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Incendies en Amazonie: les hésitations du Brésil sur l'aide du G7 résumées en quatre actes

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro (image d'illustration)

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro (image d'illustration) - Sergio Lima - AFP

Lors du dernier jour du sommet, les pays participants ont proposé de débloquer 20 millions d'euros pour aider le Brésil à lutter contre les feux qui ravagent la forêt amazonienne. Une aide d'abord acceptée, puis refusée, avant d'être de nouveau acceptée par Jair Bolsonaro.

Le G7 avait fait des incendies en Amazonie l'un des enjeux clés de son dernier sommet. Lundi, les sept pays participants se sont ainsi mis d'accord sur une aide d'urgence de 20 millions d'euros à destination du Brésil, principalement pour y envoyer des avions bombardiers d'eau pour tenter d'éteindre les flammes.

Une aide à moyen terme concernant la reforestation devrait par ailleurs être discutée fin septembre lors de l'Assemblée générale de l'ONU. Mais Jair Bolsonaro et son gouvernement ont régulièrement changé d'avis ces derniers jours quant à la réponse à apporter face à ces propositions venues de l'étranger.

Acte 1: le Brésil juge d'abord l'aide "bienvenue"

Avec plus de 1000 nouveaux départs de feux avaient été recensés dans la forêt amazonienne dimanche, les 20 millions d'euros débloqués par les pays du G7 apparaissaient comme une première solution pour tenter d'étouffer les incendies. Le ministre de l'Environnement brésilien, Ricardo Salles, avait d'ailleurs jugé que cette aide d'urgence était la "bienvenue".

Le membre du gouvernement avait pourtant, quelques jours plus tôt, minimisé l'ampleur du problème dans la forêt. Ricardo Salles avait dénoncé début août des "interprétations sensationnalistes" des médias après la publication de données confirmant une forte augmentation de la déforestation en Amazonie.

Acte 2: Jair Bolsonaro refuse finalement les 20 millions d'euros

  • Quelques heures après l'annonce de l'offre du G7, le chef du cabinet de Jair Bolsonaro est venu contredire les déclarations du ministre de l'environnement brésilien. "Nous remercions, mais ces moyens seront peut-être plus pertinents pour la reforestation de l'Europe", a déclaré Onyx Lorenzoni, se permettant au passage d'ironiser en comparant les incendies en Amazonie à celui de Notre-Dame.

Ce rejet de l'aide internationale a notamment été justifié par Jair Bolsonaro et son chef de cabinet par un refus de voir les puissances du G7 - particulièrement la France d'Emmanuel Macron - jouer un rôle "colonialiste" en aidant à éteindre les feux en Amazonie. 

"Il (Emmanuel Macron, ndlr) a beaucoup à faire chez lui et dans les colonies françaises, a déclaré Onyx Lorenzoni. Le Brésil est une nation démocratique, libre et n'a jamais eu de comportements colonialistes et impérialistes comme c'est peut-être l'objectif du Français Macron. D'ailleurs, avec un fort taux interne de rejet."

Jair Bolsonaro a quant à lui fait par de son refus des 20 millions d'euros dans un tweet:

"Nous ne pouvons accepter qu'un président, Macron, lance des attaques déplacées et gratuites contre l'Amazonie, ni qu'il déguise ses intentions derrière l'idée d'une 'alliance' de pays du G7 pour 'sauver' l'Amazonie, comme si c'était une colonie."

Acte 3: Jair Bolsonaro demande d'abord des "excuses" de Macron

Ce refus catégorique intervient au moment où les relations diplomatiques entre Jair Bolsonaro et Emmanuel Macron sont au plus bas. Dimanche, le chef d'État d'extrême droite s'était en effet permis de commenter sur Facebook le physique de Brigitte Macron. Le président de la République française avait alors déploré lundi les propos "extraordinairement irrespectueux" de son homologue, ajoutant qu'il espérait "très rapidement" que les Brésiliens "auront un président qui se comporte à la hauteur".

Mardi, quelques heures seulement après avoir dénoncé les volontés selon lui colonialistes des pays du G7, Jair Bolsonaro s'est dit finalement prêt à discuter de l'aide d'urgence de 20 millions d'euros. Mais à une condition. "D'abord monsieur Macron doit retirer les insultes qu'il a proférées contre ma personne", a exigé le président brésilien.

  • "D'abord il m'a traité de menteur et ensuite, d'après mes informations, il a dit que notre souveraineté sur l'Amazonie était une question ouverte", a dénoncé Jair Bolsonaro. "Avant de discuter et d'accepter quoi que ce soit de la France (...) (M. Macron) doit retirer ses paroles et à partir de là, nous pourrons parler."

Quelques jours avant l'ouverture du G7, en réaction aux incendies en Amazonie, Emmanuel Macron avait en effet jugé que Jair Bolsonaro avait "menti" sur ses engagements en matière de biodiversité et de climat, avant de s'opposer à l'accord Mercosur.

Acte 4: le Brésil se dit finalement "ouvert" à l'aide financière

Mardi soir, tandis que l'indignation internationale face à la progression des incendies continuait de grossir, le Brésil a finalement déclaré être "ouvert" aux 20 millions d'euros et aux bombardiers d'eau proposés par les pays du G7. 

"Le point essentiel est que cet argent, une fois entré au Brésil, n'aille pas à l'encontre de la souveraineté brésilienne et que la gestion des fonds soit sous notre responsabilité", a déclaré un porte-parole de Jair Bolsonaro.

Ce revirement de position intervient après que Jair Bolsonaro a rencontré les neuf gouverneurs des états brésiliens concernés par les feux en Amazonie. Est-ce ces derniers qui ont poussé le chef de l'État brésilien à faire volte-face ? C'est en tout cas à la sortie de cette réunion que le Jair Bolsonaro s'est dit "ouvert" à l'aide internationale.

En attendant, sur le terrain, la difficile lutte contre les incendies se poursuit. Deux bombardiers d'eau et 40.000 soldats sont actuellement mobilisés. Alors que la verbalisation des personnes déclenchant des incendies se poursuit, la procureur de Brasilia a ouvert une enquête pour déterminer les responsabilités de chacun dans le départ des feux.

Juliette Mitoyen