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Chili: Nicolas le singe alcoolique, symbole du trafic d'animaux

Un singe soigné par  Nicole Rivera Helbig, la vétérinaire responsable du centre de désintoxication pour primates, le 6 octobre 2015 à Peñaflor

Un singe soigné par Nicole Rivera Helbig, la vétérinaire responsable du centre de désintoxication pour primates, le 6 octobre 2015 à Peñaflor - Martin Bernetti - AFP

Un singe baptisé Nicolas, en cure de désintoxication parce que rendu alcoolique, est devenu malgré lui le symbole des ravages du trafic d'animaux. Au Chili, un centre a ouvert pour assurer la protection d'espèces exotiques, alcooliques, droguées ou mutilées, destinées au le trafic d'animaux.

Près de Santiago au Chili, un centre un peu particulier aux airs de forêt tropicale héberge Nicolas, un petit singe capucin qui a réussi à surmonter son addiction à l'alcool et a pu finalement retrouver une vie de primate.

Nicolas appartenait à des commerçants de la capitale chilienne. Il est arrivé dans le centre de désintoxication pour primates de Peñaflor, dans la banlieue de Santiago, privé de ses crocs et dépendant à l'alcool et au tabac.

"Les anciens propriétaires lui donnaient de l'alcool parce qu'ils aimaient sa réaction. Il devenait plus agressif et cela les faisait rire", raconte Nicole Rivera Helbig, la vétérinaire responsable du centre, en caressant le petit singe qui semble perturbé par la présence de la caméra de l'AFP.

Des singes en cure de désintox

Après avoir été secouru par la police, Nicolas a reçu un traitement similaire à ceux que les humains reçoivent pour traiter les addictions. Il est passé par toutes les étapes de la désintoxication, et pour supporter l'abstinence, il reçoit un traitement d'antidépresseurs.

S'il a maintenant bien récupéré, son cas est loin d'être isolé. L'alcool, avec "la cigarette et la drogue, sont couramment donnés aux singes, parce qu'ils perçoivent cela comme un jeu", explique la vétérinaire.

Des animaux maltraités, drogués et mutilés

Le centre héberge également un singe qui a été dressé pour voler discrètement des bijoux, ainsi qu'une femelle âgée qui a subi de nombreux traitements hormonaux dans un laboratoire.

C'est dans une dense végétation, qui tente de recréer l'habitat naturel des 150 individus recueillis, que tous ces animaux qui portent sur leurs corps des marques de harnais, de mutilations et d'autres signes d'un passé douloureux, tentent de se reconstruire. Cet établissement un peu particulier a été créé par Elba Muñoz, une amoureuse des animaux qui consacre désormais sa vie à cette passion, avec sa famille.

"Ici les singes apprennent qu'ils sont des singes. Lorsqu'ils sont dans une maison, ce ne sont pas des singes: ils ne peuvent pas développer des comportements propres à leur espèce - ils ne sont donc pas des primates, ni des enfants non plus... en fait ils ne sont rien", explique Mme Muñoz.

Un centre d'accueil pour des animaux en souffrance

Elle raconte avec fierté comment son centre a ouvert en 1994.

C'est après avoir adopté un singe comme animal de compagnie qu'elle a ouvert les yeux et s'est rendu compte de la souffrance de ces animaux exotiques lorsqu'ils vivent en captivité.

Désormais, un concert de hurlements et de sauts de joie accueille chaque matin l'équipe de soigneurs venue distribuer fruits et légumes aux singes, répartis dans une dizaine de box.

Une lutte contre le trafic d'espèces exotiques

Pendant des années au Chili, posséder un singe était perçu comme un signe de richesse. Cette mode semble aujourd'hui passée, mais le trafic d'espèces exotiques continue d'être l'un des plus lucratifs au monde.

Le commerce des singes "est en perte de vitesse, mais il existe toujours", on recense des cas de "possession de primate de manière sporadique, un, deux au maximum trois par an", explique Carlos Muñoz, sous-commissaire à la Brigade d'enquête des délits contre l'environnement.

La loi chilienne prévoit jusqu'à 60 jours de prison et de fortes amendes pour les personnes reconnues coupables de trafic, avec des peines plus importantes en cas de récidive, mais cela ne semble pas suffisant pour endiguer l'entrée d'animaux exotiques en provenance d'Argentine, du Brésil, du Pérou ou de la Bolivie.

La mode aujourd'hui aux reptiles

Si au début des années 90 les primates étaient à la mode, aujourd'hui des milliers de Chiliens se tournent vers l'adoption d'autres espèces: "Depuis cinq ans, les reptiles sont les plus touchés par le trafic. Le marché des reptiles au Chili est énorme", déplore Carlos Muñoz.

Iguanes, lézards et boas constrictor... les Chiliens ont échangé la classique photo avec chien et chat pour des selfies avec l'un de ces animaux. Avant les reptiles, les oiseaux colorés comme les toucans ou les aras ont eux aussi été, un temps, les principales victimes du marché noir.

Or, ces animaux "transmettent des maladies qui peuvent être graves pour l'homme", prévient Carlos Muñoz: "Les primates par exemple peuvent être porteurs de la rage ou de la tuberculose. Les reptiles, eux, peuvent transmettre des maladies comme la salmonellose".

A-. F. L. avec AFP