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Hong Kong: le baroud d'honneur de la démocratie

A Hong Kong, des milliers de manifestants réclament davantage de libertés.

A Hong Kong, des milliers de manifestants réclament davantage de libertés. - Xaume Olleros

EDITO - Plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent dans les rues de Hong Kong, pour réclamer davantage de libertés au pouvoir en place. Les clés pour comprendre les raisons de cette mobilisation.

Selon la légende, les gens de Hong Kong sont âpres au gain, pressés, matérialistes, pragmatiques. Surprise: ils ont en leur sein une vaste cohorte de démocrates, qui ne sont pas du tout indifférents à leur situation politique.

Depuis dix ans, un ras-le-bol se fait doucement sentir dans cette mégapole. En 2003, plus de 500.000 personnes sont descendues manifester contre une loi restreignant sournoisement des libertés de la presse et d'expression. Comme toujours dans le monde chinois, les restrictions aux libertés sont interprétées comme une manière pour les riches hommes d'affaires de cacher leurs activités douteuses et leur corruption.

Depuis lors, tous les ans, de très nombreux manifestants investissent le centre-ville, généralement pour commémorer la répression de Tian An Men, le 4 juin 1989 en Chine Populaire. Depuis juillet 2014, les manifestations sont perlées et constantes, et viennent de gonfler en cette fin septembre. Une artère majeure est bloquée, et les jardins du palais gouvernemental ont été occupés – du jamais vu. Autre fait inédit: la police a sorti les bombes de spray au poivre et les gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, ce qui a choqué la population. La police est habituellement très débonnaire à Hong Kong, et l'usage des gaz y est rarissime.

Pourquoi ces manifestations?

La raison fondamentale des manifestations: contrer la volonté du Parti Communiste chinois de restreindre le suffrage universel à Hong Kong. L'instauration de la démocratie normale est prévue pour 2017, selon des promesses de Pékin, lors du rattachement de Hong Kong à la mère-patrie sous le slogan "un pays, deux systèmes".

À présent, le parti fait marche arrière et veut filtrer les candidats au poste de Chef exécutif (le chef du gouvernement local), ce qui viderait le suffrage universel de son sens. Sans doute les manifestants - lycéens, étudiants, et quadragénaires - sentent-ils que l'heure est grave, et que le filtrage peut encore être abandonné. Dans le passé, le gouvernement hongkongais a parfois reculé, et Pékin laissé faire. Mais cette fois-ci la chose est moins sûre, ce qui pousse les manifestants à la fuite en avant, mais de manière totalement non-violente.

Comme le fait remarquer la spécialiste des mouvements démocratiques chinois, Marie Holzman: "Le pouvoir central n'est pas en panique. Autrefois il avait besoin de Hong Kong, pour son image de marque, pour rassurer les Occidentaux. Or maintenant tout le monde fait la cour aux dirigeants chinois pour décrocher des contrats, et donc pour le Parti, garder une exception politique à Hong Kong n'est plus nécessaire". En définitive, c'est peut-être cela le pragmatisme vu de Pékin: la démocratie est un caprice qui ne rapporte pas.

Harold Hyman