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Covid-19: est-il raisonnable de partir en vacances à l'étranger cet été?

Des passagers en provenance d'Abu Dhabi (Émirats arabes unis) arrivent à l'aéroport de Phuket (Thaïlande), le 1er juillet 2021.

Des passagers en provenance d'Abu Dhabi (Émirats arabes unis) arrivent à l'aéroport de Phuket (Thaïlande), le 1er juillet 2021. - Lillian SUWANRUMPHA / AFP

L'OMS a averti jeudi d'un risque de nouvelle vague épidémique portée par le variant Delta en Europe, au moment même où l'UE lance son pass sanitaire dans l'espoir de relancer le tourisme. Alors quel risque prend-t-on en choisissant de partir en voyage aujourd'hui?

Alors que plusieurs pays d'Europe semblaient voir le bout du tunnel et levaient progressivement leurs mesures sanitaires, la branche européenne de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait savoir ce jeudi que le nombre de cas de Covid-19 avait de nouveau augmenté de 10% la semaine dernière sur le continent.

Et ce "en raison de l'augmentation des brassages, des voyages, des rassemblements et de l'assouplissement des restrictions sociales", précise l'OMS.

Signe de cet assouplissement: le certificat sanitaire européen est entré en vigueur ce jeudi pour faciliter les déplacements et relancer le tourisme au sein de l'Union européenne cet été. Gratuit, il doit être reconnu dans les 27 pays de l'UE, ainsi que la Suisse, le Liechtenstein, l'Islande et la Norvège. Des discussions sont en cours avec un certain nombre de pays tiers, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, pour une reconnaissance mutuelle et une interopérabilité des documents.

Les Français peuvent donc désormais voyager dans la plupart de l'Europe, et de moins en moins de pays n'exigent des touristes vaccinés de se faire dépister avant le départ. Les enfants, eux, doivent toutefois présenter des tests PCR ou antigéniques pour certaines destinations, telles que l'Italie ou l'Espagne. Mais est-ce bien raisonnable, à l'aube d'une possible quatrième vague dans l'Hexagone?

Tenez compte de votre situation vaccinale

Prend-on vraiment un risque en choisissant de voyager cet été, et notamment à l'étranger? "Ça dépend", estime le Dr Leana Wen, médecin urgentiste américaine, interrogée par la chaîne américaine CNN.

Selon cette professeure de politique et de gestion de la santé publique à l'École de santé publique de l'Institut Milken à Washington D.C, "il y a deux facteurs à bien prendre en compte" avant de partir en voyage. "Le premier est votre statut vaccinal. Si vous êtes complètement vacciné, vous êtes bien protégé contre le Covid-19, à moins d'être gravement immunodéprimé." Donc selon elle, en cas de schéma vaccinal complet, vous pouvez envisager de "reprendre les activités que vous aimez, y compris les voyages internationaux".

"En revanche, je conseillerais à ceux qui ne sont pas vaccinés de s'abstenir de tout voyage non essentiel, que ce soit dans leur pays ou à l'étranger", indique le Dr Leana Wen. En laboratoire ou en vie réelle, toutes les études convergent sur un point:recevoir une seule dose de vaccin n'apporte qu'une protection limitée contre le virus, notamment contre le variant Delta.

"Et pendant un voyage, il y a une probabilité importante pour que vous vous retrouviez au milieu d'une foule en intérieur: par exemple dans des aéroports ou des gares. Il y a donc de fortes chances que vous vous retrouviez avec d'autres personnes non-vaccinées, ou pas encore totalement vaccinées. En n'étant pas complètement vacciné vous-même, ces personnes représenteraient donc un risque pour vous, et vous représenteriez un risque pour eux", explique la médecin.

En France par exemple, 50% des Français n'ont toujours pas reçu leur première dose de vaccin contre le Covid. Mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a déconseillé aux Français d'attendre la rentrée pour se faire vacciner, en notant que "si vous vous vaccinez en septembre, vous ne serez pas protégé avant la mi-octobre".

Informez-vous sur les restrictions locales

L'Organisation mondiale de la santé, elle, s'est récemment inquiété de l'assouplissement des restrictions sanitaires dans certains pays, notamment les hôtes de grands événements sportifs tels que l'Euro de football. Alors que les cas augmentent dans des villes organisatrices (Londres, Bakou et Saint Pétersbourg), l'OMS Europe a appelé à mieux suivre les spectateurs, pas seulement dans les stades.

Pour l''urgentiste américaine, les voyageurs doivent prendre en compte leur destination, et s'adapter en fonction - et les règles sont loin d'être harmonisées: "Certains pays imposent des mesures de restrictions qui peuvent vous faire repenser votre voyage." Au Portugal par exemple, un couvre-feu nocturne va être rétabli à partir de vendredi dans 45 communes dont Lisbonne, en raison de la propagation du variant Delta.

"Une période de quarantaine obligatoire peut être imposée à certains endroits, et pourrait éventuellement vous empêcher de visiter quoi que ce soit", ajoute Leana Wen. Il faut aussi prendre en compte la durée de la période de quarantaine, dans le cas où elle correspondrait plus ou moins à la durée totale de votre voyage.

"Dans ce cas-là, cela vaut peut-être le coup d'y réfléchir à deux fois" avant de partir, estime la spécialiste.

Surveillez les résurgences du virus

La professionnelle de santé recommande également de se renseigner sur les chiffres de l'épidémie dans le pays et la région où vous comptez vous rendre, notamment les données hospitalières ou le nombre de nouveaux cas, de manière à ne pas se retrouver bloqué au beau milieu d'une importante vague de cas.

"En plus du risque de contracter le virus, vous pourriez être confronté à des difficultés pour avoir accès à des soins", note aussi le Dr Leana Wen auprès de la chaîne de télévision américaine. Des assurances spéciales Covid-19 peuvent vous être proposées avant le départ, note Le Parisien.

Aux quatre coins du mondes, l'épidémie resurgit en raison du variant Delta, plus contagieux. En Espagne par exemple, près de 6000 personnes ont été placées en quarantaine à Palma de Majorque après la découverte d'un cluster géant provoqué par des étudiants venus fêter la fin des cours. Au moins 1824 cas ont depuis été rapportés positifs au Covid-19, et le taux d'incidence a augmenté de 36% en une semaine dans le pays.

L'Australie est elle aussi confrontée au variant Delta. Alice Springs, située dans l'immense et désertique arrière-pays, est devenue mercredi la cinquième ville du pays à être confinée.

La situation est également très inquiétante en Afrique, où, a mis en garde l'OMS, "tous les records établis par les pics précédents" ont été battus. "La vitesse de contamination et l'ampleur de la troisième vague qui touche l'Afrique ne ressemblent en rien à ce que nous avons connu jusqu'à présent".

En Asie, où le variant progresse également, la Thaïlande a rouvert ce jeudi l'île paradisiaque de Phuket aux touristes internationaux, alors que le royaume a enregistré mercredi son pire bilan quotidien depuis le début de la pandémie de Covid-19 avec 53 morts.

Les croisières, qui viennent à peine d'être relancées et fonctionnent par définition en vase clos, sont elles-aussi déjà touchées par des cas de résurgence du virus. Début juin, certains passagers ont été contaminés à bord du Celebrity Millenium, un des premiers bateaux de croisières à reprendre la mer en Amérique du Nord après la pandémie.

N'abandonnez pas les gestes barrières

Si vous décidez de partir, "respectez les consignes" sanitaires, à commencer par les gestes barrières, a insisté jeudi sur RTL Didier Pittet, président de la mission d'évaluation indépendante sur la gestion de la crise du Covid-19 en France. "Il est évident que ce virus est 'hyper-endémique', c'est-à-dire qu'il est partout et qu'on peut l'attraper à tout moment", note le spécialiste. "Le respect de ces consignes vous aidera et vous protégera."

"On s'était lâchés l'été passé, on l'a payé très très cher en automne", rappelle Didier Pittet. "Cette fois-ci on a l'avantage d'avoir une proportion de vaccinés dans nos populations, c'est pour ça qu'on peut se permettre de relâcher, mais si on commence à avoir n'importe quelles attitudes, malheureusement on va le payer à l'automne."

Le ministère des Affaires étrangères a publié, sur son site internet, des conseils aux voyageurs français en fonction de leur destination.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV