BFMTV

En Arabie saoudite, "les femmes sont mineures à vie"

Les Saoudiennes pourront prendre le volant dès juin 2018. Le roi Salmane d'Arabie saoudite a signé ce mardi un décret "autorisant" les femmes à passer le permis et, donc, par extension, à conduire. Une révolution pour ce royaume ultraconservateur, qui reste très limité en matière de droits des femmes.

Le pays était le seul au monde à imposer cette restriction. À partir de juin 2018, les femmes pourront prendre le volant. Ces dernières avaient commencé à réclamer le droit de conduire 27 ans auparavant, en 1990. Certaines militaient "au péril de leur vie", explique sur BFMTV Clarence Rodriguez, ancienne correspondante à Riyad, la capitale du pays, et auteur de Arabie saoudite 3.0, Paroles de la jeunesse saoudienne, aux éditions Erick Bonnier.

C'est "une révolution dans une société fermée, archaïque, conservatrice", note Clarence Rodriguez. Ce décret marque donc le premier pas vers l'émancipation des femmes. Une avancée, certes, mais à prendre avec précaution. "Il y a encore beaucoup de chemin à effectuer en termes de droits des femmes", ajoute l'experte.

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux aux yeux de la loi

En Arabie-saoudite, les restrictions imposées à la gente féminine sont nombreuses. Les Saoudiennes ne sont notamment pas libres de disposer de leur corps: elles ne peuvent pas exposer leurs cheveux, ni entrer en contact visuel avec un homme, et sont contraintes de porter l'abaya, un grand carré de tissu noir qui ne laisse presque rien apparaître.

Elles doivent également être représentées par un tuteur de sexe masculin, généralement le père, le mari ou le frère, qui conditionne leurs actes les plus simples de la vie quotidienne. C'est à ce "gardien" que revient le droit d'autoriser (ou non) les femmes à sortir, étudier, travailler, ou encore, voyager. "Les femmes sont mineures à vie encore aujourd'hui", regrette Clarence Rodriguez, avant de préciser que "le droit des femmes de conduire passait après celui qu'elles souhaiteraient avoir, c'est-à-dire l'abolition du tutorat".

Les femmes n'ont pas non plus la possibilité d'ouvrir un compte en banque et n'ont donc aucune indépendance financière. Enfin, les hommes et les femmes ne sont pas égaux aux yeux de la loi. Ainsi, la parole d'un homme équivaut à la parole de deux femmes au tribunal.

Une évolution des mentalités

Dans le cadre d'un plan de réformes économiques et sociales à l'horizon 2030 pour limiter sa dépendance au pétrole, le pays semble assouplir certaines des restrictions imposées aux Saoudiennes. C'est ainsi qu'en 2015, les femmes ont pu voter et se présenter aux élections communales pour la première fois. 14 femmes ont été élues. "Depuis 5-6 ans, les femmes occupent de plus en plus la société", indique l'ancienne correspondante.

Clarence Rodriguez est plutôt confiante en l'avenir. "Une nouvelle ère est en train de s'ouvrir", s'enthousiasme-t-elle. Pour cause, la nouvelle génération semble vouloir moderniser la société. En effet, beaucoup de jeunes partent étudier à l'étranger grâce à des bourses et reviennent au pays afin d'y jouer un rôle.

Toutefois, ce droit de conduire des femmes implique, pour l'experte, toute une nouvelle organisation: "il va falloir mettre en place de infrastructures, comme les auto-écoles, et former des femmes policières", développe-t-elle. Tout cela demandera du temps et beaucoup d'efforts. 

Justine Beauvais