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Comment le Premier ministre belge a été affaibli le pacte de Marrakech

Les contestations se font vives en Belgique depuis la ratification du pacte de Marrakech, le 10 décembre dernier. Mardi, le Premier ministre Charles Michel a annoncé sa démission face à une assemblée défiant sa légitimité à la tête du gouvernement.

Le pacte mondial de l'ONU sur les migrations, dénoncé par les nationalistes flamands, a eu raison du gouvernement belge. Le Premier ministre libéral Charles Michel a jeté l'éponge mardi soir et a annoncé sa démission à l'issue d'un débat au Parlement.

"Je prends donc la décision de présenter ma démission et mon intention est de me rendre chez le roi immédiatement", a déclaré le dirigeant libéral francophone, qui dirigeait le gouvernement depuis octobre 2014.

Après une entrevue avec le roi Philippe, ce dernier a fait savoir qu’il tenait "sa décision en suspens".

À ce stade, la démission de Charles Michel n'est ni acceptée, ni refusée. Le roi Philippe doit consulter les chefs de partis ce mercredi pour prendre sa décision, en prévision des prochaines élections législatives belges, programmées le 26 mai 2019.

Un gouvernement affaibli par la question migratoire

La coalition au pouvoir depuis octobre 2014, associant libéraux et démocrates-chrétiens aux nationalistes flamands de la Nieuw Vlaamse Alliantie (N-VA), s'est effondrée sur le dossier de la migration. Le 10 décembre, à la veille de l’approbation du pacte de l’ONU, l’alliance néoflamande a retiré son soutien à Charles Michel. Une "volte-face" de la N-VA, selon le Premier ministre, alors qu'un consensus s'était dégagé sur le pacte mondial pour des migrations sûres.

La N-VA, première force politique à la Chambre avec 31 députés sur un total de 150, avait d'abord soutenu, durant deux ans, le pacte avant de demander en novembre au Premier ministre de ne pas l'adopter. Charles Michel n'a pourtant pas cédé et le 9 décembre, au moment de son départ pour Marrakech, les cinq ministres de la N-VA ont annoncé leur démission, refusant de s'associer au soutien de la Belgique à ce texte.

Avec cette dissidence de la N-VA, le chef du gouvernement s’est retrouvé à la tête d'une coalition affaiblie. "Outre son parti le Mouvement réformateur (MR), Charles Michel ne pouvait plus s'appuyer que sur le CD&V de centre droit et Open VLD, soit 52 des 150 députés à la Chambre", explique Le Figaro.

Charles Michel a alors tenté de convaincre l'opposition qui avait fait bloc avec lui sur le pacte de l'ONU deux semaines plus tôt. Un appel à la "coalition volontaire" qui "n'a pas été entendu", a déploré le Premier ministre, tandis que socialistes et écologistes annonçaient marde le dépôt d'une motion visant à le renverser. 

Que reprochent les opposants au pacte de Marrakech ?

Le pacte mondial sur les migrations recense des principes, comme la défense des droits de l'homme et des enfants ou l'intégration des migrants. Il prône l'interdiction des détentions arbitraires, n'autorisant les arrestations qu'en dernier recours. Ses détracteurs le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrôlé.

Il a été ratifié lundi 10 décembre à Marrakech par près de 150 pays mais suscite dans le même temps de nombreuses désapprobations. Dans le sillage des Etats-Unis et d'Israël notamment, une dizaine de pays européens ont annoncé leur retrait ou le gel de leur décision après avoir approuvé le texte le 13 juillet à New-York.

En Belgique, les nationalistes flamands se sont vivement opposés au pacte malgré son caractère non contraignant. Ils estiment que le texte ouvre la voie à des pertes de souveraineté des Etats signataires pour définir leur politique migratoire.

"Marche contre Marrakech"

Dimanche, 5500 personnes ont manifesté à Bruxelles contre le Pacte de l'ONU sur les migrations, lors d'un rassemblement organisé par un collectif d'organisations d'extrême droite et baptisé "marche contre Marrakech". "Notre peuple d'abord", "Nous en avons marre, frontières fermées", pouvait-on lire sur des pancartes, tandis que des slogans appelaient déjà à la démission du Premier ministre belge.

Après un début dans le calme, des manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de l'ordre et commis des dégradations, notamment sur des façades de bâtiments de l'Union européenne. La police a répliqué en faisant usage de gaz lacrymogènes et de lances à eau. Les forces de l'ordre ont procédé à au moins 90 interpellations.

Une contre-manifestation, organisée par un collectif d'organisations appelant à ne pas stigmatiser les migrants a réuni de son côté sans incidents un millier de participants dans un autre quartier de Bruxelles, toujours selon la police.

Des crises gouvernementales à répétition

La Belgique détient un record mondial en matière de crises gouvernementales. Entre 2010 et 2011, le royaume de 11 millions d'habitants avait tenu 541 jours sans gouvernement de plein exercice. Cela n'avait toutefois pas empêché la prise de décisions importantes comme celle de l'intervention militaire en Libye. "Les affaires courantes n'empêchent pas le gouvernement de fonctionner, il doit simplement le faire de manière prudente", a commenté le député écologiste Georges Gilkinet sur la chaîne francophone RTBF.

"Aujourd'hui le Premier ministre a tiré les leçons, le bilan de quatre années et demie d'erreurs, a commenté mardi soir le député Jean-Marc Nollet, co-président du parti Ecolo. La page de ce gouvernement doit être tournée."

Le roi Philippe doit désormais se prononcer sur la démission qui lui a été présentée, Entraînant la Belgique vers une nouvelle période d’instabilité jusqu’aux législatives de mai prochain.

Ambre Lepoivre avec AFP