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Espagne: ce que l'on sait du crash de l'avion F-16

Le crash du F-16 grec a fait au moins 10 morts, dont huit Français

Le crash du F-16 grec a fait au moins 10 morts, dont huit Français - Josema Moreno - AFP

Un avion de combat F-16 s'est écrasé lundi sur le tarmac de la base militaire d'Albacete, dans le sud-est de l'Espagne, tuant sur le coup huit Français et deux Grecs qui se trouvaient à bord. Un neuvième Français est décédé ce mardi des suites de ses blessures. Une enquête a été ouverte, en Espagne et par la France, pour déterminer les causes de l'accident.

Comment expliquer le crash meurtrier de l'avion de combat grec de type F-16, survenu lundi dans le sud de l'Espagne? L'accident, qui s'est produit au décollage de l'appareil de la base aérienne de Los Llanos, qui accueille un centre de formation de pilotes d'élite de l'OTAN, a fait onze morts, neuf Français et deux Grecs, et 20 blessés. L'un des Français blessé est décédé des suites de ses blessures a indiqué le ministère de la Défense espagnol, mardi matin.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre sur place dans la journée de mardi. Dans le même temps, mardi, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "homicides et blessures involontaires", une procédure classique lorsque des nationaux comptent parmi les victimes. Des gendarmes français doivent se rendre sur place dès mardi également. Une autre enquête a été ouverte et confiée à un juge de Valence avec la garde civile.

Quelles causes peuvent expliquer cet accident, qui implique l'un des avions de chasse les plus performants au monde? BFMTV fait le point.

> Que s'est-il passé?

L'accident s'est produit aux alentours de 15 heures lundi, lors d'un entraînement sur la base aérienne de Los Llanos, située dans la province d'Albacete, en Espagne.

Selon le ministère espagnol de la Défense, l'avion a, pour des raisons encore inconnues, "perdu de sa puissance" au moment du décollage, a viré à droite, et s'est écrasé sur le bord de la piste, sur une aire de stationnement, heurtant des aéronefs de plusieurs nationalités qui y étaient garés, parmi lesquels des avions de combat français, dont les pilotes se préparaient à partir en exercice.

"Je prenais un bain de soleil sur ma terrasse quand j’ai vu trois avions de l'OTAN décoller. Mais pas le quatrième", raconte un témoin de la scène. "A ce moment là, j'ai vu une boule de feu, puis un nuage noir en forme de champignon, et une colonne de fumée". Les équipes de secours n’ont pu intervenir et déterminer le nombre de victimes qu’une fois l’incendie complètement éteint.

> Qui sont les victimes françaises?

Neuf Français, dont une femme, tous militaires, se trouvent parmi les victimes. Les appareils concernés "provenaient de plusieurs bases aériennes", a indiqué ce mardi matin sur BFMTV Denis Mercier, chef d'état-major de l'armée de l'air.

"J'avais deux équipages. Un équipage d'un biplace, pilote et navigateur, et un autre pilote. Le reste sont des mécaniciens, qui viennent pour une grande majorité de la base aérienne de Nancy. Les autres viennent des bases de Châteaudun et Mont-de-Marsan", a précisé Denis Mercier. Six personnes sont blessées, dont quatre dans un état grave, avait-t-il par ailleurs indiqué, avant que la mort d'un neuvième Français ne soit indiquée mardi matin par le ministère de la Défense espagnol. Ce blessé avait été transféré à l'hôpital de la Paz à Madrid, a précisé Manuel Vazquez, porte-parole du ministère. Parmi les Français, cinq se trouvent toujours "dans un état grave mais stable", trois à l'hôpital de la Paz, et deux à l'hôpital d'Albacete, proche de la base de Los Llanos où s'est produit l'accident, à quelque 250 km au sud-est de Madrid. Les quatre autres ont pu quitter l'hôpital.

> Quelles peuvent être les causes du crash?

Pour l'heure, les causes de l'accident restent indéterminées, mais quelques pistes se dessinent pour expliquer cette chute soudaine. Les tout premiers instants du décollage, au cours desquels le F-16 s'est écrasé, est une phase particulièrement délicate, car les réservoirs de l'appareil sont remplis de carburant, et les moteurs de l'avion, très puissants, lancés à pleine vitesse.

Comme les avions de ligne, les F-16 sont équipés de boîtes noires. "La boîte noire tient la température, ils vont l'analyser, pour voir si c'est une défaillance humaine, une panne mécanique. Ce peut aussi être un oiseau qui est entré dans le moteur. Toutes les hypothèses sont possibles", explique à BFMTV Jean-Patrick Gaviard, ancien chef de la Défense aérienne.

En temps normal, lorsqu'un problème survient au moment du décollage, notamment lorsque le moteur s'arrête, le pilote a pour consigne de garder une trajectoire droite, afin d'éviter les zones habitées, avant de s'éjecter. Le F-16 grec, lui, a dévié vers la droite, et son pilote ne s'est pas éjecté, ce qui interpelle les experts.

"Il y a eu une perte de poussée manifeste", estime sur BFMTV Patrick Dutartre, général de l'armée de l'air. "Et puis, en enchaînement, soit une perte de commande de vol, soit il n'y a pas eu assez de poussée pour faire un demi-tour. Cela ressemble à une ingestion de corps étranger, comme un oiseau, qui a pu faire exploser le moteur et entraîner cette perte de contrôle", détaille-t-il.

> Le F-16, l'un des avions de combat les plus performants au monde

Le F-16 Fighting Falcon, avion de chasse d'une ou deux places, est capable de voler à plus de 2.000 km/h, soit deux fois la vitesse du son, ce qui en fait l'un des plus performants au monde. "C'est un avion qui a quarante ans, mais qui s'est fabriqué à 4.500 exemplaires. Il y en a encore 2.300 en circulation dans le monde, c'est l'avion de chasse le plus utilisé", explique Gérard Feldzer, consultant aéronautique de BFMTV. "Il a certes été conçu il y a quarante ans, mais il y a eu des successions d'améliorations, de nouvelles versions, et c'est un appareil qui est aujourd'hui utilisé par une vingtaine de pays".

Avec ses 15 mètres de long et ses 10 mètres d'envergure, cet avion militaire monomoteur, développé par les Etats-Unis et capable de transporter deux bombes ou des missiles, a été utilisé pendant la guerre du Golfe, mais aussi en ex-Yougoslavie et en Libye. 

Adrienne Sigel, avec Igor Sahiri