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Le pape François en Terre sainte pour un voyage religieux et politique

Une affiche annonçant l'arrivée du pape François, dans les rues de Bethléem, le 23 mail.

Une affiche annonçant l'arrivée du pape François, dans les rues de Bethléem, le 23 mail. - -

Le pape François se déplace pour la première fois en Terre sainte, du 24 au 26 mai. Un voyage hautement religieux mais qui, inévitablement, sera aussi profondément politique.

Le déplacement est hautement symbolique. Ce week-end, le pape François se rend en Israël, Jordanie et Cisjordanie, pour la première fois depuis son élection. Inévitable pour le souverain pontife, ce passage en Terre sainte, annoncé début janvier, est voulu comme "strictement religieux" par le pape lui-même, mais devrait sans nul doute prendre un aspect plus politique, dans cette région où le dialogue entre les différentes religions en présence est bloqué. BFMTV.com fait le point sur les enjeux de cette visite historique.

Un premier pèlerinage à l'itinéraire très calculé

Des affiches à l'effigie du pape François et du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Bethléem, le 23 mai, deux jours avant l'arrivée du souverain pontife.
Des affiches à l'effigie du pape François et du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Bethléem, le 23 mai, deux jours avant l'arrivée du souverain pontife. © -

Le programme du pape en Terre sainte est pour le moins dense et commence dès samedi à Amman, en Jordanie -où son avion doit atterrir à 13 heures locales (12 heures, heure française)- et continuera dimanche et lundi à Bethléem, puis Jérusalem. Qualifié de "strictement religieux" par le souverain pontife, qui a dit vouloir "prier pour la paix dans cette terre qui souffre tant", le voyage devrait toutefois prendre une dimension plus politique. Car le parcours du pape François sera jalonné d'étapes de recueillement lourdes de symboles, notamment au Mont Herzl, en Israël, mais aussi de rencontres officielles, avec le leader de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et le président israélien Shimon Peres. "Au Proche-Orient, rien n'est strictement religieux. L'itinéraire a soigneusement été calculé pour ne déplaire à personne: ni le gouvernement israélien, ni le gouvernement jordanien, ni les Palestiniens", explique Odon Vallet, spécialiste des religions, contacté par BFMTV.com.

Ainsi, selon le cardinal Parolin, secrétaire d'Etat au Vatican, le pape François devrait, au cours de ses discours, affirmer le droit pour Israël "d'exister et de jouir de la paix et de la sécurité à l'intérieur des frontières internationalement reconnues", mais aussi celui du peuple palestinien "d'avoir une patrie souveraine et indépendante".

Le dialogue interreligieux au cœur du programme

Par ailleurs, le voyage va donner la priorité au dialogue interreligieux. Le pape François a en effet choisi le cinquantième anniversaire de la rencontre historique du pape Paul VI et du patriarche oecuménique de Constantinople Athénagoras, à Jérusalem, pour relancer le dialogue entre les Eglises chrétiennes, alors que les Eglises orthodoxes et catholiques d'Orient sont très divisées entre elles. Il rencontrera ainsi l'actuel patriarche de Constantinople, Bartholomeos 1er, au Saint-Sépulcre, dimanche soir.

Des pèlerins de diverses confessions font partie de la délégation papale, notamment le patriarche maronite libanais, Bechara Raï, mais aussi un rabbin et un professeur musulman. Dimanche, le pape François visitera un camp de réfugiés palestiniens, avant de se recueillir au mémorial de Yad Vashem, le lendemain. Toutefois l'impact de ce message dans une région minée par le conflit israélo-palestinien reste limité, selon Odon Vallet. "Que va vraiment pouvoir dire le pape dans cette zone du monde où il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler?", interroge le spécialiste. "Bien sûr, il sera obligé d'évoquer le conflit israélo-palestinien. Mais il ne devra froisser ni les juifs, ni les arabes, et fera sûrement relire ses discours par des diplomates. Cependant, avec son langage un peu franc, il y aura peut-être quelques surprises", nuance-t-il.

Une visite sous haute sécurité

Un membre des forces de sécurité palestiniennes dans les rues de Bethléem, le 23 mai, à proximité du camp de réfugiés que visitera le pape François.
Un membre des forces de sécurité palestiniennes dans les rues de Bethléem, le 23 mai, à proximité du camp de réfugiés que visitera le pape François. © -

Considéré comme risqué, ce déplacement du pape en Terre sainte représente un véritable casse-tête pour les forces de sécurité locales, qui doivent s'assurer qu'aucun danger ne menacera l'évêque de Rome au fil de son parcours. Cinq-cents soldats ont ainsi été mobilisés par la Jordanie et 3.000 membres des forces de l'ordre par les autorités palestiniennes, dont 850 hommes de la Garde présidentielle. L'Etat d'Israël a quant à lui mis en place un dispositif baptisé "Opération soutane blanche", mobilisant 8.500 agents et 320 caméras de vidéosurveillance. Enfin, la police israélienne a pris des mesures à l'encontre d'activistes d'extrême droite soupçonnés de vouloir provoquer des troubles, et renforcé la protection de certains lieux saints chrétiens, visés par des actes de vandalisme imputés à des juifs extrêmistes.

Durant ce pèlerinage, François, qui aime particulièrement le contact avec les fidèles, devrait prendre deux bains de foule, samedi à Amman, où il fera un tour dans une jeep découverte, et dimanche à Bethléem, dans les Territoires palestiniens. Tous les autres déplacements du souverain pontife s'effectueront en hélicoptère ou en voiture non sécurisée. Par crainte du mauvais message qu'il pourrait envoyer, le pape a en effet refusé tout véhicule blindé.

Adrienne Sigel