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Comment des pro-Trump ont-ils pu envahir le Capitole? La sécurité du bâtiment mise en cause

En l'espace de quelques minutes, des milliers de manifestants sont parvenus à prendre le contrôle de ce symbôle de la démocratie américaine.

Les dernières heures ont été surréalistes aux États-Unis. Alors que le Congrès devait ce mercredi se réunir afin de procéder au comptage des votes des grands électeurs et entériner définitivement la victoire du démocrate Joe Biden à l'élection présidentielle, des manifestants pro-Trump ont envahi le Capitole des États-Unis, où se déroulait l'événement.

Quelques minutes auparavant, Donald Trump, qui plus que jamais refuse de reconnaître sa défaite lors du scrutin national, avait demandé à ses partisans, venus à Washington pour l'occasion, de "marcher" vers le Capitole. Plusieurs d'entre eux ont ainsi pu pénétrer dans les bureaux des élus et l'hémicycle - quatre personnes sont mortes, une femme dans l'enceinte du bâtiment, trois autres dans des circonstances encore troubles.

L'inaction de la police

Ces impressionnantes images posent toutefois de nombreuses questions quant à la sécurité des lieux, censé être l'un des mieux protéges du pays. Sur de nombreuses images de l'assaut, les forces de police semblent toujours être en infériorité numérique et forcées de reculer face aux assaillants.

Lorsque ces derniers arrivent dans la Rotonde, des bagarres éclatent avec les officiers du service de sécurité du bâtiment, qui compte pourtant 1700 employés à l'année, souligne le Washington Post.

"Alors que les manifestants s’approchaient du Capitole des États-Unis, il y avait un changement notable dans leur comportement. Ils ont franchi la clôture le long du Capitole et ont affronté les lignes de police entourant le bâtiment. Il était clair que la foule avait l’intention de causer du tort à nos agents en déployant des produits chimiques sur la police pour forcer l’entrée dans le bâtiment. Comme vous le savez, ils ont pu y accéder", a détaillé Robert Contee, chef de la police métropolitaine de Washington, lors d'un point presse.

Seulement, comme le souligne encore le média américain, plusieurs images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des officiers les bras croisés, observant la scène sans intervenir. Une autre séquence incriminante montrel'un d'entre eux prendre une photo avec un intrus, tandis qu'un second semble ouvrir les barrières afin de permettre aux manifestants de se rapprocher du Capitole.

Deux poids, deux mesures?

Au-delà de criantes failles de sécurité, ce coup de force de la part des pro-Trump illustre également, toujours selon le Washington Post, un deux poids, deux mesures dans le traitement des manifestations outre-Atlantique.

Il y a plusieurs semaines, lorsque le mouvement Black Lives Matter manifestait dans la capitale après la mort de George Floyd, tué lors d'une intervention policière, les forces de l'ordre fédérales ainsi que la Garde nationale avaient été déployées, ce qui n'a pas été le cas, dans un premier temps, mercredi.

En 2013, cette même police avait ouvert le feu sur une voiture qui avait enfoncé une barricade à proximité directe du bâtiment. Pour l'heure, les forces de l'ordre du Capitole se sont refusées à tous commentaires.

Coronavirus et risque sous-estimé

Ce mercredi, les agents présents autour du Capitole, qui était uniquement protégé par de simples barrières, n'étaient pas équipés de matériel anti-émeute, comme cela avait été le cas pour de récentes manifestations. Comme le précise un membre du Capitole, ces derniers étaient là pour circonscrire une manifestation, pas une attaque.

"Il n'était censé y avoir personne près du Capitole. (...) Personne ne monte jamais sur les marches du Capitole, c'est un acte illégal... C'était des actes illégaux, et ces personnes auraient dû être immédiatement arrêtées", a d'ailleurs déclaré Tim Ryan, représentant démocrate. "Je pense qu'il est assez clair qu'il y aura un certain nombre de personnes qui vont être sans emploi très, très rapidement", a-t-il ajouté.

Si la police locale semble avoir été décimée par l'épidémie de coronavirus, toujours virulente aux États-Unis, le risque paraît bien avoir été sous-estimé par les services de sécurité du Capitole.

Renforts d'États voisins

Alors que les manifestants parvenaient à pénétrer dans le Capitole, jusque dans l'hémicycle et le bureau de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, les forces de l'ordre ont tenté de reprendre le contrôle de la situation. Plusieurs clichés montrent des agents de sécurité, armes au poing, tentant de protéger les élus des assaillants.

Afin de faire revenir le calme, des renforts d'États voisins ont d'ailleurs du être appelés.

"J’ai demandé aux polices de l’État de Virginie et du Maryland de déployer des agents, et ils ont immédiatement aidé les agents du département de police métropolitaine pour reprendre le contrôle du Capitole", a expliqué Muriel Bowser, maire de Washington, lors d'un point presse.

Plusieurs heures après le début des événements, le SWAT ainsi que les militaires de la garde nationale sont intervenus afin de déloger les derniers manifestants encore dans le Capitole. Au total, la police de Washington annonce avoir interpellé 52 personnes, dont 47 pour violation de couvre-feu et entrée illégale dans le Capitole.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV