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Irma: Saint-Martin toujours dans la psychose des pillages

Les commerçants de l'île continuent de dénoncer des pillages, alors que la ministre des Outre-mer Annick Girardin a affirmé que ces derniers se sont arrêtés.

Cinq jours après le passage de l'ouragan Irma, le désordre préside toujours à Saint-Martin. Selon ses commerçants et ses habitants, l'île continue d'être confrontée aux pillages, malgré les mots de la ministre des Outre-mer Annick Girardin, qui a assuré que la situation était sous contrôle.

"Je choisis d'abord le secours et ensuite la sécurité", a affirmé ce lundi la ministre sur BFMTV. "Les pillages se sont arrêtés même s'il peut y avoir encore quelques vols et il y en aura toujours".

Des mots qui contrastent avec ceux des commerçants de l'île.

"Mais par pitié, faites quelque chose! Les magasins rue de la Liberté sont en train de se faire piller!", s'époumone Estelle Kalton devant les gendarmes à Marigot, le chef-lieu de l'île de Saint-Martin. "On sait", lui répond-on, agacé.

A force de faire un esclandre sur les marches du centre de sécurité, installé d'urgence dans les locaux d'une grosse société immobilière, Estelle Kalton finit par se voir répondre que les gendarmes arrivent. 

"La sécurité civile prime"

Quelques instants plus tôt, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, descendait les mêmes marches, après avoir assuré à la presse que "la sécurité est désormais assurée" sur l'île.

Mais le fossé qui sépare l'urgence gouvernementale de celle de la rue pose des problèmes de définition.

"Les gendarmes ont vu les tentatives de pillage sur notre magasin. Ils sont parfois à 50 mètres, mais ils ne font rien", rapporte Philippe Kalton, 57 ans, dont sept à Saint-Martin. "Ils m'ont dit que la sécurité civile primait, que le reste n'était que du matériel et que ce n'était pas important."

Sauf que pour le couple Kalton, les deux magasins de prêt-à-porter qu'ils détiennent rue de la Liberté, "c'est tout ce qui (leur) reste". Avant le passage de l'ouragan Irma, ils jouissaient d'une vie ensoleillée dans une villa en bord de plage, à Baie Nettlé.

"On va te flinguer"

Depuis Marigot et les marches du centre de sécurité où ils se tiennent, on aperçoit leur maison blanche à quelques mètres du sable, dévastée comme les autres par l'ouragan. 

Tendu, le couple surveille ses magasins dès qu'il le peut. Il a aussi confié cette mission à un voisin. Lors de la dernière tentative d'effraction, il a sorti une machette pour disperser les pilleurs.

"Ils lui ont dit: 'si tu restes encore là, on va revenir, on va te flinguer et on prendra ce qu'on veut'", assure Philippe Kalton, l'oeil noir.

"Je vire un pilleur toutes les dix minutes"

Un autre homme se lance dans une vive explication avec les pouvoirs publics.

"Ils nous volent tout, il n'y a aucun respect! Qu'est-ce que vous attendez pour réagir?", lance un Polonais en anglais. "Dans mon pays, ça fait longtemps que l'Armée aurait nettoyé tout ça!".

"Désolé monsieur, mais ici on est en France et on ne tire pas sur les gens comme ça", rétorque poliment une officielle.

En centre-ville, les façades des commerces en disent long sur la psychose ambiante. Rideau métallique baissé pour chaque boutique. Ici et là, certaines ont été forcées au pied de biche.

Au coin d'une rue, un magasin de vêtements est ouvert aux quatre vents, sa vitrine brisée. Les mannequins sont nus et les cintres vides. Dans la zone commerciale de Bellevue, au sud de la ville, deux gendarmes patrouillent entre les hangars. "Je vire un pilleur d'ici toutes les 10 minutes", explique l'un des militaires.

"Ils vont cambrioler les maisons"

Passé la porte, le fatras est indescriptible. Au milieu des cartons éventrés, un pot de Nutella traîne sur d'immenses rangées d'étagères vides. Consommé sur place, il est encore à moitié plein. L'une des chambres froides est toujours à moitié remplie de produits laitiers éclatés par les pilleurs. 

"Tout ce gâchis alors que le propriétaire proposait de tout distribuer aux habitants", s'indigne le gendarme. "Je suis Antillais et le comportement des gens sur cette île m'écoeure. Tant qu'ils ne se calmeront pas, ce sera difficile de distribuer des vivres."

Autour, les magasins de jouets et d'électroménager ont également été dévalisés.

"A quoi ça sert d'embarquer un gigantesque nounours en peluche quand tu galères à trouver à manger"?, peste Elena Baudry, une habitante du quartier. "Maintenant que les magasins sont vides, ils vont cambrioler les maisons", craint-elle.

C. P. avec AFP