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La Birmanie amnistie et libère deux journalistes de Reuters

Wa Lone et Kyaw Soe Oo après leur libération à Yangon en Birmanie le 7 mai 2019.

Wa Lone et Kyaw Soe Oo après leur libération à Yangon en Birmanie le 7 mai 2019. - Str / AFP

Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont bénéficié d'une amnistie présidentielle et ont été libérés ce mardi. Les deux journalistes avaient été condamnés à sept ans de prison alors qu'ils enquêtaient sur un massacre de musulmans rohingyas.

Deux journalistes de l'agence de presse Reuters condamnés à sept ans de prison en Birmanie ont été libérés ce mardi à l'issue de plusieurs mois de pression internationale sur le gouvernement de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix. Wa Lone et Kyaw Soe Oo enquêtaient sur un massacre de musulmans rohingyas et ont été condamnés pour avoir enfreint la loi sur les secrets d'Etat qui date de l'époque coloniale.

"Je vais continuer"

Les deux journalistes ont été assaillis par les médias en sortant de la prison de Rangoun où ils ont passé plus de 500 jours en détention.

"Je suis un journaliste et je vais continuer" à travailler, a déclaré Wa Lone. "J'ai hâte de retourner à la rédaction" et de "revoir ma famille et mes collègues, a-t-il ajouté.

L'ONU a salué dans un communiqué leur libération dans le cadre d'une grâce comme "un pas vers une plus grande liberté de la presse et un signe de l'engagement du gouvernement en faveur de la transition démocratique en Birmanie".

Piégés pour empêcher leur travail

Wa Lone et Kyaw Soe Oo étaient accusés de s'être procuré des documents classifiés relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l'Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie et théâtre des exactions à l'encontre de la minorité musulmane rohingya. Au moment de leur arrestation, en décembre 2017, ils enquêtaient sur un massacre de Rohingyas à Inn Din, un village du nord de l'Etat Rakhine. Depuis, l'armée a reconnu que des exactions avaient bien eu lieu trois mois plus tôt et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison.

Les deux reporters ont toujours assuré avoir été trompés. Et l'un des policiers qui a témoigné dans ce dossier a reconnu que le rendez-vous au cours duquel les documents classifiés leur avaient été remis était un "piège" destiné à les empêcher de poursuivre leur travail.

Prix Pulitzer

De nombreux défenseurs des droits humains ont exhorté la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, chef de facto du gouvernement birman, à user de son influence pour que les deux journalistes obtiennent une grâce présidentielle. Mais elle avait jusqu'à présent refusé d'intervenir, invoquant l'indépendance de la justice. Déjà très critiquée pour ses silences sur le drame rohingya, elle avait même justifié l'emprisonnement des deux hommes non "pas parce que c'étaient des journalistes" mais "parce qu'ils avaient enfreint" la loi. Une condamnation qui a soulevé un tollé international.

Leur enquête leur a valu le prix Pulitzer, plus haute récompense du journalisme aux Etats-Unis. Ils ont également été distingués par l'Unesco et désignés, aux côtés de plusieurs confrères, personnalités de l'année 2018 par le magazine Time. 

Ambre Lepoivre avec AFP