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La "caravane de la liberté" dispersée à Tunis

Dans les rues de Tunis, aux abords du siège du gouvernement. Des manifestants se rassemblent depuis plusieurs jours sous les fenêtres du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, pour réclamer la démission d'un gouvernement qu'ils jugent toujours lié au prési

Dans les rues de Tunis, aux abords du siège du gouvernement. Des manifestants se rassemblent depuis plusieurs jours sous les fenêtres du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, pour réclamer la démission d'un gouvernement qu'ils jugent toujours lié au prési - -

par Lin Nouheihed et Andrew Hammond TUNIS (Reuters) - La police tunisienne a fait usage de gaz lacrymogène lundi pour disperser des manifestants qui...

par Lin Nouheihed et Andrew Hammond

TUNIS (Reuters) - La police tunisienne a fait usage de gaz lacrymogène lundi pour disperser des manifestants qui s'étaient installés la veille au soir devant les bureaux du Premier ministre afin de réclamer la démission d'un gouvernement qu'ils jugent toujours lié au président déchu Zine ben Ali.

Des membres de cette "caravane de la liberté", venue de zones rurales déshéritées, avaient brisé des vitres au ministère des Finances voisin.

Des manifestants se rassemblent depuis plusieurs jours sous les fenêtres du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, mais les forces de l'ordre, elles-mêmes dans l'expectative quand à leur avenir, toléraient jusqu'ici leur présence.

Depuis la fuite du chef de l'Etat, le 14 janvier, elles n'avaient eu recours qu'une fois au gaz lacrymogène, à l'occasion d'une manifestation sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de la capitale.

Outre le chef du gouvernement, plusieurs anciens hiérarques du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali ont conservé des ministères-clés comme ceux de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.

Dans un entretien publié lundi par Le Figaro, Kamel Morjane, chef de la diplomatie, exclut de démissionner. "Mon poste de ministre, je le vois comme un moyen d'aider mon pays dans une période délicate.

"NOUS SOMMES MARGINALISÉS"

"Je ne tiens absolument pas à rester au gouvernement mais je veux mettre mes compétences à son profit", explique-t-il, précisant avoir quitté le bureau politique du RCD, qu'il compare au gaullisme français.

"Je reste fidèle à ses valeurs d'origine (...) Je resterai toujours sensible à cette mouvance même si je reconnais aujourd'hui qu'elle a dévié", ajoute le ministre.

La "caravane de liberté", qui regroupe plusieurs centaines de personnes, est arrivée dimanche à Tunis au terme du deuil national de trois jours décrété en mémoire des victimes de la "Révolution de jasmin", dont le bilan s'élève 78 morts, selon le gouvernement, et à 117, d'après les Nations unies.

Parmi les marcheurs, beaucoup viennent de la région de Sidi Bouzid, à 300 kilomètres au sud de Tunis, où le suicide le mois dernier du jeune chômeur diplômé Mohamed Bouazizi a été l'élément déclencheur de la révolte populaire.

"Nous sommes marginalisés. Notre terre appartient au gouvernement. Nous, nous n'avons rien", a expliqué l'un d'eux, nommé Mahfouzi Chouki, alors que les manifestants scandaient des slogans réclamant la démission du gouvernement.

Amin Kahli, lui aussi venu de la région de Sidi Bouzid, dit qu'il venu rendre hommage à Bouazizi et à toutes les victimes de la répression, parmi lesquelles l'un de ses frères.

"Mon frère se rendait à son travail quand on lui a tiré dessus. Il a été atteint en pleine poitrine. Il avait à peine 21 ans. Je veux que justice soit faite et que ce gouvernement s'en aille."

Pour calmer les esprits, Mohamed Ghannouchi a promis de quitter la vie politique à l'issue des prochaines élections, que le gouvernement a promis d'organiser au plus tôt.

L'agence de presse nationale a annoncé dimanche le placement en résidence surveillée de deux proches collaborateurs de Ben Ali. Il s'agit de son porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de l'ancien ministre de l'Intérieur et président de la chambre haute du parlement, Abdallah Qallal.

Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne privée Hannibal TV a en outre été arrêté pour "trahison".

Pour Saleh Attia, éditorialiste au quotidien Assabah, c'est le signe que les manifestations commencent à agacer des autorités divisées sur l'attitude à adopter.

Avec Ashraf Fahim et Tarek Amara, Jean-Philippe Lefief pour le service français