BFMTV

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi est mort

Photo de Mohamed Morsi, datant du 9 mai 2014, lors de son procès

Photo de Mohamed Morsi, datant du 9 mai 2014, lors de son procès - Tarek El-Gabass - AFP

Emprisonné depuis 2013, Mohamed Morsi, ancien président égyptien issu des Frères musulmans, est mort ce lundi après une audition au tribunal, au Caire.

L'ancien président égyptien issu des Frères musulmans Mohamed Morsi est mort ce lundi après une audition au tribunal au Caire, ont indiqué des sources sécuritaire et judiciaire. Le site du journal d'Etat Al-Ahram a aussi rapporté la mort de Mohamed Morsi.

L'ancien président en détention depuis 2013, a parlé lundi devant un tribunal avant de s'effondrer, puis d'être emmené à l'hôpital où il est décédé à l'âge de 67 ans.

"Il a parlé devant le juge pendant 20 minutes puis il s'est animé et s'est évanoui. On l'a vite emmené à l'hôpital où il est mort plus tard", a expliqué la source judiciaire.

Le premier président égyptien élu démocratiquement

Mohamed Morsi est le premier président égyptien élu démocratiquement pour une courte mandature entre 2012 et 2013, avant d'être écarté par l'armée. Lui et ses partisans avaient été destitués en juillet 2013 par l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige aujourd'hui le pays.

Issu d'une famille d'agriculteurs, il s'était affiché lors de la présidentielle de 2012 comme le garant des idéaux démocratiques de la révolte de 2011 déclenchée par la jeunesse libérale et laïque, mais à laquelle les Frères s'étaient ralliés, par opportunisme selon leurs détracteurs.

Il avait été surnommé "la roue de secours", remplaçant de dernière minute du premier choix des Frères musulmans, l'homme d'affaires Khairat al-Chater, inéligible, mais avait remporté le scrutin, de justesse, face à un cacique du régime de Hosni Moubarak. Les manières simples et l'air affable de Mohamed Morsi, marié et père de cinq enfants, avaient contribué à un certain état de grâce durant ses premiers mois de présidence.

Une chute sanglante

Puis il s'est rapidement attiré les foudres d'une grande partie de la population qui l'accusait d'être une "marionnette" aux mains des Frères. Les crises se sont succédé, et un an après son élection, le 30 juin 2013, des millions d'Égyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer son départ. 

Son tombeur, l'ex-chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a invoqué ce mouvement pour justifier la destitution de Mohamed Morsi trois jours plus tard et lancer une sanglante répression contre ses partisans.

Policiers et soldats ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi en quelques mois. Des centaines ont été condamnés à mort, dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'Histoire récente" du monde.

Jugé dans des affaires d'espionnage

En juin 2015, Mohamed Morsi avait été condamné à un total de 45 ans de prison dans deux affaires: incitation à la violence contre des manifestants fin 2012 et espionnage au profit du Qatar. Il était par ailleurs jugé dans deux autres procès après l'annulation de deux verdicts prononcés contre lui - une condamnation à mort et une réclusion à perpétuité.

Abdel Fattah al-Sissi a mené une répression sans merci contre l'opposition islamiste et en particulier les Frères musulmans, dont des milliers de membres ont été emprisonnés. Depuis 2013, une succession d'attaques visant les forces de l'ordre, avec des centaines de policiers et militaires tués et une véritable insurrection jihadiste localisée dans le nord-Sinaï - devenu un bastion du groupe Etat islamique - gangrènent le pays.

Salomé Vincendon avec AFP