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En Allemagne, la délicate stratégie du déconfinement progressif

À Berlin mercredi, la chancelière Angela Merkel a présenté à la presse son plan de déconfinement en 19 points. Parmi eux, la réouverture d'une partie des commerces dès le 20 avril. Ces mesures s'expliquent par des raisons sanitaires, mais surtout politiques et économiques.

L'Allemagne va-t-elle bientôt se lancer dans un processus de déconfinement progressif? Mercredi à Berlin, à l'issue d'âpres négociations avec ses Länder (régions allemandes, NDLR), la chancelière Angela Merkel a présenté à la presse un plan en 19 points, qui contient des mesures d'assouplissement des règles de restriction actuellement en vigueur depuis la mi-mars. 

Ces règles, certains diront, auront permis à notre voisin outre-Rhin de résister davantage à la pandémie due au nouveau coronavirus. Mercredi, l'Allemagne comptait 127.584 cas officiellement déclarés et 3254 morts du Covid-19, selon l'Institut Robert Koch. 

Dès le 20 avril, les commerces d’une surface inférieure à 800 mètres carrés sont censés pouvoir rouvrir leurs portes. Il doit également en être ainsi pour les concessionnaires automobiles, librairies et les magasins de vélo, quelle que soit leur taille, relate Le Monde

Les écoles rouvertes le 4 mai?

La deuxième étape est fixée au 4 mai. C'est à ce moment-là que pourront rouvrir les "établissements de services où une proximité corporelle est inévitable". À savoir les salons de coiffure, notamment. Plus cruciale encore, ce jour-là, la réouverture prévue des établissements scolaires allemands. Les élèves les plus âgés, en fin de cycle primaire ou secondaire, seront les premiers concernés en raison des examens de fin d'année. Les autres classes seront rouvertes plus tard, tout comme les crèches.

Les rassemblements de plus de deux personnes resteront proscrits jusqu'au 3 mai et les règles de distanciation d'au moins 1,5 mètre resteront en vigueur, a précisé Angela Merkel. Les "grands rassemblements", eux, demeureront interdits "au moins jusqu’au 31 août". S'agissant des restaurants et des hôtels, aucune date de réouverture n’est fixée. 

Si le même flou persiste quant aux bâtiments religieux, des discussions doivent avoir lieu "dès cette semaine" entre le ministère de l'Intérieur allemand et les représentants des divers cultes pour préciser les choses. 

Pour accompagner cet assouplissement des règles, le gouvernement recommande fermement le port de masques dans les magasins et transports en commun. Il continuera par ailleurs d'appliquer son programme de traçage du Covid-19 à l'échelle nationale.

Merkel confrontée à un dilemme politique

Tout cela est compliqué par le système fédéral allemand, qui confère aux Länder des compétences prééminentes dans certains domaines, dont l'éducation par exemple. Il reviendra donc à des personnalités telles que Markus Söder, ministre-président de Bavière, de décider du jour et des modalités de réouverture des écoles dans sa région.

Problème justement: Markus Söder, par ailleurs président de la CSU, l'allié conservateur bavarois du parti d'Angela Merkel, la CDU, a mis en place jusqu'à maintenant des mesures de confinement strictes. Il est partisan de leur maintien jusqu'au 11 mai pour les établissements scolaires. La Bavière, Land très prospère du sud de l'Allemagne, est par ailleurs le seul à s'être vu imposer un état d'urgence. 

De l'autre côté, il y a le point de vue de Armin Laschet, ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, région la plus peuplée d'Allemagne, où se situent de grandes villes telles que Düsseldorf, Cologne et Dortmund. Candidat à la présidence de la CDU, Armin Laschet est un proche d'Angela Merkel. Il insiste auprès d'elle pour une levée des restrictions afin de raviver l'économie nationale.

Confrontée à un potentiel blocage politique, la chancelière a donc été contrainte de choisir une voie médiane, résultat d'un accord entre les 16 Länder allemands et le gouvernement fédéral. Pour l'heure, cet accord semble avoir satisfait les tenants des deux différentes approches vis-à-vis des restrictions.

Une économie exportatrice vacillante

Ce consensus s'explique aussi par le fait que l'Allemagne se trouve désormais en récession. C'est le ministère de l'Économie qui l'a indiqué mercredi, prévenant que cette situation pourrait durer "jusqu'au milieu d'année" et tablant aussi sur une aggravation de la situation en avril.

Déjà fortement fragilisée pendant toute l'année 2019 par les tensions commerciales internationales, qui ont mis à mal les débouchés d'un modèle économique basé sur l'exportation, l'économie allemande est désormais plombée depuis plusieurs mois par la crise sanitaire. 

Le PIB allemand devrait s'effondrer de 10% au deuxième trimestre, du jamais vu dans l'histoire récente, selon des projections communes des principaux instituts économiques, publiées la semaine dernière. Selon ces mêmes sources, le taux de chômage devrait grimper à 5,9% de la population active, soit 2,5 millions de personnes sans emploi.

Par conséquent, de plus en plus de voix se sont élevées en Allemagne ces dernières semaines pour alléger ces restrictions, afin de remettre rapidement sur pied l'appareil productif allemand. Pour faire face à la crise, Berlin a déjà adopté un plan de plusieurs centaines de milliards d'euros, incluant des dispositifs de garanties publiques de prêts et d'aides directes aux entreprises, notamment pour les PME.

"Sans précédent pour l'Allemagne depuis la Seconde guerre mondiale" selon Berlin, ce plan représente un volume de 1100 milliards d'euros. 
Jules Pecnard