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Les Philippines, l'autre fief de Daesh

Des habitants fuient la région de Marawi aux Philippines, alors que des combats sévissent contre Daesh, le 25 mai 2017

Des habitants fuient la région de Marawi aux Philippines, alors que des combats sévissent contre Daesh, le 25 mai 2017 - TED ALJIBE / AFP

Le sud de l'archipel des Philippines est le théâtre de violents combats entre les autorités et des combattants islamistes ayant prêté allégeance à Daesh. Une situation qui a conduit le président à déclarer la loi martiale.

La tension monte aux Philippines. Situé à plus de 8.000 kilomètres de l'Irak, l'archipel est en proie à d'intenses combats entre les forces de l'ordre et des combattants islamistes qui se revendiquent de Daesh. De violents accrochages ont eu lieu dès mardi dans la localité de Marawi, lors d'une opération de chasse à l'homme visant Isnilon Hapilon, chef du groupe islamiste Abu Sayyaf et responsable de Daesh pour les Philippines.

Après une prise d'otages dans une cathédrale et la mort d'une dizaine de civils, le président philippin, Rodrigo Duterte, qui se trouvait alors en visite officielle à Moscou, a décrété mardi soir la loi martiale à Marawi. Un régime d'exception qui pourrait être étendu dans tout le pays "pour protéger la population", a indiqué le chef d'Etat.

Isnilon Hapilon, l'un des terroristes les plus dangereux au monde

Basé sur les îles de Mindanao, au sud de l'archipel, le groupe Abu Sayyaf, est à l'origine de l'enlèvement de centaines de Philippins et d'étrangers depuis les années 1990. Un ressortissant allemand a notamment été décapité au début de l'année et deux Canadiens l'année dernière, après des demandes infructueuses de rançons.

Considéré par les Etats-Unis comme l'un des terroristes les plus dangereux au monde, dont la tête à été mise à prix à cinq millions de dollars, Isnilon Hapilon s'efforcerait d'unifier les groupes philippins qui ont fait allégeance à Daesh. Parmi eux, le groupe Maute, basé près de Marawi, à quelques centaines de kilomètres au nord des fiefs d'Abu Sayyaf, et à l'origine de plusieurs affrontements meurtriers ces douze derniers mois dans les campagnes autour de Marawi.

Une rébellion islamiste qui remonte aux années 1970

La rébellion islamiste n'est pas récente dans cet archipel du Pacifique. Le groupe Abou Sayyaf est en effet une ramification extrémiste de l'insurrection séparatiste musulmane qui a fait plus de 100.000 morts depuis les années 1970 dans ce pays d'Asie du Sud-Est, composé en très grande majorité de catholiques fervents.

Les membres d'Abou Sayyaf appartenaient alors au "Front Moro de libération nationale" (FMLN). Une organisation créée en 1969 afin de lutter pour l'indépendance du sud des Philippines. Après des négociations de paix engagées avec les autorités locales, la frange radicale du FMLN a fait sécession en 1991, créant l'organisation criminelle Abou Sayyaf.

Considéré comme une organisation terroriste par Washington, Abou Sayyaf a été fondé avec des financements du réseau Al-Qaïda et a prêté allégeance à Daesh en août 2014. Basé dans les îles reculées du Sud où la majorité des habitants sont musulmans, Abou Sayyaf a extorqué des millions de dollars de rançons et les analystes jugent qu'il s'agit plus d'un groupe "crapuleux et opportuniste" que d'un mouvement idéologique ayant des revendications politiques.

Mélanie Rostagnat avec AFP