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Les Pakistanais aux urnes pour un scrutin à hauts risques

Les Pakistanais sont appelés aux urnes, comme ici à Rawalpindi, pour des élections législatives historiques. Depuis avril, les actes de guérilla imputés aux islamistes ont fait près de 120 tués et l'insécurité a contraint bon nombre de candidats à renonce

Les Pakistanais sont appelés aux urnes, comme ici à Rawalpindi, pour des élections législatives historiques. Depuis avril, les actes de guérilla imputés aux islamistes ont fait près de 120 tués et l'insécurité a contraint bon nombre de candidats à renonce - -

par John Chalmers et Michael Georgy ISLAMABAD (Reuters) - Les Pakistanais sont appelés aux urnes samedi pour des élections législatives historiques...

par John Chalmers et Michael Georgy

ISLAMABAD (Reuters) - Les Pakistanais sont appelés aux urnes samedi pour des élections législatives historiques que les taliban ont d'ores et déjà marquées de leur empreinte.

Un attentat contre les locaux du Parti national Awami (PNA) a fait dix morts et une trentaine de blessés à Karachi, quelques heures après l'ouverture des bureaux de vote. Une deuxième explosion a retenti quelques minutes plus tard.

Une autre représentation du PNA, mouvement laïque et nationaliste, a été détruite dans le Nord-Ouest. Aucun bilan n'a été avancé. Plusieurs chaînes de télévision signalent en outre une déflagration à Peshawar, chef lieu de la province de Khyber Pakhtunkhwa, l'une des zones tribales du Nord-Ouest où les taliban sont omniprésents.

Depuis avril, les actes de guérilla imputés aux islamistes ont fait près de 120 tués et l'insécurité a contraint bon nombre de candidats à renoncer à mener campagne ouvertement. Les extrémistes, pour lesquels les élections ne servent que les intérêts des "infidèles", ont interdit aux Pakistanais de se rendre aux urnes.

L'insécurité en est certes l'un des grands enjeux de ce scrutin, mais la crise économique, le chômage, la corruption et les pannes d'électricité inquiètent tout autant. Beaucoup jugent le gouvernement sortant, le premier a être allé au bout de son mandat de cinq ans, responsable de la situation et sont tentés par l'alternance.

L'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, chef de file de la Ligue musulmane (LMP-N) et de l'opposition, qui n'est pas en bons termes avec les militaires, est donné largement favori.

Si les militaires, longtemps tout puissants, tiennent aujourd'hui à se poser en simples observateurs, ce serait une erreur d'en déduire qu'ils ont perdu de leur influence sur la vie politique.

Quel que soit le prochain gouvernement du Pakistan, ses pouvoirs seront largement limités.

PÉRIODE DÉLICATE

Pour ce qui est de la politique étrangère et de la défense, l'armée aura toujours la haute main sur les décisions, notamment en ce qui concerne les relations chaotiques avec Washington, alors que les soldats de l'Otan poursuivent leur retrait de l'Afghanistan voisin, et avec l'Inde, autre puissance nucléaire militaire de la région.

Pour de nombreux spécialistes, une victoire de Nawaz Sharif pourrait amener une période de grandes tensions entre le pouvoir civil et l'armée.

S'appuyant sur un empire financier de plusieurs milliards de dollars, le pouvoir militaire a des ramifications dans tous les secteurs de la société, notamment dans les médias et l'économie.

Les puissants services de renseignement de l'armée (Inter-Services Intelligence, ISI) sont considérés comme un "Etat dans l'Etat", qui maintient sous sa coupe de nombreux hommes politiques.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Ashfaq Kayani, présenté comme un homme posé et réfléchi, contrairement à certains de ses prédécesseurs plus sanguins, n'a cessé de répéter depuis cinq ans que les militaires n'avaient pas à diriger le gouvernement.

Le général Kayani doit prendre sa retraite en novembre. Le prochain gouvernement civil devra approuver la nomination de son successeur, qui interviendra à un moment très délicat en raison du retrait des forces occidentales d'Afghanistan.

Pour certains analystes, les militaires préféreraient qu'aucune majorité parlementaire claire ne sorte des élections de samedi. Ils aimeraient bien, dit-on, que l'ex-star du cricket Imran Khan, reconverti dans la politique, joue un rôle de pivot dans la nouvelle assemblée.

Ce dernier préconise d'abattre les drones américains à la pointe de la lutte contre la guérilla et de retirer les forces gouvernementales déployées dans les zones tribales pachtounes où les extrémistes islamistes sont omniprésents.

Quant aux militaires, ils ont perdu beaucoup de leur aura auprès de la population ces dernières années, depuis l'arrivée à leur tête de Kayani en 2007.

UN POUVOIR JUDICIAIRE RENFORCÉ

Il y a eu pendant ces années les audacieuses attaques des militants islamistes contre des bases de l'armée, mais aussi l'élimination du chef d'Al Qaïda, Oussama ben Laden, en mai 2011, abattu par un commando américain dans une ville de garnison à une cinquantaine de kilomètres d'Islamabad, cela à l'insu des autorités. Un camouflet pour les ombrageux chefs de l'armée.

Parallèlement, le pouvoir judiciaire, longtemps sous la coupe des militaires, a cherché à prendre son indépendance.

En 2007, le juge de la Cour suprême Iftikhar Chaudhry, hostile aux ingérences de l'armée dans la vie politique, a été limogé après s'être opposé à la prolongation du mandat du dirigeant militaire de l'époque, Pervez Musharraf. A la suite de nombreuses manifestations de juges et d'avocats, il avait été réintégré.

Le général Musharraf, qui avait pris le pouvoir par la force en 1999, a dû démissionner en 2008. Après plusieurs années d'exil, il est rentré en mars au Pakistan dans l'espoir de se présenter aux élections législatives.

Au lieu de cela, il a été arrêté pour son rôle dans le bras de fer engagé entre le pouvoir et les magistrats en 2007, au moment de la proclamation de l'état d'urgence.

"Les militaires étaient habitués à ne rien craindre de la justice", explique un officier à la retraite. "Mais aujourd'hui les choses ont changé. La justice est forte et indépendante."

Guy Kerivel, Nicolas Delame et Jean-Philippe Lefief pour le service français