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Grèce: des milliers d'étudiants manifestent contre l'instauration de patrouilles policières dans les universités

Des étudiants manifestent devant le Parlement grec à Athènes le 28 janvier 2021, contre un plan controversé visant à créer une force de police spéciale pour lutter contre la violence endémique dans les universités.

Des étudiants manifestent devant le Parlement grec à Athènes le 28 janvier 2021, contre un plan controversé visant à créer une force de police spéciale pour lutter contre la violence endémique dans les universités. - Louisa Gouliamaki - AFP

Un projet de loi controversé prévoit un corps spécial de policiers qui, selon le gouvernement, assurerait la sécurité dans les universités, qui sont souvent le théâtre de violences.

Près de 4000 étudiants, selon la police, ont bravé ce jeudi l'interdiction policière de rassemblements et manifesté à Athènes, pour la troisième fois en trois semaines, contre un projet de loi sur l'instauration de patrouilles policières dans les universités.

Ces manifestations interviennent deux jours après une interdiction générale des rassemblements de plus de 100 personnes jusqu'au 1er février. La police avait indiqué mardi que cette mesure visait à protéger "la santé publique", le pays étant sous confinement depuis début novembre pour parer à la seconde vague de la pandémie.

"Non aux policiers dans les universités"

"Non aux policiers dans les universités", scandaient les étudiants. Ils ont aussi réclamé "l'ouverture des universités" fermées depuis plusieurs mois pour cause du confinement.
"C'est absolument intolérable que la police puisse contrôler les universités (...) Avec la police dans les universités, nous aurons plus peur qu'autre chose", a déclaré à l'AFP Maria Kornarakis, étudiante en journalisme.

La plupart des manifestants portaient des masques mais la distanciation sociale était peu respectée, selon une journaliste de l'AFP. La police a de son côté critiqué le manque de port de masque et des gestes barrières lors de cette manifestation qui s'est déroulée dans le calme. A Thessalonique, deuxième ville grecque dans le nord, 1500 personnes ont manifesté, selon une source policière locale.

Un sujet délicat en Grèce

Elaboré par les ministères de la Protection des citoyens et de l'Education, le projet de loi controversé prévoit un corps spécial de policiers qui, selon le gouvernement, assurerait la sécurité dans les établissements d'enseignement supérieur qui sont souvent le théâtre de violences. Mais étudiants et recteurs ripostent que cette mesure supprime le statut d'autogestion des universités, un principe établi dans la majorité des universités en Europe et en vertu duquel la police n'est autorisée à intervenir qu'après une demande du rectorat. L'Oxford University a publié sur Twitter une motion "de soutien aux étudiants, professeurs et citoyens" contre la police dans les universités.

Certains syndicats de police grecque ont appelé le gouvernement conservateur à dissocier les patrouilles dans les universités et la police. La présence de la police dans les universités, traditionnellement très politisées, est un sujet délicat en Grèce depuis la répression dans le sang en novembre 1973 par l'armée et la police d'un mouvement estudiantin à l'Ecole Polytechnique d'Athènes contre la junte des colonels de l'époque.

Au pouvoir depuis plus d'un an et demi, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis a fait de "la sécurité une priorité" et augmenté les effectifs et les contrôles des forces de l'ordre. Cette politique "sécuritaire" a été critiquée par l'opposition et des médias, qui dénoncent de nombreux cas de répression policière et d'interdiction des rassemblements publics sur fond de mesures pour endiguer la pandémie de coronavirus. Le Covid-19 a fait plus de 5700 morts dans le pays, dont la grande majorité ces trois derniers trois mois.

S.B.-E. avec AFP