BFMTV

Les 7 familles politiques qui ont rejeté l'accord de May sur le Brexit

May face aux parlementaires.

May face aux parlementaires. - AFP / PRU

Theresa May a une nouvelle fois perdu à la Chambre des Communes et sur un score sans appel. A 17 jours de la date convenue pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, 391 députés ont choisi de rejeter son nouvel accord négocié sur le Brexit, contre 242 de ses partisans. Les opposants au texte défendue par la Première ministre ont cependant des motivations politiques divergentes.

Theresa May ne convainc toujours pas. Mardi soir, son nouvel accord conclu avec les institutions européennes pour dessiner enfin les contours du Brexit a été rejeté par les députés de la Chambre des Communes. C'est la seconde fois qu'une telle déconvenue lui arrive. La Première ministre britannique pourra peut-être se consoler en constatant que le ressac avait été plus violent encore en janvier lors du premier refus parlementaire: 432 "MP's" avaient alors voté contre son ouvrage, 202 pour. Cette fois-ci, elle a réussi à trouver 242 soutiens, dont 40 supplémentaires au sein de sa turbulente et divisée majorité conservatrice.

Et le chaos domine aussi chez les 391 détracteurs de l'accord présenté par la patronne du gouvernement britannique. Ces derniers se partagent ainsi en huit courants qui chacun ont une raison différente de combattre la proposition de l'exécutif. 

  • Le "tout sauf un no Deal" travailliste

Le gros du rejet a été alimenté par le Parti travailliste, principal mouvement d'opposition. 238 parlementaires du Labour ont ainsi invalidé le plan qui leur était soumis (quand trois l'ont voté). La position du parti est complexe. Il milite officiellement pour une phase de transition avec maintien du Royaume-Uni dans l'union douanière et le marché intérieur de l'Union européenne. Par ailleurs, sans évoquer un possible retour en arrière sur la décision du peuple de quitter cette dernière, Jeremy Corbyn, qui dirige le Parti travailliste, a récemment lancé que sa formation était prête à déposer ou soutenir un amendement en faveur d’un vote populaire pour empêcher que le pays soit astreint au Brexit "nuisible voulu par les Tories"

En-dehors de leur opposition au plan de Theresa May, les Travaillistes s'alignent également sur une position qu'on pourrait résumer par l'expression "tout sauf un no Deal" (une sortie sans accord). 

  • L'auberge espagnole conservatrice

A la place des 118 récalcitrants de janvier, les députés conservateurs ont été 75 à recaler à nouveau la feuille de route du 10, Downing Street. Il faut noter que les Tories semblent le mouvement politique le plus profondément divisé par la question du Brexit. Le vote de ce mardi l'illustre à nouveau. En effet, parmi ce panel, on identifie à la fois des partisans du maintien dans l'Union européenne, et donc de l'organisation d'un nouveau référendum, mais aussi des "hard brexiters", qui reprochent à Theresa May d'être trop tendre dans les négociations. Dominic Grieve est la principale figure du premier courant et a voté contre l'accord de Theresa May l'estimant même "finie" auprès de la BBC, tandis que Jacob Rees-Mogg, qui emmène les tenants du Brexit dur, a détaillé, devant le même média:

"Le problème avec l'accord est qu'il ne donnait pas satisfaction pour s'assurer d'un départ propre et net de l'Union européenne et puis le 'filet de sécurité' nous aurait maintenus dans l'union douanière et de facto dans le marché européen". 
  • La méfiance des eurosceptiques nord-irlandais

Le "filet de sécurité", le "backstop" en version originale, était en fait le point névralgique du nouveau document forgé par Theresa May. Cette expression désigne le dispositif envisagé pour gérer au mieux le cas nord-irlandais une fois la sortie de l'Union européenne engagée. Celle-ci doit amener nécessairement un retour de la frontière entre l'Eire et l'enclave britannique irlandaise. Le "filet de sécurité" a été pensé pour éviter la reconstitution physique de la frontière. Dans les faits, il s'agirait de garantir la circulation des personnes et des marchandises entre l'Irlande du nord et les Etats membres de l'Union européenne dont l'Eire. Par conséquent, l'Irlande du Nord risquerait d'être plus proche des institutions européennes que de Londres.

Par extension, l'Ulster menacerait d'arrimer pour longtemps le Royaume-Uni à l'organisation continentale qu'il entend quitter. C'est pourquoi les Nord-Irlandais du Democratic Unionist Party (DUP) demandent des garanties à Theresa May sur la limitation dans le temps du "filet". Celle-ci a clamé en avoir obtenues, ses alliés nord-irlandais en ont jugé autrement. C'est pourquoi le groupe du DUP, pourtant eurosceptique, a voté contre son texte mardi, ajoutant 10 voix au concert de réprobation. 

  • Les Ecossais du SNP très pro-européens

Les autres parti non-anglais de la Chambre des Communes ont également signifié leur défiance à l'égard de l'accord. Le Scottish national Party (SNP) est de ceux-là. Mais pour ces personnalités politiques écossaises les choses sont plus simples.

Très favorables aux institutions européennes, ils réclament un nouveau délai avant l'application de l'article 50 de la Constitution européenne enclenchant la sortie d'un Etat-membre pour éloigner ce qu'ils voient comme la menace du 29 mars, date prévue pour le Brexit, et espèrent la tenue d'un nouveau référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européennes. Ils ont représenté un contingent de 35 opposants lors du suffrage.

  • Les députés gallois veulent le marché

Les quatre députés gallois du Plaid Cymru se sont associés à eux dans le vote. Leur position est là encore explicite: sans se prononcer forcément sur l'appartenance ou non à l'Union européenne, ils veulent l'emporter sur quelques chapitres économiques. 

Ils exigent ainsi l'assurance que les Britanniques vont rester intégrés au marché intérieur. 

  • "Lib-dem" et Verts espèrent un "exit from Brexit"

Deux autres mouvements se sont inscrits dans l'adversité à la cheffe du gouvernement mardi soir. La seule députée du parti vert à la Chambre des Communes ne fait pas mystère de son envie de voir un nouveau référendum sur l'opportunité d'un "Remain" ("demeurer" en français) ou d'un Brexit, comme le Guardian le rappelait ici. Caroline Lucas a donc voté contre le plan proposé. 

Plus nombreux, les Libéraux-démocrates ou "Lib-dem" n'étaient pas plus énigmatiques avant le scrutin parlementaire. L'attachement de ces derniers aux institutions européennes telles qu'elles sont est bien connu. Le parti a même échafaudé une formule pour synthétiser sa doctrine: mettre en place un "exit from Brexit" ("une sortie du Brexit"). Une formule et onze nouvelles voix contre Theresa May du côté de Westminster. 

  • Les nouveaux "indépendants" font entendre leur voix

Depuis peu les gradins du palais ont fait de la place pour un nouveau groupe: The Independent Group (TIG) en fait composé de transfuges du Labour, issus de l'aile droite travailliste, et de quelques conservateurs pro-européens. A leurs onze voix anti-Brexit et donc anti-accord s'ajoutent celles de six non-inscrits. 

Ces délicates équations parlementaires pourraient être à nouveau bousculées ces jours-ci. Ce mercredi, les députés vont se prononcer sur la possibilité ou non de rompre avec l'Union européenne sans accord. Si cette piste est rejetée, ils voteront encore jeudi pour s'accorder ou non sur la demande d'un délai. 

Robin Verner