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Et maintenant, avec qui Merkel va-t-elle gouverner?

Le parti d'Angela Merkel a remporté, pour la quatrième fois consécutive, les élections législatives en Allemagne. Une victoire ternie par la percée de l'AfD, à l'extrême droite, et qui rebat les cartes de la coalition gouvernementale.

Le quatrième mandat d’Angela Merkel sera celui du changement. Le SPD, son allié durant ses quatre dernières années sort essoré de ce scrutin avec les pires résultats électoraux de son histoire (20,8%). Les sociaux-démocrates n’ont pas d’autres choix que de s’offrir une cure d’opposition. Ils l’ont annoncé sitôt les résultats connus.

Après sa victoire, Angela Merkel ne peut pas chercher à faire alliance avec l’AfD (13,8%). D’abord pour des raisons idéologiques, ensuite parce que ce nouveau parti à la droite de la droite n’a cessé de réclamer son départ. De même qu’elle ne peut pas s’allier à la gauche de la gauche. Dans les Länder, Die Linke (8,9%) ne s’est jamais associé au parti conservateur. Le pragmatisme allemand a ses limites.

Une coalition "Jamaïque"

Il ne reste donc qu’à la chancelière sortante qu’un choix: la "coalition Jamaïque". De quoi s’agit-il? Les Allemands aiment dénommer les diverses alliances possibles de gouvernement, tant au niveau fédéral que régional. L’Allemagne a vécu ces quatre dernières années avec ce qu’on appelle la "grande coalition", réunissant les deux grands partis du pays -les seuls dont les chefs sont devenus des chanceliers depuis qu’elle est une république fédérale.

Place donc désormais à une alliance à trois symbolisée par le drapeau de la Jamaïque: noir, la couleur de la CDU (32,9%) , jaune, celle du parti libéral, le FDP (10,5%) et vert, celle des écologistes (8,9%).

Elle est la seule combinaison de partis permettant à Angela Merkel de constituer un gouvernement majoritaire au Bundestag, après ces élections législatives. Et elle offrirait à l’Allemagne ce vent de nouveauté qu’une majorité d’électeurs ont visiblement appelé de leurs voeux.

Même si son parti à souvent été l’allié du SPD comme de la CDU, Christian Lindner (38 ans), le chef de file du FDP est présenté comme l’Emmanuel Macron allemand. Et les verts n’ont jamais participé à un gouvernement fédéral avec la CDU. Ces trois partis ont en revanche déjà gouverné ensemble localement. Dans la Sarre entre 2009 et 2012 et depuis juin dernier dans le Land rural de Schleswig-Holstein.

Le FDP, un frein à l'alliance noir-jaune-verte?

Durant la campagne, Christian Linder s’est montré rétif à une telle alliance. Mais on peut imaginer qu'il s'agissait alors de convaincre ses troupes et ses électeurs que la dynamique dont il bénéficiait pouvait lui permettre de former un attelage à deux avec la CDU. Il aurait fallu pour cela que le parti de la chancelière résiste mieux à l’usure électorale. Les chrétiens-démocrates ont perdu près de 9 points depuis la dernière élection. 

Du côté des verts, l’idée de former un attelage avec les libéraux n’emballe pas tous ses dirigeants. Surtout à la gauche du parti. Immigration diesel, Europe peuvent être des sujets à dissonance. Mais ce serait pour les écologistes une occasion sans précédent d’influer sur les orientations économiques du pays.

A la différence de la France, qui dit participer à un gouvernement implique la négociation d’un "contrat" engageant tous les alliés pour une mandature. Chacun doit donc mettre de l’eau dans son vin et inscrire noir sur blanc les éléments des programmes de chacun qui seront dans l’agenda du gouvernement. Et Angela Merkel, qui adore rapprocher les points de vue, devrait alors endosser le costume d'une chancelière conciliatrice. 

dossier :

Angela Merkel

Pierre Kupferman