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Comment s'est déroulée la destruction du pont Morandi à Gênes

Le pont Morandi a été entièrement détruit ce vendredi, près d'un an après le drame qui a coûté la vie à 43 personnes.

Il aura fallu seulement sept secondes pour finir de détruire le pont Morandi. L'ouvrage a été dynamité ce vendredi après des semaines de travaux et de préparation, devant les yeux des Gênois et des deux vice-Premiers ministres italien, Matteo Salvini et Luigi Di Maio.

La destruction avait commencé au mois de février. Plusieurs tronçons du pont, qui s'était écroulé en août 2018 tuant 43 personnes, avaient été démontés. Ce vendredi, il ne restait plus que les deux immenses piles à haubans n°10 et 11 de cet ouvrage construit en 1963.

Une tonne et demie de dynamite

La démolition de ces éléments était cependant rendue particulièrement compliquée par la présence d'habitations à proximité. Près de 4000 riverains ont dû être évacués, tandis que les occupants des immeubles situés sous le pont ont été forcés d'abandonner leur logement condamné depuis le jour du drame. Il a également fallu veiller à la solidité des habitations proches de ce pont et renforcer, le cas échéant, les fondations de ces bâtiments.

Une fois la population mise en sécurité, les autorités ont pu procéder à la démolition. Environ une tonne et demi de dynamite répartie sur l'ensemble du tablier restant et des piles à haubans a été nécessaire pour détruire les 4500 tonnes d'acier et de béton. Cet explosif est "particulièrement adapté à l’abattage des structures massives et très dures en béton ou maçonnerie", fait remarquer un document édité par le syndicat des entreprises de déconstruction, dépollution et recyclage.

Réglé à la micro-seconde

L'ensemble des charges a explosé dans un enchaînement réglé à la micro-seconde près pour maîtriser la chute de l'ouvrage et éviter que des débris ne tombent de manière incontrôlée.

"C'est une technologie qui fait appel au génie militaire", rappelle Gérard Feldzer, notre consultant transports, qui compare la destruction du pont au procédé utilisé pour un feu d'artifices. "Ça se déclenche à la suite des uns des autres. Là c'est pareil, on prévoit qu'une charge explose, puis la deuxième arrive une micro-seconde après, puis une troisième. A l'œil nu, ça parait instantanée pour tout mais ce n'est pas tout à fait vrai. Il faut fragiliser un pilier pour faire en sorte que ce qui est à côté puisse s'écrouler en même temps".

Sur les images, on s'aperçoit que le tablier a d'abord été morcelé par une série de plusieurs dizaines de charges avant une explosion des piles à haubans. L'objectif est de faire s'effondrer le pont sur lui-même. Cette technique dite de "foudroyage" est particulièrement adaptée "aux ouvrages de grande hauteur ou à structures non-courantes situées en site contraints (à proximité d’une autoroute ou d’une ligne de transport en commun)", note sur son blog le groupe Ginger, spécialisé en ingénierie. Elle permet aussi de limiter la zone d'impact des matériaux sur un périmètre restreint.

Un nouveau pont en 2020

Une fois à terre, la priorité a été de faire retomber l'immense nuage de poussière provoqué par la démolition du pont. Depuis ce vendredi matin, des réservoirs et des canons d'irrigation avaient été disposés afin de faire retomber ces poussières fines. L'air avait été humidifié au préalable juste avant l'explosion puis les canons à eau ont continué à asperger les débris.

Maintenant que le pont est détruit, le travail n'est pas fini pour autant. Les ouvriers vont devoir s'activer pour évacuer les tonnes de débris au sol, et permettre la construction du nouveau pont. Le premier élément de ce pont doit arriver ce vendredi au port de Gênes. Le gouvernement a promis que ce nouveau viaduc autoroutier en acier et en béton, dessiné par l'architecte italien Renzo Piano, serait ouvert à la circulation en avril 2020.

Benjamin Rieth