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La Pologne est-elle vraiment le mauvais élève du climat de l'Europe?

Wagons de charbons à Rybnik, en Pologne

Wagons de charbons à Rybnik, en Pologne - Wojtek Radwanski - AFP

La Pologne, pointée du doigt par Emmanuel Macron sur sa politique climatique, est le deuxième plus gros producteur de charbon en Europe, derrière l'Allemagne.

"Qu'ils aillent manifester en Pologne!", a lancé le Président de la République Emmanuel Macron lundi, alors qu'il était en route pour le sommet sur le climat à New York. Il s'adressait aux manifestants français qui marchaient contre le réchauffement climatique samedi. Selon le chef d'État, il vaut mieux aller protester dans ce pays de l'Europe de l'est, car "la vérité, c'est qu'il y en a un qui bloque tout, c'est la Pologne. Mon objectif, c'est de convaincre les autres pays de bouger".

L'ambassade de Pologne en France a immédiatement réagi aux propos du président, en rappelant sur Twitter que la "Pologne a organisé la COP24 et en adoptant le 'rulebook' de Katowice a permis à l’Accord de Paris de fonctionner".

Une remontée des émissions de CO2

L'ambassade a également écrit que cet État est "l’un des rares pays de l’UE qui, avec un développement économique aussi dynamique (actuellement en moyenne 5% par an), a considérablement réduit ses émissions de CO2 entre 1988 et 2017 (environ 30%). Nous souhaitons à nos partenaires des résultats similaires!"

Mais d'après les données d'Eurostat, les États européens "les plus pollueurs" ont tous réduit leurs émissions de CO2 entre 2017 et 2018, à l'exception notable de la Pologne. Ce pays a augmenté ses émissions de 3,5% lors de la même période, l'un des pires scores de l'Union Européenne, derrière le Luxembourg, l'Estonie, Malte et la Lettonie.

Variation des émissions de CO2 2017/2018 Europe
Variation des émissions de CO2 2017/2018 Europe © Eurostat

La France et la Pologne produisent sensiblement le même taux d'émission de CO2, selon le rapport 2018 de l'Agence Internationale de l'Énergie (données de 2016). Mais avec 30 millions d'habitants supplémentaires que son voisin européen, le taux de pollution par habitant est moindre en France en comparaison: 4,32 de tonnes de CO2 par personne en France, 7,63 en Pologne.

Dans l'Union Européenne, malgré des efforts ces dernières années, l'Allemagne et le Royaume-Uni restent les deux plus gros pollueurs, au niveau de l'émission de CO2. La Pologne, la France et l'Italie complètent le top 5.

Une réticence politique?

Le pays a également démontré une certaine réticence à mettre en place des politiques pour le climat. Avec la République tchèque, l'Estonie et la Hongrie, il s'est opposé en juin dernier à l’inscription de la neutralité carbone parmi les engagements européens. C'est-à-dire la promesse d'arriver à un état d'équilibre dans un espace donné entre les émissions de gaz à effet de serre et leur retrait de l'atmosphère.

Alors que les gilets jaunes manifestaient en France, au départ contre la taxe carbone, le président polonais Andrzej Duda avait notamment déclaré:

"Nous ne pouvons pas mettre en oeuvre des politiques climatiques contraires à la volonté de la société et au détriment des conditions de vie".

Lors de la COP24, la Pologne a soumis une déclaration "pour la transition juste", qui insiste sur les "défis" auxquels font face les régions censées sortir des énergies fossiles. Cette déclaration avait été perçue comme une excuse pour ralentir le passage à une économie bas-carbone et à la sortie du charbon.

Vers une amélioration côté charbon?

La Pologne est en effet très attachée au charbon, qui représente la majorité de ses sources d'énergie et un enjeu économique important. Elle est la deuxième plus gros productrice d'Europe de ce produit avec l'Allemagne.

Greenpeace avait qualifié la centrale à charbon polonaise de Belchatow de "plus grand tueur du climat en Europe". Cette centrale "consomme une tonne de charbon par seconde et rejette chaque année autant de CO2 que 6,5 millions de voitures", écrivait le journal d'économie Capital en avril 2019.

D'après un nouveau plan énergie, "la part du charbon dans le mix énergétique polonais ne diminuera que très peu d’ici à 2030", déclare Olivier Sartor, chercheur australien associé à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), dans Libération

"Par contre, après cela, le plan est assez agressif sur le déclin du charbon. Il prévoit qu’en 2040, sa part tombe à 25% et 17% en 2050. Soit une énorme chute".

En parallèle, le pays investit également dans les alternatives énergétiques au charbon, explique le chercheur.

Salomé Vincendon