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Le coordinateur de l'UE pour l'anti-terrorisme craint la montée de "terrorismes liés au complotisme"

Gilles de Kerchove en 2017.

Gilles de Kerchove en 2017. - FETHI BELAID

Le Belge Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour l'anti-terrorisme, s'est exprimé dans le dernier numéro d'une revue éditée à l'académie militaire américaine de West Point. Il fait le point sur l'état des différentes menaces, et dit redouter l'émergence de "nouvelles formes" de terrorisme.

"Nous devons empêcher la crise économique et sanitaire actuelle de devenir également une crise sécuritaire". Les mots de Gilles de Kerchove, le coordinateur de l'Union européenne pour l'anti-terrorisme, dans Combating Terrorism Center, le "Centre de lutte contre le terrorisme" en VF, sont particulièrement graves. Dans un entretien paru dans le nouveau numéro, ce mardi, de cette revue liée à l'académie militaire américaine de West Point, le Belge, qui mène la lutte antiterroriste européenne depuis 2007, évoque la hiérarchie des différentes menaces pesant sur les États. Il dit notamment sa peur de voir émerger de "nouvelles formes de terrorisme, enracinées dans les théories complotistes et la technophobie".

Changement d'échelle?

S'il souligne que le péril islamiste, décliné par des actions se référant à Daesh ou à al Qaïda, reste le plus fort, il déplore en effet: "Nous avons déjà assisté à des actes de violence à petite échelle causés par une croyance dans des théories du complot - par exemple, contre des pylônes de télécommunication - et vu le niveau de désinformation sur Internet, nous pourrions voir davantage d'exemples préoccupants de ce type à l'avenir".

Gilles de Kerchove appuye le caractère inédit des nouvelles violences potentielles, expliquant que le coronavirus a aussi fait monter "des théories du complot sans lien avec des idéologies extrémistes prééexistantes".

Faisant allusion à l'hostilité d'une part des populations occidentales à la 5G - technologie que ce segment perçoit comme nocive - il développe cependant: "La motivation qui l'inspire est liée à des mouvements technophobes ayant des liens indirects avec des extrémistes violents d'extrême gauche ou d'extrême droite".

Une erreur originelle

Si le responsable européen ne renvoie pas les extrémismes de gauche et de droite dos-à-dos, notant même que les violences venues de l'extrême gauche ne sont "pas au même niveau" que celles en provenance de l'extrême droite, il évoque en longueur ces deux marges politiques.

"En fonction de l'évolution de la crise économique dans le contexte de la crise sanitaire que nous affrontons en ce moment, les inégalités vont s'exacerber, ce qui pourrait inspirer un extrémisme de gauche plus violent ayant peut-être le potentiel pour devenir plus létal et plus dispersé géographiquement qu'il ne l'est à présent", pose-t-il d'abord avant d'effectuer un coup de barre sur sa droite:

"Les groupes violents d'extrême droite structurés savent souvent jusqu'où ils peuvent aller dans leurs déclarations et leurs activités pour demeurer dans les limites de la légalité, tandis qu'ils laissent leurs 'fans' internautes prendre des initiatives d'eux-mêmes, sans que ça puisse porter atteinte à l'organisation".

Là encore des visions conspirationnistes peuvent être à l'oeuvre, la violence d'extrême droite étant souvent, comme le pointe Gilles de Kerchove, en relation avec une peur du "grand remplacement". Dans The Independent, Sara Khan, qui dirige la Commission britannique contre l'extrémisme, indique pour sa part: "Nous avons toujours traité les théories du complot comme inoffensives, un peu folles et farfelues, mais c'était une erreur".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV