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Varoufákis se paie Hollande et Macron

Yánis Varoufákis, ancien ministre grec des Finances

Yánis Varoufákis, ancien ministre grec des Finances - Thomas SAMSON / AFP

L'ancien ministre grec des Finances reproche à François Hollande d'avoir renoncé à ses promesses avant de se soumettre aux volontés allemandes lors de la crise financière qui a frappé l'Europe, et notamment la Grèce, en 2008. Emmanuel Macron n'est pas non plus épargné.

À l’occasion de la sortie de son livre Conversations entre adultes dans lequel il raconte son expérience de six mois au sein de l’Eurogroupe, Yánis Varoufákis a accordé un entretien à nos confrères de Libération.

L’ancien ministre grec des Finances évoque longuement la question européenne. Il revient notamment sur la crise financière de 2008 et dénonce les politiques employées à l’époque: "En réalité, l’opinion évolue, et de plus en plus de gens savent bien que le storytelling qu’on leur a servi sur la crise grecque est un mensonge fabriqué de toutes pièces". Selon le ministre démissionnaire, les Européens n’ont "jamais cherché à sauver la Grèce", préférant "sauver les banques françaises et allemandes, soudain trop exposées lorsque le pays a fait faillite en 2009".

À qui la faute? Si beaucoup pointe la responsabilité de l’Allemagne, Yánis Varoufákis refuse, lui, de blâmer un pays plus qu’un autre: "Non ce n’est pas l’Allemagne qui est en cause. Ce sont les élites allemandes qui dictent la marche à suivre, avec l’approbation et la complicité des élites françaises, grecques et autres. Les élites européennes sont toutes solidaires pour imposer les mêmes politiques".

Hollande "s'est suicidé en renonçant si vite à ses promesses"

Et le professeur d’Économie de poursuivre en assénant un premier coup à François Hollande: "Wolfgang Schäuble (ministre allemand des Finances, ndlr) a raison quand il me lance, en février 2015, que ‘des élections ne peuvent pas changer une politique économique’. C’est la réalité. Regardez ce qui s’était passé en France: François Hollande avait fait campagne pour changer de politique, notamment au sein de l’Union européenne. Et dès qu’il a été élu président, il y a immédiatement renoncé. Qu’on ne s’y trompe pas: les élites européennes soutiennent toutes Wolfgang Schäuble et partagent ce refus de changer de politique économique".

Estimant que François Hollande "s’est suicidé en renonçant si vite à ses promesses", Yánis Varoufákis reproche également à l’ancien chef de l’État d’avoir menti et se livre à une critique acerbe envers son action. "Hollande et Sapin ont proclamé partout que c’est grâce à eux que la Grèce est finalement restée dans la zone euro. C’est un mensonge éhonté. Ils n’ont jamais contredit Schäuble, n'ont jamais fait la moindre proposition. Ils étaient en permanence à côté de la plaque, de simples spectateurs".

"Macron a perdu toute crédibilité"

Yánis Varoufákis semble avoir davantage d’estime pour Emmanuel Macron qu’il considère "comme un ami". Il affirme par ailleurs qu’il aurait préféré négocier avec lui, lorsqu'il était encore à Bercy, sur les plans de sauvetage de la Grèce: "Je sais, pour en avoir parlé avec lui, que Macron désapprouvait la stratégie de Hollande. Il savait pertinemment qu’un troisième plan de renflouement de la dette grecque était voué à l’échec, comme les précédents".

Mais le successeur de François Hollande en prend aussi pour son grade. "Et pourtant, que fait aujourd’hui Bruno Le Maire, son ministre des Finances? Exactement la même chose que Sapin à l’époque: il soutient ce troisième mémorandum à Bruxelles", s'agace l’ancien ministre grec. Il reproche par ailleurs à Emmanuel Macron d’avoir prononcé un discours erroné sur la Grèce: "Et qu’est-ce qu’il a dit? Que la crise était finie en Grèce, en annonçant même une renaissance? En Grèce, les gens l’ont écouté avec ahurissement. […] Macron a perdu toute crédibilité avec ce discours".

"Beaucoup de sympathie" pour les Insoumis

Selon lui, le président français cherche à "germaniser" la France en imposant certaines réformes, "comme les lois sur le travail et les réformes budgétaires". Avec un objectif clair: convaincre Angela Merkel "d’accepter le principe d’un budget fédéral". "Mais il risque de perdre tout son capital sympathie en France et de se heurter au refus de Merkel. Après, il ne lui restera plus qu’un choix extrême, comme celui de la politique de la chaise vide à Bruxelles. Car s’il ne résiste pas, Macron n’aura alors été qu’une étoile filante dans un ciel bien sombre", prévient-il.

Enfin, Yánis Varoufákis avoue avoir "beaucoup de sympathie pour l’idée d’insoumission" défendue par Jean-Luc Mélenchon. Il regrette néanmoins sa position sur l’Europe: "Ce n’est pas parce que la Grèce –tout comme la France d’ailleurs- n’aurait pas dû adopter la monnaie unique qu’il faut pour autant abandonner l’euro ou démolir l’Europe".

P.L