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Obama-Netanyahu: la résolution à l'ONU, coup final d'une longue relation houleuse

Benjamin Netanyahu et Barack Obama, lors d'une rencontre à New York, en septembre 2016.

Benjamin Netanyahu et Barack Obama, lors d'une rencontre à New York, en septembre 2016. - Drew Angerer - GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Le vote, vendredi dernier, d'une résolution de l'ONU condamnant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens, rendu possible par l'abstention des Etats-Unis, est l'apogée de huit ans de relation complexe entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu.

Leur relation n'a jamais été chaleureuse, mais elle s'achève dans un climat glacial. L'abstention des Etats-Unis, vendredi, à l'ONU, qui a permis le vote d'une résolution condamnant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens, marque l'apogée d'un long désaccord entre le président américain Barack Obama, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Arrivés la même année au pouvoir, les deux hommes ne sont jamais parvenus à trouver un terrain d'entente sur la question du dossier israélo-palestinien.

Colère de Netanyahu

Sans surprise, quelques instants après l'annonce du vote de la résolution réclamant l'arrêt de la colonisation, vendredi soir, la première réaction officielle israélienne tombait. Les services de Benjamin Netanyahu faisaient savoir qu'ils ne se conformeraient pas à ce texte, qui exhorte Israël à "cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est" et affirme que les colonies "n'ont pas de valeur juridique", et qui risque d'affaiblir la position de l'Etat hébreu dans de futures négociations.

Le lendemain, le Premier ministre israélien réagissait en personne, estimant que la résolution de l'ONU était "biaisée et honteuse". "Cela prendra du temps mais cette décision sera annulée", assurait-il, avant de s'en prendre directement au gouvernement de Barack Obama, l'accusant d'avoir fait un "coup anti-israélien honteux", et d'avoir brisé l'engagement américain de ne "pas dicter les termes de la paix à Israël au Conseil de sécurité des Nations unies".

Des paroles tranchantes et sans équivoque, auxquelles Benjamin Netanyahu a ajouté des menaces de sanctions, en indiquant qu'il avait d'ores et déjà donné des directives à la diplomatie israélienne pour que tous les engagements de l'Etat hébreu auprès de l'ONU, "y compris le financement par Israël d'organismes des Nations unies et la présence en Israël de représentants onusiens", soit réévalués d'ici un mois. 

Le conflit israélo-palestinien, la frustration d'Obama

Cette résolution, au lourd impact politique et diplomatique, est en quelque sorte la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, dans la relation plutôt froide entretenue par Barack Obama et Benjamin Netanyahu depuis 2009, année de leurs arrivées respectives au pouvoir.

Elle est aussi, et surtout, le résultat de la longue frustration de Barack Obama sur la question de la résolution du conflit israélo-palestinien, et ses huit années passées à tenter de convaincre Israël de renoncer à sa politique de colonisation dans les territoires palestiniens. En vain. Lors de son accession à la Maison Blanche, il y a huit ans, le président américain était certain qu'il serait celui qui parviendrait à résoudre définitivement le conflit. Mais à trois semaines de son départ du Bureau ovale, l'unique constat possible est celui d'un échec. Sa décision de ne pas opposer le veto des Etats-Unis, vendredi, à l'ONU, apparaît alors un ultime coup d'éclat, pour marquer l'histoire, quitte à essuyer les critiques de nombreux élus, républicains comme démocrates, à Washington.

Depuis des mois, l'administration Obama envoyait des signaux de plus en plus insistants sur le fait que l'accélération de la colonisation ruinait les espoirs d'un accord de paix sur la base d'une solution à deux Etats: Israël et un Etat palestinien. Mais ils n'ont jamais stoppé les ambitions de l'Etat hébreu.

"Le fait que cela arrive à la fin de nos huit ans de mandat montre que ce n'était pas l'évolution que nous préférions", a commenté Ben Rhodes, un proche conseiller d'Obama.

Huit ans de relation houleuse

Mais l'abstention de Washington trahit également les mauvais rapports personnels entre les deux responsables politiques, qui n'ont jamais développé de complicité, et ont toujours eu l'un pour l'autre une sorte de méfiance. Comme l'explique le New York Times, le texte voté vendredi est perçu par Benjamin Netanyahu comme l'ultime trahison d'un président américain supposé être son allié, mais qui ne l'a jamais vraiment été. 

La cohabitation Obama-Netanyahu a été marquée par les mésententes successives, et par de profondes divergences de points de vue et d'objectifs. Ainsi, la demande formulée par Washington qu'Israël suspende ses constructions pour pouvoir entrer dans les négociations, avait provoqué la fureur de Netanyahu. Tandis que l'annonce de nouvelles installations dans Jérusalem-Est, alors que le vice-président Joe Biden était en visite dans le cadre du processus de paix, en 2010, avait suscité la colère d'Obama. Sans oublier le dossier du nucléaire iranien, et l'accord scellé en juillet 2015 entre Washington et Téhéran, qui a marqué un point de rupture avec Israël. 

Netanyahu mise désormais sur Trump

En permettant le vote de cette résolution, Barack Obama ne se contente pas d'envoyer un dernier message à Israël, avant de quitter la scène. Il complique également la tâche de Donald Trump, qui devra gérer la suite de la crise. Mais le républicain, qui prendra ses fonctions à la Maison Blanche le 20 janvier prochain, a déjà préparé le terrain en assurant sur Twitter que "les choses" seraient "différentes à l'ONU" passée cette date, s'adressant ainsi directement aux alliés israéliens pour les rassurer, bien qu'il ne soit pas possible d'annuler le texte. 

De son côté, Benjamin Netanyahu mise sur la nouvelle administration Trump pour la gestion de l'après-résolution, et notamment pour dissuader toute prochaine action diplomatique contre Israël. Selon le New York Times, les autorités israéliennes auraient déjà pris contact avec le futur locataire de la Maison Blanche. 

Enfin, Israël a commencé à préparer la contre-attaque en annonçant réduire ses relations avec les pays ayant voté pour la résolution, dont la France fait partie. De fait, Paris s'est aussi attirée les foudres du gouvernement de l'Etat hébreu: alors que la capitale française accueillera, le 15 janvier prochain, la conférence internationale sur le Proche-Orient, le ministre israélien de la Défense a qualifié la rencontre de "procès Dreyfus".