BFMTV

De Johnson à Clinton, ces présidents américains qui ont risqué la destitution avant Trump

Andrew Johnson, Bill Clinton et Donald Trump.

Andrew Johnson, Bill Clinton et Donald Trump. - MANDEL NGAN, CHUCK KENNEDY, MATHEW BRADY / AFP / National Archives

Donald Trump aura donc son procès en destitution au Sénat. La Chambre des représentants des Etats-Unis en a décidé ainsi mercredi. L'histoire du pays a connu quelques exemples fameux de ce moment très à part des institutions américaines.

Depuis mercredi, Donald Trump encourt officiellement la destitution. Un procès l'attend ainsi au Sénat, sur fond d'affaire ukrainienne, qui pourrait en principe le démettre de ses fonctions de président des Etats-Unis. "En principe", car cette destitution n'interviendra pas: le Sénat est dominé par le Parti républicain et ce dernier ne lui tournera pas le dos, surtout pas à moins d'un an de l'élection suprême. Aucun président des Etats-Unis n'a d'ailleurs jamais perdu sa charge durant son exercice du fait d'un procès en impeachment

L'idée de faire juger le patron de l'exécutif par le Parlement n'appartient ni à l'esprit de nos institutions - l'article 68 de la constitution stipule cependant que si le président de la République est accusé de haute trahison par la majorité des deux chambres il doit être jugé par la Haute cour de justice, une émanation de celles-ci- ni à l'histoire de France - Louis XVI est le seul chef de l'Etat qui fut jugé par les parlementaires en France et il était déjà déchu. Mais les Etats-Unis ont en revanche connu deux tribunaux de ce type et auraient dû en connaître un de plus si le chef de l'Etat du moment n'avait pas pris les devants. 

1868: le bras-de-fer d'Andrew Johnson 

Andrew Johnson avait en principe tout pour plaire au Sénat à Washington dans ces années 1860 troublées par une terrible guerre civile puis occupées à en panser les plaies. A l'orée de cette décennie, il est certes démocrate dans un pays où le Républicain Abraham Lincoln prend le pouvoir mais au moment où la guerre de Sécession débute, il fait allégeance, lui le gouverneur du Tennessee, à l'Union, c'est-à-dire à l'Etat fédéral. Le Tennessee rejoint pourtant les rangs confédérés tandis qu'Andrew Johnson demeure à Washington. Il devient cependant le vice-président d'Abraham Lincoln le 4 mars 1865 car celui-ci, soucieux de réconcilier les Américains et de ne pas s'isoler politiquement, a besoin de démocrates de bonne volonté à ses côtés. 

Quarante-deux jours plus tard, le président des Etats-Unis est assassiné par John Wilkes Booth et Andrew Johnson lui succède. Les ennuis commencent alors dans la classe politique. Le Sénat, dont le site internet retrace à présent ce premier processus d'impeachment, toujours sous direction républicaine, veut garantir les droits des personnes tout juste sorties de l'esclavage qui vient d'être aboli. Andrew Johnson oppose pourtant son veto et cherche à amnistier les anciens leaders du Sud. En réplique, le Congrès adopte bientôt les 14e et 15e amendements qui inscrivent dans la loi les droits politiques et sociaux des ex-esclaves. En mars 1867, il vote une loi rendant obligatoire la validation par le Sénat de tout renvoi effectué par le président des Etats-Unis. 

Andrew Johnson défie ses adversaires en virant Edwin M. Stanton, son secrétaire d'Etat à la Guerre, et accessoirement l'un des alliés de ses ennemis dans celle qu'il mène contre les parlementaires. Le Sénat invalide ce limogeage et rétablit Stanton à l'automne. Rebelote: Stanton est à nouveau viré par Johnson mais arrête celui qui prétend le remplacer. Le président attaque alors la constitutionnalité de la loi et c'est alors que le Congrès veut dénouer la situation en lançant l'impeachment. Celui-ci est voté le 24 février 1868 par 126 membres de la Chambre des représentants contre 47. 

L'opinion publique est en ébullition et la presse se déchaîne, selon le souvenir relayé par le site de la Chambre haute du Parlement américain. Le procès s'ouvre le 5 mars 1868. Johnson ne comparaît pas. 25 témoins à charge défilent, contrebalancés par 16 témoins de la présidence. Se sachant en terrain hostile sur cette terre ultra-dominée par les Républicains, la défense d'Andrew Johnson la joue profil bas. Son fil conducteur: Andrew Johnson a pu mal interpréter la loi mais on ne peut renverser le président pour cette seule faute. Le Sénat l'accuse lui d'avoir purement et simplement violé la législation. 

Les sessions sont publiques, les galeries remplies à ras-bord. On imprime tous les jours 1000 tickets pour les visiteurs. Le 16 mai 1868, 35 sénateurs le disent coupable, contre 19, du premier chef qui consistait à l'accuser d'avoir transgressé la loi sur les renvois. Le 26 mai, ils sont encore 35 sénateurs contre 19 à le juger coupable pour les derniers chefs d'accusation. Dans les deux cas, Andrew Johnson échappe à l'impeachment: à une voix près, les deux tiers du Sénat le privaient de son mandat. La décision d'acquittement rendue par sept Républicains a sauvé sa tête. Il termine son mandat le 4 mars 1869. 

1974: le plus grand procès en impeachment qui n'ait jamais eu lieu 

Richard Nixon n'a pas été destitué. Il n'a même jamais été officiellement menacé d'être débarqué: il a démissionné avant. L'histoire, très médiatisée, adaptée au cinéma, est aussi passionnante que tortueuse, comme le montre cette chronologie de PBS. 

Le 17 juin 1972, cinq hommes sont arrêtés dans l'immeuble du Watergate à Washington, siège du Parti démocrate. Ils sont surpris alors qu'ils essayent d'y poser des micros. Très vite, le président des Etats-Unis nie tout lien avec la Maison Blanche, et sa campagne pour un éventuel second mandat continue. Il est d'ailleurs réélu.

Pourtant, à l'automne, le Washington Post découvre qu'une somme de 25.000 dollars destinée à la campagne nixonienne a transité par le compte d'un des cambrioleurs, puis que le FBI conclut dans son rapport que cette effraction relève d'une entreprise plus large visant à aider à la victoire du sortant.

Le 30 janvier 1973, deux proches de Richard Nixon sont condamnés à l'issue du procès du cambriolage. Trois mois plus tard, les premières démissions sont présentées à la Maison Blanche. Le 18 mai 1973, un procureur spécial est nommé: Archibald Cox. Le 23 juillet suivant, Richard Nixon refuse de transmettre à ce dernier, ainsi qu'à la commission d'enquête du Sénat, l'enregistrement de ses coups de téléphones. Le chef d'Etat avait en effet l'habitude de graver sur pellicule ses conversations. 

Le 20 octobre 1973 se produit ce que la chronique a retenu sous le nom du "Saturday Night Massacre" ("Massacre du samedi soir"): l'Attorney general, le ministre de la Justice, et son adjoint démissionnent car ils refusent de retirer l'enquête à Archibald Cox. Nixon parvient cependant à ses fins grâce au nouvel Attorney general. Le 9 mai 1974, la Chambre des représentants lance l'impeachment. Entre les 27 et 30 juillet, le comité judiciaire de cette institution approuvent trois chefs d'accusation: obstruction à la justice, abus de pouvoir, outrage au Congrès. Il n'y a plus qu'à voter pour organiser le procès au Sénat. C'est alors que Richard Nixon renonce, et annonce sa démission le 8 août. Le Parti républicain était en minorité dans la Chambre haute, avec 40 membres contre 55 démocrates. 

1998-1999: le mensonge de Clinton 

Au cours du second mandat de Bill Clinton, la rumeur d'une liaison sexuelle entre lui et Monica Lewinsky, stagiaire puis employée au Bureau des affaires administratives de la Maison Blanche, se diffuse. Un magistrat indépendant, Kenneth Starr, se saisit de l'affaire ainsi que la presse. La controverse grossit au point qu'en janvier 1998, Bill Clinton nie sous serment avoir une relation d'ordre sexuel avec Monica Lewinsky. Problème: en août, face à Kenneth Starr et à un Grand jury fédéral, il reconnaît et s'expose du même coup à l'accusation de parjure, comme se le remémore ABC. 

Le 8 octobre 1998, la Chambre des représentants à majorité républicaine initie l'impeachment pour parjure devant le Grand Jury et obstruction de la justice. Le procès débute le 7 janvier 1999 devant le Sénat. Le 12 février, le Sénat l'acquitte. Ils ne sont que 45 sénateurs à l'avoir estimé coupable de parjure et 50 d'obstruction. Or, il en fallait 67 pour atteindre la majorité qualifiée. Là encore, le président des Etats-Unis l'échappe belle. 

Le destin de Donald Trump au Sénat devrait ressembler à celui de ses prédécesseurs. La pression devrait en revanche être moindre sur ses épaules. 

Robin Verner