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Mort de Katherine Johnson, mathémacienne afro-américaine et figure de la conquête spatiale

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Katherine Johnson, mathématicienne pendant 33 ans au sein de l'unité aérospatiale de la Nasa, s'est éteinte ce lundi dans sa maison de retraite de Virginie, à 101 ans. Par ses calculs, elle avait permis à un premier Américain d'aller dans l'espace, à un autre de voler en orbite de la Terre, et surtout à la mission Apollo 11 d'aller sur la Lune et d'en revenir.

Le nez au ciel, la tête dans les étoiles, un cerveau d'extraterrestre, mais les deux pieds bien sur Terre. La vie de Katherine Gobble Johnson, née Katherine Coleman, ne ressemblait à nulle autre et elle a pourtant pris fin ce lundi, comme l'a signalé le New York Times qui a retracé son existence dans le détail. Katherine Johnson, morte ce lundi dans sa maison de retraite à Newport en Virginie, à 101 ans, était l'une des mathématiciennes les plus brillantes de la Nasa qu'elle a servie pendant 33 ans, de 1953 à 1986, dans sa prestigieuse division de recherches aérospatiales.

Là où les connaissances en mathématiques du commun des mortels s'arrêtent en général à la règle de trois, les siennes ont permis, par ses calculs au cordeau, à Alan B. Shepard Jr. d'être le premier Américain à voler dans l'espace en 1961, à John Glenn d'être le premier Américain à imiter le Soviétique Yourti Gagarine et son vol en orbite de la Terre en 1962, puis surtout aux hommes de la mission Apollon 11 de parvenir jusqu'à la lune et, pour le plus grand bonheur des astronautes et de leurs proches, d'en revenir. 

Son destin exceptionnel n'a pas seulement porté Katherine Johnson aux nues scientifiques, il épouse également les convulsions politiques et sociales de son temps. 

D'autres frontières à repousser 

Née le 26 août 1918, à White Sulphur Springs, en Virginie Occidentale, elle a trois frères et sœurs. Elle est la fille d'un fermier et d'une institutrice. Petite, elle n'a pas franchement les passions de tout le monde. En 1999, elle se souvenait ainsi auprès de l'agence Associated Press: "Je ne pouvais pas attendre d'arriver au lycée pour commencer l'algèbre et la géométrie". Mais Katherine Johnson est noire et dans sa ville, la ségrégation impose encore ses lois. En principe, elle peut donc pas rêver poursuivre son parcours au-delà de la 6e.

Son pèse se démène cependant et à chaque rentrée emmène ses enfants à Institute, à 200 kilomètres de là, pour qu'ils puissent continuer à étudier. Et bien lui en prend car le cursus de sa fille est, déjà, stratosphérique. A 10 ans, elle est lycéenne, à 14 ans, elle est diplômée. A 19 ans, elle termine son parcours à l'université de West Virginia State avec une double qualification en mathématiques et en Français, nourrie de l'enseignement de William Waldron Schieffelin Claytor, lui aussi Afro-Américain, qui très conscient du potentiel de son élève, lui confectionne des cours sur mesure. 

Mais les temps sont durs dans le sud des Etats-Unis en 1937 pour une jeune fille de son épiderme et, faute de poste, elle devient d'abord institutrice. Elle intègre cependant en 1940 une université qui jusqu'ici n'accueillait que des blancs, l'université de Virginie Occidentale. Une grossesse et un accouchement la ramènent pourtant au métier d'institutrice. 

"Une organisation très professionnelle" 

Une douzaine d'années plus tard, elle apprend que le centre de la Nasa à Langley embauche désormais des mathématiciennes noires et en juin 1953, elle rejoint l'équipe dirigée par Dorothy Vaughan, la première d'entre elle. Très vite, elle débarque dans la division de recherches aériennes de l'agence, théâtre de ses prouesses. 

En 2017, le centre de Langley a baptisé l'un de ses bâtiments en l'honneur de Katherine Johnson qui au plus lourd de ses tâches travaillait jusqu'à 16 heures par jour. Pourtant, l'endroit ne s'était pas toujours montré aussi amène envers elles et les autres "ordinateurs" - selon le surnom donné alors aux mathématiciens de la Nasa - afro-américaines. Pendant plusieurs années, Katherine Johnson et ses camarades ont ainsi dû déjeuner, dîner, travailler à l'écart des blanches qui, elles-mêmes, étaient cantonnées loin des hommes. Mais ça n'a pas duré. Dans une interview accordée en 2010 au The Observer of Fayetteville, la mathématicienne posait: "La NASA était une organisation très professionnelle. Ils n'avaient pas le temps de s'occuper de ma couleur".

Honneurs

Jim Bridenstine, administrateur de la NASA, a publié un communiqué ce lundi: "Elle a aidé notre nation à repousser les frontières de l'espace, alors même qu'elle accomplissait de grandes foulées qui ont aussi ouvert des portes aux femmes et aux hommes de couleur dans la quête universelle de l'exploration de l'espace". 

C'est pour les mêmes raisons qu'en 2015, Barack Obama lui a remis la médaille présidentielle de la Liberté.

Celle qui laisse derrière elle deux filles, six petits-enfants et onze arrière petits-enfants, a connu une dernière consécration: son personnage figurait en bonne place dans la trame du film Les figures de l'ombre sorti en 2016, dans lequel la comédienne Taraji P. Henson lui prêtait ses traits. Cet épilogue cinématographique lui a valu un crochet par la scène de la cérémonie des Oscars en février 2017. Ce soir-là, une ovation a crépité pour elle, comme un ultime hommage des étoiles du cinéma à la découvreuse d'astres. 

Robin Verner