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Crevettes thaïlandaises issues de l'esclavage: Carrefour réagit

Des crevettes viennent d'être pêchées au Viêtnam le 14 janvier 2003 (illustration)

Des crevettes viennent d'être pêchées au Viêtnam le 14 janvier 2003 (illustration) - -

Des bateaux de pêches thaïlandais sont remplis d'esclaves drogués et torturés venus du Cambodge et de Birmanie pour fournir des enseignes occidentales en crevettes. Parmi les noms dévoilés par le "Guardian" figure un Français: Carrefour, qui a décidé de suspendre ses achats .

[mise à jour à 17h30: le groupe Carrefour a publié un communiqué sur son site internet en réaction à l'article publié dans le "Guardian"]

Carrefour figure au nombre des distributeurs cités mardi par The Guardian. On trouverait dans les rayons de l'enseigne française des crevettes pêchées en Thaïlande par des immigrés clandestins réduits en esclavage, affirme le quotidien britannique. Le géant français de la grande distribution a assuré jeudi "suspendre immédiatement ses achats directs ou indirects auprès de cette entreprise".

Le groupe français, mais aussi les Américains de Walmart et Costco les Anglais de Tesco ou les Allemands de Aldi se fourniraient en plats cuisinés, crevettes cuites ou congelées auprès du groupe Chaoren Pokphand Foods. Or, les bateaux utilisés par ce groupe emploient des esclaves venus de Birmanie ou du Cambodge. CP Food, qui réalise un bénéfice annuel de presque 25 milliards d'euros, a reconnu qu'il y avait un problème dans sa chaîne d'approvisionnement.

D'après les témoignages recueillis pendant six mois par le Guardian, ces hommes, achetés et vendus comme des marchandises, travaillent gratuitement jusqu'à 20 heures par jour, grâce à des doses de métamphétamines.

Tortures et exécutions sur les bateaux

Un climat d'extrême violence règnerait sur ces bateaux où les clandestins sont retenus contre leur gré pendant parfois plusieurs années. D'après le site d'information, les tortures seraient fréquentes. Un des témoins évoque une vingtaine de personnes tuées et même un homme qui aurait été écartelé sous ses yeux.

Avant l'enquête du Guardian, des ONG et des rapports des Nations Unies avaient déjà dénoncé les pratiques esclavagistes qui avaient cours dans la pêche en Asie. Le journal a, de son côté, permis de faire le lien avec les principaux distributeurs mondiaux. "En achetant des crevettes en provenance de Thaïlande, vous achèterez le produit du travail d'un esclave", résumé Aidan McQuade, directeur de l'ONG Anti-Slavery International.

Les distributeurs ont rapidement réagi à cette - très- mauvaise publicité. Walmart s'est dit "activement engagé" et Carrefour a assuré effectuer des vérifications auprès de tous ses fournisseurs avant d'annoncer à Europe1 avoir suspendu ses relations avec CP Food. Dans un communiqué publié sur son site internet jeudi, le groupe "condamne avec force, s’ils sont avérés, les faits rapportés [...] sur l’approvisionnement en crevette d’une entreprise thaïlandaise" et ajoute que "Carrefour décide de suspendre immédiatement ses achats directs ou indirects auprès de cette entreprise jusqu’à ce que la lumière soit faite". Le groupe rappelle enfin qu'il avait réalisé un audit social dans l'entreprise thailandaise en 2013 où "rien n'avait été révélé d'anormal".

A.D.