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Le remaniement en Tunisie semble avoir un peu apaisé la rue

Un homme découvre la composition du nouveau gouvernement dans un journal tunisien devant un kiosque du centre de Tunis. Le remaniement annoncé jeudi pour écarter les caciques du régime de Zine ben Ali semble avoir quelque peu calmé apaisé les manifestants

Un homme découvre la composition du nouveau gouvernement dans un journal tunisien devant un kiosque du centre de Tunis. Le remaniement annoncé jeudi pour écarter les caciques du régime de Zine ben Ali semble avoir quelque peu calmé apaisé les manifestants - -

par Lin Noueïhed TUNIS (Reuters) - Les jeunes manifestants qui entretiennent depuis une semaine devant la Casbah de Tunis la flamme de la...

par Lin Noueïhed

TUNIS (Reuters) - Les jeunes manifestants qui entretiennent depuis une semaine devant la Casbah de Tunis la flamme de la "révolution du jasmin" étaient partagés vendredi, au lendemain de l'exclusion du gouvernement de transition des caciques du régime bénaliste déchu.

Au pouvoir depuis 23 ans, Zine ben Ali a fui son pays pour l'Arabie saoudite le 14 janvier après quatre semaines d'une révolte populaire qui a fait des dizaines de morts, abandonnant ses pouvoirs au Premier ministre Mohamed Ghannouchi.

Celui-ci a libéré les prisonniers politiques et promis des élections présidentielle et législatives démocratiques. Mais, tout en ouvrant son équipe à des opposants, il avait conservé les titulaires bénalistes des ministères régaliens de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.

Sous la pression de la foule massée autour de la Casbah, siège du gouvernement, il s'en est finalement séparé jeudi soir. Mais "la rue" n'était vendredi qu'a moitié satisfaite, à en croire les réactions partagées des manifestants.

Les plus raisonnables estimaient qu'il fallait désormais mettre fin à la paralysie du pays et laisser le gouvernement de Ghannouchi tenir ses promesses, mais les jusqu'au-boutistes, craignant que la révolution ne leur soit volée, juraient de tenir la rue jusqu'au départ du Premier ministre de Ben Ali.

"Je crois que c'est un progrès. De nombreuses portes fermées ont été ouvertes. Ceux qui font du bruit ont un frère ou un proche qui a été tué, alors ils sont encore bouleversés", explique Raëd Chaouichi, un jeune de 24 ans, devant la Casbah.

"IL FAUT ATTENDRE UN PEU"

La purge à laquelle Ghannouchi a procédé pourrait toutefois marquer un tournant dans la crise car la vie semblait revenir à la normale vendredi dans le centre de Tunis, qui a retrouvé ses embouteillages habituels et où magasins et bureaux ont rouvert.

Mohamed Ghannouchi a désigné aux portefeuilles occupés par douze caciques de l'ancien régime des ministres technocrates "choisis pour leurs compétences", qui, avec les opposants déjà nommés, confèrent une plus grande légitimité à son gouvernement de transition.

Il a promis que sa nouvelle équipe, composée en concertation avec tous les partis politiques et groupes de la société civile, dont la puissante centrale syndicale UGTT, conduirait le pays à ses premières élections libres sous l'égide d'un "conseil des sages" et en présence d'observateurs internationaux.

Vendredi, des centaines de protestataires campaient toujours devant le siège du gouvernement, mais le débat était vif, parmi eux, quant à l'opportunité de poursuivre le mouvement, alors que 80% de leurs exigences étaient désormais satisfaites.

"Nous avons des élections dans six mois. Nous avons le droit de voter, nous pouvons décider. Si le résultat ne nous plait pas, nous pouvons toujours continuer la révolution. Mais je crois qu'il faut maintenant que nous attendions un peu", estime Raëd Chaouichi.

Saïfeddine Missraoui, un étudiant qui a contribué à fournir nourriture et boissons aux manifestants assiégeant la Casbah livre un point de vue beaucoup plus radical. "Nous ne partirons pas d'ici avant que Ghannouchi s'en aille et qu'on obtienne un gouvernement entièrement neuf."

Marc Delteil pour le service français, édité par Gilles Trequesser