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Un drapeau ukrainien hissé à Stoyanka près de Kiev en Ukraine, le 4 mars 2022.

Aris Messinis

De l'invasion russe à l'enlisement militaire, 4 semaines de guerre en Ukraine résumées en 4 moments forts

Bilan humain dramatique, indignation de la communauté internationale, sanctions et riposte du Kremlin... BFMTV.com retrace les événements qui ont marqué ce mois de conflit en Europe.

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Le scénario de cette guerre aura déjoué les pronostics, en particulier ceux du Kremlin. Après quatre semaines de conflit, difficile de croire que l'"opération militaire" lancée par Vladimir Poutine se déroule toujours "selon le plan" du président russe. Ce dernier voit ses ambitions se heurter à la résistance des Ukrainiens, et à celle de leur président.

Voilà maintenant un mois que Volodymyr Zelensky est à la tête d'un pays en guerre contre la Russie. Un mois que les forces de Moscou sont entrées sur le territoire ukrainien. Un mois que des villes sont bombardées. Un mois que des civils sont tués, sous le regard épouvanté de l'Occident, tandis que plus de 10 millions de personnes ont quitté leurs foyers depuis fin-février, selon l'ONU. Malgré les pertes civiles, la fuite de la population ukrainienne et la pression russe, Kiev et ses dirigeants tiennent toujours.

• Semaine 1: l'invasion et le spectre d'un conflit nucléaire

Le 21 février Vladimir Poutine déclare à la télévision russe reconnaître l'indépendance des "républiques populaires" de Donetsk et de Lougansk. Il s'agit de deux territoires occupés par des séparatistes prorusses qui s'opposent depuis huit ans aux autorités de Kiev. Un conflit qui prend alors une toute autre dimension.

Trois jours plus tard, le maître du Kremlin lance une "opération militaire" en Ukraine visant à "démilitariser" le pays mais aussi à le "dénazifier". Quelques heures à peine après, dans la nuit du 23 au 24 février, des troupes russes franchissent la frontière et entrent en Ukraine. La guerre devient militaire. Des combats surviennent alors entre militaires ukrainiens et russes dans plusieurs zones du pays, mais Moscou conquiert rapidement plusieurs lieux stratégiques.

La prise de contrôle de la centrale de Tchernobyl le même jour en est l'illustration. Le site du pire accident nucléaire de l'Histoire est désormais aux mains de Moscou, et voilà que son nom provoque à nouveau de vives inquiétudes. Une nouvelle catastrophe nucléaire est-elle à prévoir?

Des soldats ukrainiens déployés au nord-ouest de Kiev, le 24 février 2022 après l'invasion russe en Ukraine
Des soldats ukrainiens déployés au nord-ouest de Kiev, le 24 février 2022 après l'invasion russe en Ukraine © Daniel LEAL © 2019 AFP

Dans le même temps l'Occident réagit à cette atteinte directe à la souveraineté ukrainienne. Les prises de parole de diplomates et de dirigeants s'enchaînent. Ils condamnent sans réserve l'invasion russe, et promettent sanctions économiques et réponse militaire - quoi qu'indirecte - en soutien à l'Ukraine. Face à eux, Vladimir Poutine ordonne de mettre en alerte la "force de dissuasion" de l'armée russe. Celle-ci comporte une composante nucléaire. Comme un retour à la Guerre froide.

En Ukraine, Volodymyr Zelensky impose la loi martiale, demande l'intégration de son pays à l'Union européenne, et lance un appel à la résistance. Ils sont des milliers, puis des millions d'Ukrainiens à quitter alors leurs foyers, ciblés à leur tour par l'armée russe. Kharkiv, Kiev, Odessa, Tchougouïv... Des explosions retentissent dans de nombreuses villes du pays, et entraînent avec elles les premières victimes civiles. Celles et ceux qui fuient les combats tentent de se rendre dans des régions encore épargnées ou dans des pays voisins. L'exode a commencé.

La situation en Ukraine au 2 mars 2022.
La situation en Ukraine au 2 mars 2022. © BFMTV

• Semaine 2: Marioupol, ville-martyre du conflit

Dans une guerre où des victimes civiles sont à dénombrer dans de nombreux lieux en Ukraine, il est difficile d'accorder à Marioupol le monopole du terme "ville martyre". Cette ville ukrainienne hautement stratégique, encerclée par l'armée russe quelques jours seulement après le début des combats, a connu de nombreux drames humains en l'espace de quelques semaines.

Située au sud-est de l'Ukraine, Marioupol et son port - qui borde la mer d'Azov - offriraient à Poutine une continuité territoriale entre ses forces venues de Crimée et celles du Donbass.

Le 9 mars 2022, l'horreur s'abat sur une maternité et un hôpital pédiatrique de la ville. Trois morts et 17 personnes sont blessées selon un premier bilan. Une femme enceinte décèdera quelques jours plus tard. Les images de ces futures mères ensanglantées provoquent l'effroi partout dans le monde, et la communauté internationale dénonce cet acte de guerre.

"Indigne" pour Emmanuel Macron, "Barbare" pour Joe Biden, "Immorale" pour Boris Johnson... De son côté la Russie justifie cette attaque sur l'hôpital qui, selon ses dires, abritait des soldats ultranationalistes du régiment d'Azov. Depuis, d'autres bâtiments accueillant des civils ont également été touchés par des frappes russes dont le théâtre de la ville et l'école d'art.

En parallèle, les forces de Vladimir Poutine s'emparent de la première grande ville du pays: Kherson. La centrale nucléaire de Zaporijia tombe également aux mains des Russes. Les bombardements et les combats s'intensifient, notamment à Kiev, Mykolaïv et Tchernihiv, et poussent le président Zelensky à réclamer auprès de l'Otan une zone d'exclusion aérienne pour interdire le ciel ukrainien aux avions russes. L'organisation lui oppose une fin de non recevoir: la décision signifierait une entrée en guerre de l'Otan et donc le début d'une Troisième guerre mondiale.

Les 27 pays de l'Union européenne se réunissent quant à eux à Versailles afin d'élaborer les réponses économiques, militaires et humanitaires, à l'invasion russe. Des couloirs humanitaires sont créés mais ne sont pas respectés bien longtemps et les multiples sessions de négociations entre Kiev et Moscou ne font pas avancer la situation. Un début d'enlisement se fait pressentir.

La situation en Ukraine au 8 mars 2022.
La situation en Ukraine au 8 mars 2022. © BFMTV

• Semaine 3: l'information, l'autre arme de cette guerre

Il s'était rendu par ses propres moyens en Ukraine pour y couvrir les combats. Il y a trouvé la mort. Brent Renaud, ancien collaborateur du New York Times, est le premier journaliste étranger à mourir dans ce conflit. Le lendemain, Pierre Zakrzewski, cameraman travaillant pour la chaine Fox News, perd la vie près de Kiev. Ce mercredi, une journaliste russe a également été tuée dans un bombardement à Kiev. À ces trois morts s'ajoutent celles de trois journalistes ukrainiens: Oleksandra Kuvshynova, Evgueni Sakoun et Viktor Doudar. Une couverture de la guerre qui s'est payée par le sang.

Car la bataille qui se joue à l'est de l'Europe est aussi celle de l'information. En témoigne l'action de Marina Ovsiannikova sur la chaîne télévisée russe Pervy Kanal. Le 14 mars, en plein journal, la productrice fait irruption sur le plateau du journal télévisé en brandissant une pancarte dénonçant la propagande des médias moscovites, sous l'égide du Kremlin. Celle qui a depuis quitté son travail a été condamnée à une simple amende, mais elle risque toujours des poursuites pénales et donc un possible emprisonnement.

Marina Ovsyannikova avait brandi une pancarte anti-guerre au JT russe
Marina Ovsyannikova avait brandi une pancarte anti-guerre au JT russe © Handout / AFP

Twitter et Facebook, s'engagent eux aussi en bloquant l'accès aux médias russes RT et Sputnik. Le réseau social de Mark Zuckerberg a également décidé de faire "preuve d'indulgence pour des formes d'expressions politiques" en ne supprimant pas les messages hostiles à l'armée et aux envahisseurs russes.

La réponse de Vladimir Poutine: la répression. Dès le 5 mars, le président russe avait signé une loi prévoyant jusqu'à 15 ans de prison pour toute personne publiant des "informations mensongères" sur la guerre en Ukraine. Le pays restreint également l'accès à Twitter. Depuis, Facebook et Instagram ont également été interdits pour "extrémisme".

La situation en Ukraine au 15 mars 2022.
La situation en Ukraine au 15 mars 2022. © BFMTV

• Semaine 4: le pouvoir ukrainien toujours debout

L'offensive russe "s'enlise". C'est en ces termes qu'Olaf Scholz a qualifé la situation de l'armée russe en Ukraine, "malgré toutes les destructions qu'elle provoque jour après jour".

Dans le même temps, un haut responsable du Pentagone a avancé ce mardi que, "pour la première fois", les Russes étaient passés "un peu en dessous de 90% de leur puissance de combat disponible". Or le New York Times, s'appuyant sur des sources du Pentagone, explique que la perte de 10% d'effectifs militaires d'une armée (morts ou blessés) entrave fortement sa capacité à combattre.

Photo diffusée par le service de presse des forces ukrainiennes d'un char russe détruit dans la région de Kiev, le 20 mars 2022
Photo diffusée par le service de presse des forces ukrainiennes d'un char russe détruit dans la région de Kiev, le 20 mars 2022 © - © 2019 AFP

L'engluement ne semble d'ailleurs pas être bénéfique à Moscou, en témoigne le statu quo relevé par plusieurs responsables ukrainiens. Marioupol et Kiev ne sont pas tombées, tout comme Odessa qui dit s'attendre depuis la semaine dernière à une attaque maritime de grande envergure. Un tabloïd russe a d'ailleurs mentionné que près de 10.000 soldats russes sont morts depuis fin février, avant de finalement se rétracter En outre, la principale usine russe de blindés manque de pièces pour produire ou réparer des tanks.

La situation en Ukraine au 23 mars 2022.
La situation en Ukraine au 23 mars 2022. © BFMTV

Le temps et l'argent semblent désormais jouer contre Moscou, au risque peut-être d'inciter la Russie à avoir recours à des armes spécialisées. Le président américain Joe Biden a prévenu ce mercredi qu'une attaque russe à l'arme chimique en Ukraine est "une menace crédible". Face à cette crainte, Volodymyr Zelensky en appelle une nouvelle fois au dialogue avec Vladimir Poutine. Des demandes restées jusqu'ici lettre morte.

Hugues Garnier avec AFP Journaliste BFMTV