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Espagne: le chef du gouvernement Mariano Rajoy devrait tomber

Mariano Rajoy, au Parlement espagnol à Madrid le 31 mai 2018.

Mariano Rajoy, au Parlement espagnol à Madrid le 31 mai 2018. - Oscar del Pozo - AFP

Les députés espagnols ont commencé à débattre ce jeudi d'une motion de censure portée par le Parti socialiste, visant à destituer le Premier ministre, Mariano Rajoy. Les indépendantistes basques, qui viennent d'annoncer leur soutien à cette motion de censure, doivent faire pencher la balance en faveur de son adoption.

Les heures de Mariano Rajoy à la tête du gouvernement espagnol sont comptées. Une motion de censure, déposée vendredi dernier par le Parti socialiste (PSOE) pour renverser le chef du gouvernement conservateur, devrait être votée par les députés vendredi. Alors que les analystes politiques donnaient très peu de chance en début de semaine à cette motion, le vent a tourné ce jeudi, après la prise de position des indépendantistes basques, déterminante pour l'issue du vote.

Les indépendantistes basques soutiennent la motion

Pedro Sanchez, dirigeant du PSOE, a choisi de déposer cette motion de censure au lendemain de la condamnation du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, accusé de corruption pour avoir bénéficié de fonds obtenus illégalement. Si cette motion venait à être adoptée, Pedro Sanchez deviendrait automatiquement le nouveau chef du gouvernement. Car en Espagne, les motions de censure sont dites "constructives", ce qui signifie que les députés doivent accorder leur confiance à un autre candidat pour pouvoir destituer l'actuel chef du gouvernement.

Le patron du Parti socialiste doit obtenir la majorité absolue pour y parvenir, soit au moins 176 voix sur 350 députés. Et le calcul est minutieux: il est assuré d'avoir la confiance des 84 députés socialistes, les indépendantistes catalans ont affirmé ce jeudi qu'ils le soutenaient, et il est presque certain d'avoir également les voix de la gauche radicale de Podemos. Un petit monde qui lui permettrait d'obtenir 175 voix en sa faveur. Et qui signifie donc qu'il ne lui manquerait qu'une petite voix pour atteindre la majorité absolue.

Tous les regards se tournent alors vers des indépendantistes basques (PNV) qui comptent 5 députés, et seront donc déterminants pour l'issue du vote. Aitor Esteban, membre du PNV (centre droit indépendantiste basque) s'est exprimé ce jeudi après-midi devant le Parlement espagnol et fait part de la décision de son parti. Il a annoncé que le PNV voterait en faveur de Pedro Sanchez, ce qui assure à ce dernier d'obtenir la majorité absolue et ainsi de faire tomber Mariano Rajoy. Tout comme les indépendantistes basques de Bildu (gauche radicale) qui voteront bien cette motion, bien qu'émettant publiquement des doutes sur le leader socialiste.

Pedro Sanchez avait fait les yeux doux au Parti nationaliste basque, en assurant qu'il ne toucherait pas au budget qui prévoit des largesses financières pour le Pays Basque s'il venait à être élu, a donc réussi son pari.

Vers une démission de Rajoy?

Mais le feuilleton n'est pas terminé. Mariano Rajoy, qui a écarté mercredi toute possibilité de démission, pourrait être tenté de revenir sur sa décision. La motion de censure va être adoptée vendredi, il a jusqu'à ce moment pour quitter son poste s'il le souhaite. 

Cet acte lui permettrait de ne pas être automatiquement remplacé par Pedro Sanchez, et de rester encore quelques jours, voire quelques mois, au pouvoir. Le temps qu'un nouveau candidat soit officiellement désigné pour le remplacer. Et si aucun accord n'est trouvé, des élections seraient convoquées dans les mois à venir. Les prochaines heures seront donc décisives pour l'avenir politique du pays.

Céline Penicaud avec AFP