Jacques Myard, le député-maire UMP de Maisons-Laffitte, l'un des députés qui a fait le déplacement à Damas.

"Quand je vois le compte-rendu que fait Jacques Myard, il s'illustre surtout par sa méconnaissance grasse du dossier syrien et de l'ensemble des dynamiques régionales, ce qui est triste quand on connaît son rôle au sein du groupe d'amitié franco-syrien (dont il est le président, ndlr) il devrait connaître ce pays tout de même, ainsi que son rôle dans les commissions de défense et de renseignements, on peut espérer qu'un membre de la représentation nationale soit mieux renseigné que ça", a-t-il tancé.

Faut-il parler avec Bachar al-Assad? "Non"

A la suite du retour des quatre parlementaires de leur voyage en Syrie, un long débat a animé la classe politique. Faut-il recommencer à négocier avec le président syrien Bachar al-Assad, alors que toutes les relations diplomatiques entre Paris et Damas ont cessé depuis 2012? Une question à laquelle Nicolas Hénin a répondu de manière catégorique par la négative:

"Parler avec Bachar, c'est deux choses: tout d'abord une faute morale, car il est à l'origine de beaucoup plus de morts que de l'Etat islamique", a-t-il estimé. "Ce serait aussi une erreur politique, qui pousserait les sunnites syriens dans les bras de l'Etat islamique."

Jé. M.