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Qui est Alexeï Navalny, le principal opposant à Vladimir Poutine?

Alexandre Navalny, après son arrestation le 13 janvier 2017, à Moscou.

Alexandre Navalny, après son arrestation le 13 janvier 2017, à Moscou. - VASILY MAXIMOV / AFP

Parti de l'extrême droite avant de prendre quelque distance avec ses anciens compagnons de route, l'opposant à la politique de Vladimir Poutine mobilise de plus en plus de partisans. Et se pose en challenger inexpugnable de celui qu'il nomme comme "le Tsar de la corruption".

En quelques années, Alexeï Navalny est devenu le premier et pugnace opposant à Vladimir Poutine. Le seul a avoir émergé et tenu ces dernières années, même si son parcours a été semé d'embûches. Une énième fois le lundi 12 juin, jour de fête nationale, il a été arrêté à Moscou alors qu'il s'apprêtait à rejoindre une manifestation non autorisée puisque son parcours avait été modifié. Une provocation de plus pour le Kremlin, à laquelle les forces anti-émeutes ont répondu à coups de matraque et en embarquant les manifestants par cars entiers. Sur l'ensemble du territoire, pas moins de 1.500 de ses partisans été interpellés dans toute la Russie au terme de cette journée de mobilisation.

Dans la foulée, le blogueur anticorruption de 41 ans a été reconnu coupable par un tribunal de Moscou d'avoir appelé à des manifestations non autorisées qui ont mis dans la rue des milliers de Russes, souvent très jeunes, dans de nombreuses villes allant de Vladivostok, dans l'Extrême-orient, à l'enclave de Kaliningrad sur la mer Baltique. 

"Non seulement ils ont volé tout le pays, mais en plus à cause d'eux je vais manquer le concert de Depeche Mode à Moscou" prévu début juillet, a ironisé l'opposant sur son compte Twitter après s'être vu infliger la peine maximale encourue.

Déjà le 26 mars, un rassemblement similaire lui avait valu 15 jours de détention. Mais par delà les provocations, qui est cet opposant qui veut défier l'actuel maître du Kremlin à l'élection présidentielle de 2018? Qui est ce leader nationaliste, mais fâché avec les figures de ce mouvement, ce pourfendeur autoproclamé de la corruption du régime de Vladimir Poutine, mais aussi mis en cause dans plusieurs affaires de détournements de fonds? 

Le chantre de l'anticorruption

Le parcours d'Alexeï Anatolievitch Navalny montre un trait de caractère: il ne se décourage jamais. L'opposant ferraille depuis des années contre le pouvoir en place, portant le combat sur le terrain de l'anticorruption. En 2010, Time Magazine le surnomme "l'Erin Brockovitch" russe - du nom de cette mère de famille qui avait dénoncé un énorme scandale environnemental et financier. Dès la nouvelle de sa dernière condamnation, la Maison Blanche a condamné "avec force" ces interpellations et réclamé la "libération immédiate" des manifestants. Le président du Parlement européen Antonio Tajani a lui fait part de "son inquiétude", et l'ONG Amnesty International a dénoncé des "scènes alarmantes" d'interpellations et violences envers les manifestants. Ce soutient occidental à Navalny fait dire à certains qu'il serait sous influence américaine. Après tout, l'homme n'a-t-il pas étudié en 2010 dans la prestigieuse université de Yale?

La réalité est bien sûr plus compliquée et dans un portrait qu'il lui consacre, Le Monde relève que l'homme rechigne à s'exprimer en anglais, même s'il maîtrise parfaitement la langue. De même, a-t-il gommé de sa biographie son passage aux Etats-Unis. Celui qui dès 2011 avait qualifié le parti de Vladimir Poutine Russie Unie de "parti des voleurs et des escrocs", ne veut pas être discrédité avec ce genre d'arguments, à savoir une supposée inféodation envers l'Occident, dont pour un peu, il serait accusé d'être un agent. La révélation en octobre 2011 de sa correspondance électronique par un hacker et sa publication par le Moscow Times entendent démontrer que "Navalny est un ultra-nationaliste corrompu financé par les autorités américaines". Des conversations dont Navalny ne reconnaît pas l'entière paternité.

En 2013, il réitère sa tentative de percée politique en candidatant à l'élection municipale moscovite. Il recueille presque un tiers des suffrages exprimés et réclame sans succès un second tour. En 2016, il déclare sa volonté de briguer la fonction présidentielle. Le 27 avril 2017, il reçoit un jet de produit antiseptique dans l'œil et doit se faire opérer à Barcelone en Espagne, pour ne pas le perdre.

Brouilles, tumulte et voltes-face

Alors Navalny est-il comme certaines parodies sur YouTube l'affirment un Hitler en puissance? Sans aller jusqu'au "point Godwin", plusieurs indices montrent des liens manifestes avec l'extrême droite. En 2007, il est le cofondateur du mouvement nationaliste Narod (Le Peuple, en russe). Il participe aussi aux "Marches russes", défilés nationalistes violemment anti-Poutine organisés dans de nombreuses villes du pays depuis 2005. Des manifestations dont les insignes nazis ont été peu à peu bannis, sans que le caractère xénophobe et raciste en ait pour autant disparu. En 2013, il ne participe pas à la Marche, pour ne pas prêter le flanc aux critiques du Kremlin, expliquait-il sur son blog.

La cible privilégiée du mouvement d'extrême droite et de Navalny est le Caucase russe et les subventions gouvernementales, jugées trop élevées, qui lui sont versées. "Navalny et Marine Le Pen sur le thème de l'immigration, c'est le même combat", assurait Philippe Migault, spécialiste de la Russie, à Europe 1. Ses diatribes lui valent au final d'être expulsé du parti démocrate libéral Iabloko auquel il collaborait. Mais avec ses anciens amis nationalistes, les relations ne sont non plus au beau fixe. La brouille intervient dès 2014 et l'annexion de la Crimée que Nalvany ne cautionne pas. Aujourd'hui ses anciens compagnons de route nationalistes dénoncent la volte-face de l'opposant. Le personnage né d'un père militaire et une mère économiste, et qui a grandi dans une garnison proche de Moscou, est complexe et ne se laisse pas si facilement saisir.

Contre vents et marées, Navalny continue de mobiliser un public jeune, voire très jeune, sur les réseaux sociaux et à travers ses vidéos et sa chaîne YouTube qui lui permet de se passer des médias traditionnels. Ceux qui le croyaient fini après qu'il avait été lui-même mis en cause puis condamné dans une affaire de détournement de fonds au détriment d'une entreprise d'exploitation forestière en 2013, en sont pour leur frais. Reste désormais à savoir, s'il ne sera pas disqualifié avant même d'avoir pu concourir en 2018. Il a en tout cas ouvert des QG de campagne un peu partout dans le pays pour préparer l'élection à venir.

David Namias