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Disparition de Vaclav Havel, héros de la "révolution de velours"

L'ancien président tchécoslovaque et dramaturge Vaclav Havel est décédé dimanche à Prague à l'âge de 75 ans. /Photo prise le 15 octobre 2009/REUTERS/David W Cerny

L'ancien président tchécoslovaque et dramaturge Vaclav Havel est décédé dimanche à Prague à l'âge de 75 ans. /Photo prise le 15 octobre 2009/REUTERS/David W Cerny - -

par Michael Winfrey PRAGUE (Reuters) - L'ancien président tchécoslovaque et dramaturge Vaclav Havel, artisan de la "révolution de velours" et...

par Michael Winfrey

PRAGUE (Reuters) - L'ancien président tchécoslovaque et dramaturge Vaclav Havel, artisan de la "révolution de velours" et "conscience éclairée" de son pays face au totalitarisme communiste, est décédé dimanche à Prague à l'âge de 75 ans.

Cet ancien fumeur invétéré, qui avait dû être opéré à plusieurs reprises du poumon et d'une occlusion intestinale à la fin des années 1990, est mort des suites d'une longue maladie.

Il s'est éteint entouré de sa seconde femme, Dagmara, et d'une religieuse qui prenait soin de lui.

"Vaclav Havel nous a aujourd'hui quittés", a annoncé sa secrétaire, Sabina Tancevova, dans un communiqué.

Sur Twitter, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a rendu hommage "(...) à l'un des plus grands Européens de son époque". "Sa voix pour la liberté a ouvert le chemin à une Europe unie et libre", a-t-il ajouté.

Le dramaturge - qui n'a jamais reçu le prix Nobel de littérature, pas plus d'ailleurs que celui de la paix - a acquis la célébrité en faisant tomber le régime communiste au pouvoir à Prague en réclamant le respect des droits de l'homme.

Six mois après avoir purgé sa dernière période en prison, il avait mené le soulèvement pacifique qui mit fin au régime pro-soviétique et le vit s'installer au Château de Prague, siège officiel de la présidence de la République.

"Je suis extrêmement ému", a déclaré à la télévision le Premier ministre tchèque, Petr Necas, à l'annonce de la disparition de Vaclav Havel. "Il était le symbole et le visage de notre République.

"C'est l'une des plus grandes personnalités politiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. Sa disparition constitue une immense perte. Il avait encore beaucoup à dire au plan politique et social".

Vaclav Havel était devenu une sorte de garant de la transition pacifique vers la démocratie et avait permis à un petit pays de dix millions d'habitants d'avoir un poids sur la scène internationale bien supérieur à sa superficie et à sa puissance économique.

JACK LANG EVOQUE MANDELA

"La vérité et l'amour triompheront du mensonge et de la haine" - tel était le slogan qu'il avait fait sien lors de la "révolution de velours" et dont ses compatriotes se souviennent avec affection.

Dans son pays, son étoile avait cependant pâli dans les dernières années de sa présidence.

Né en 1936 dans la famille d'un riche entrepreneur du BTP, Vaclav Havel n'avait pu recevoir une bonne éducation de la part des communistes, arrivés au pouvoir en 1948 et qui avaient confisqué toutes les richesses familiales.

Il avait passé la majeure partie de son mandat présidentiel à se battre pour les réformes démocratiques face à l'économiste de droite Vaclav Klaus, qui l'a remplacé au Château de Prague en 2003.

"Pour la République tchèque, il n'était pas seulement un prophète reconnu dans le monde entier, mais aussi un responsable politique concret qui a commis quelques erreurs politiques concrètes", estime son ancien conseiller, Jiri Pehe.

Après avoir quitté le pouvoir, il était retourné à la littérature et à l'écriture et avait publié une nouvelle pièce, intitulée "Sur le Départ", très bien accueillie par la critique et montée en 2008.

A Paris, Jack Lang, ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, a déclaré ressentir "un immense chagrin" après la disparition de "l'un des combattants emblématiques de la libération de son pays".

"Au Panthéon des grandes figures morales de la vie publique contemporaine, Vaclav Havel est sans doute avec Nelson Mandela l'une des personnalités les plus marquantes", a-t-il ajouté.

Prié de dire s'il préférait laisser le souvenir d'un homme politique ou d'un homme de lettres, Vaclav avait répondu lors d'une interview dans un magazine:

"Je répondrais que je suis un dramaturge qui s'est comporté en citoyen et qui, de ce fait, a consacré une bonne partie de son existence à occuper des responsabilités politiques".

Michael Winfrey, Benjamin Massot et Jean-Loup Fiévet pour le service français