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Deux hôpitaux en construction, des ouvriers 24h/24: le défi chinois pour accueillir les malades du coronavirus

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Depuis le 24 janvier, les autorités chinoises ont lancé un défi colossal en projetant de construire deux hôpitaux en seulement dix jours pour accueillir les personnes atteintes du coronavirus. Les travaux avancent à une vitesse impressionnante.

Des centaines d'ouvriers, une myriade de pelleteuses et de bulldozers pour un projet monumental. Depuis le 24 janvier, les autorités chinoises ont fait le pari de construire en dix jours deux hôpitaux, en périphérie de Wuhan, qui devront chacun accueillir plus de 1000 malades atteints du coronavirus. Car les établissements de santé existants sont déjà débordés par l'afflux de patients, alors que ce vendredi la Chine décompte 10.000 cas sur son territoire et 213 morts.

Le chantier se dresse à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Wuhan, au bord d'une route à deux fois deux voies dont un sens de circulation a été entièrement coupé pour laisser la place à des dizaines de camions de livraison et d'engins de terrassement.

  • 25.000 mètres carrés de travaux pour 39 millions d'euros

La construction du premier site doit s’achever le 3 février. L'établissement, baptisé "Hôpital du dieu du feu", une divinité propice contre les maladies, occupera une surface de 25.000 mètres carrés pour 1000 lits à disposition des patients. Un deuxième hôpital de 1600 lits doit être édifié d’ici le 5 février. Il est voué au "dieu de la foudre".

"Il faut isoler les malades et les soigner le plus vite possible", déclare Chen Bingzhong, un ancien haut responsable du ministère de la Santé. "La puissance de contagion de ce virus est trop grande, il risque de contaminer les autres patients et le personnel médical".

Pour la réalisation de ce projet faramineux, le gouvernement verse une enveloppe de 300 millions de yuans, soit 39 millions d’euros.

  • Des centaines d’ouvriers mobilisés 24 heures sur 24

Derrière les palissades, une fourmilière de pelleteuses chargent des camions de terre pendant que des bulldozers aplanissent le sol du futur hôpital, où les premiers patients sont censés arriver la semaine prochaine. Des techniciens s'activent à installer l'électricité, des antennes 5G. D'autres mettent en place les tuyaux d'évacuation des eaux.

Un responsable d'une des entreprises de construction a déclaré à l'agence avoir "mobilisé tous les ouvriers restant à Wuhan", alors que beaucoup avaient déjà quitté la ville en raison des congés du Nouvel an chinois.

Ils "travaillent par équipes en rotation afin d'assurer le travail de construction 24h sur 24", a-t-il déclaré.

"Il faut qu'on aille vite pour combattre l'épidémie", déclare un ouvrier d'une trentaine d'années. Dans l’épicentre de l’épidémie, placé en quarantaine, il explique travailler neuf heures par jour "parfois plus, parfois moins, ça dépend des besoins". Quand ils terminent leurs vacations, les ouvriers sont acheminés en autocar sur leur lieu de repos, de l'autre côté de la route, et doivent se soumettre à un contrôle de température. 

  • Du préfabriqué pour limiter les délais

Les images des travaux font état de leur avancée, avec une rapidité déconcertante. Outre la quantité impressionnante de main d’œuvre et d’outils, cette célérité est due à l’utilisation de bâtiments préfabriqué. Cela permet de contourner les formalités - comme les permis de construire - qui font généralement traîner les travaux.

Mais "aller vite ne veut pas dire oublier la qualité", a rappelé le Premier ministre chinois Li Keqiang, en visite à Wuhan.

"Les travaux d'ingénierie, c'est ce que la Chine fait de mieux. Ils ont la réputation de construire des gratte-ciel à grande vitesse", note un expert en santé publique spécialiste des politiques sanitaires chinoises interrogé par la BBC.

Il poursuit: "Les pays autoritaires peuvent compter sur une mobilisation de la base. Ils peuvent dépasser les considérations bureaucratiques et les contraintes financières et sont capables de mobiliser toutes les ressources."
  • Un projet similaire en 2003 contre le SRAS

En 2003, la Chine avait déjà réalisé un tel défi pour gérer la crise sanitaire générée par le SRAS qui avait contaminé 5327 personnes dans le pays et fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale, selon l'OMS. Les autorités avaient érigé un nouvel hôpital à Pékin en un temps record - seulement une semaine - avec des bâtiments préfabriqués pour accueillir les personnes infectées.

Ambre Lepoivre avec AFP