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Des dessins de femmes qui ont leurs règles exposés dans le métro de Stockholm

Dans le métro à Paris (photo d'illustration)

Dans le métro à Paris (photo d'illustration) - Joël Saget-AFP

Une station du métro de Stockholm, la capitale suédoise, affiche des illustrations de femmes avec des taches rouges au niveau de l'entrejambe. Difficile à imaginer pour l'heure en France.

Des illustrations de femmes qui ont leurs règles affichées en grand format. À Stockholm, une station de métro expose depuis le mois de septembre des illustrations de Liv Strömquist, une auteure suédoise de bandes dessinées connue pour son engagement féministe. Il n'est pas rare que le métro suédois mette en avant des artistes: 90 de ses 100 stations présentent régulièrement des œuvres, choisies par un comité d'employés de la société de transport, de conseillers artistiques et d'artistes.

"Tout va bien (c'est juste que je saigne)"

Parmi les chats, oiseaux et arbres de la dessinatrice, des patineuses artistiques. Particularité de ces femmes en noir et blanc: la seule touche de couleur est une tache rouge de sang sur le justaucorps au niveau de l'entrejambe. Sur l'un des dessins apparaît également ce texte en guise de légende: "It's alright (I'm only bleeding)", ce qui signifie "Tout va bien (c'est juste que je saigne)".

Cet affichage a suscité la controverse, certains usagers du métro estimant sur les réseaux sociaux que c'était "dégoûtant", comme le rapporte The Guardian, quand d'autres se sont plaints auprès de l'organisme qui gère les transports en commun suédois. Si sa porte-parole a assuré que les plaintes étaient prises au sérieux, il n'est pas pour autant question de retirer les illustrations, qui seront exposées jusqu'au mois d'août prochain. 

"En montrant l'art de Liv Strömquist, nous voulions célébrer le corps humain dans toutes ses lignes et ses formes", a-t-elle indiqué au quotidien britannique. 

L'artiste a quant à elle expliqué à la chaîne de télévision SVT qu'elle était habituée à ce que son travail suscite la discussion. "C'est bizarre que cela soit jugé si provocateur, car c'est quelque chose que nous voyons tout le temps. J'ai du mal à comprendre tout ça".

Du sang rouge dans une publicité britannique

Pour Élise Thiébaut, auteure de Ceci est mon sang, le sang menstruel demeure un tabou. "Dans toutes les représentations, à la différence du sang issu de la violence ou des films d'horreur, le sang des règles est interdit", explique-t-elle à BFMTV.com. Mais cela n'a pas toujours été le cas.

"Jusqu'au néolithique et l'apparition des religions, le sexe féminin et le sang menstruel étaient synonymes de grand pouvoir. Mais cela s'est renversé et cela est devenu symbole de malédiction. Le tabou des règles est un instrument de la domination des femmes", ajoute Élise Thiébaut, qui vient de publier Les règles, quelle aventure.

Au début du mois d'octobre, le débat sur la représentation des règles a de nouveau été relancé. Bodyform, une marque britannique de protections périodiques, a choisi de représenter, pour la première fois dans une publicité, le sang avec la couleur rouge. Mais en France, les marques restent frileuses. Dans les publicités, le sang est toujours bleu.

"Nous évaluons avec précaution la représentation visuelle"

Always assure à BFMTV.com que si "de plus en plus de femmes s'intéressent au fait de lever les tabous autour des règles, et pour certaines cela passe par des visuels plus réalistes", la marque de protections hygiéniques assure avoir "sur cette question, des réponses contrastées" de la part des femmes interrogées. "Aussi, nous évaluons avec précaution si et comment apporter des changements sur la représentation visuelle de la performance de nos produits."

Même prudence pour Nett, qui appartient au groupe Johnson & Johnson. Si Félicie Petit-Nivard, responsable de la communication, "salue" le choix de Bodyform, elle indique à BFMTV.com que le groupe a "entamé une démarche pour dédramatiser les règles et en faire un sujet qui ne devrait pas être tabou" et vouloir "aller plus loin dans le futur". Le liquide traditionnellement bleu est devenu rose au printemps dernier dans un spot publicitaire. Mais pas encore rouge.

Le culte du secret

Le tabou des règles ne s'abattra pas dans la douceur, estime quant à elle Jack Parker, auteure du blog Passion Menstrues et du livre Le Grand Mystère des règles. "Il faudra choquer pour que cela devienne banal", analyse-t-elle pour BFMTV.com. "Aujourd'hui, on est toujours dans le culte du secret, la loi du silence et la dissimulation quand il s'agit des règles."

L'idée ce n'est pas de "revendiquer" ce phénomène naturel, précise à BFMTV.com Marie Allibert, porte-parole de l'association Osez le féminisme, mais de le "neutraliser pour en faire un phénomène neutre que chaque femme vit à sa façon".

Céline Hussonnois-Alaya