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EDITO - Moudjahidines du Peuple: le discret non-lieu des non-terroristes anti-Téhéran

A l'issue du non-lieu, Me Henri Leclerc, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'homme, félicite Maryam Radjavi, élue présidente de la République pour la période de transition par le Conseil national de la résistance iranienne.

A l'issue du non-lieu, Me Henri Leclerc, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'homme, félicite Maryam Radjavi, élue présidente de la République pour la période de transition par le Conseil national de la résistance iranienne. - DR

L'Etat français a enfin mis un terme aux poursuites judiciaires contre un groupe politique iranien opposé au gouvernement iranien, poursuites engagées il y a 1 1 ans.

Parfois la justice est bien lente. Le 17 juin 2003, pas moins de 1.300 policiers descendaient sur le hameau des Moudjahidines du Peuple iranien, à Auvers-sur-Oise, en profonde banlieue parisienne. Les gendarmes postés autour du hameau, pour la protection des Moudjahidines parfois attaqués par des partisans de la République islamique iranienne des Ayatollahs, furent retirés quelques minutes avant l'arrivée des policiers qui venaient paradoxalement arrêter ces mêmes personnes, pourtant sous protection un instant plus tôt. Comique.

Cul-de-sac

Cent-soixante-quatre personnes furent arrêtées, mais deux semaines plus tard, la cour d'appel de Paris remettait onze d'entre eux en liberté. La plupart sont relâchés le lendemain, et 24 détenus quelques jours de plus lors de leur mise en examen. En 2005, la piste terroriste s'apparentant à un cul-de-sac, l'enquête est élargie à la recherche de crimes financiers par le juge Jean-Louis Bruguière. En 2011, il ne reste plus rien des accusations de terrorisme, et le 17 septembre les dernières bribes d'accusations de malversations financières sont elles aussi abandonnées par les juges Marc Trévidic et Jeanne Duye.

Les Moudjahidines étaient sur la liste terroriste 1997 aux Etats-Unis, et 2001 pour l'Union Européenne. Ils en ont été retirés... en 2009 pour l'Union européenne, et en 2012 aux Etats-Unis! La raison d'État a-t-elle choisi de fabriquer des terroristes?

La tentation existe d'y voir la trame suivante: Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères de l'époque, voulait conclure un accord avec le pouvoir à Téhéran, et a donc sacrifié ces opposants iraniens au régime religieux. En suivant cette même thèse, Le juge Jean-Louis Bruguière a cherché à leur faire coller des accusations de terrorisme. Tout cela est difficile à prouver, et il faut rappeler que les opposants "Moudjahidines du peuple iranien" n'ont pas été emprisonné plus que quelques jours. Mais l'on flaire la manipulation étatique, car ces Moudjahidines n'ont jamais commis d'actes de terrorisme en Europe ou en Amérique. Sans doute leur réseau d'espionnage en Iran, minimisé entièrement par le régime, est-il un irritant. Sans doute ont-ils tué dans les années 80, dans la tourmente révolutionnaire. Mais cela n'en fait pas des terroristes sur un autre continent, et 30 ans plus tard. Et l'on sait que le juge Trévidic n'est pas un juge laxiste.

Harold Hyman