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Japon: le Premier ministre provoque la Chine au Sanctuaire Yasukuni

Le Premier ministre Shinzo Abe précédé d'un moine Shinto, à Tokyo, le 26 décembre, à Tokyo, au sanctuaire des morts pour l'Empereur.

Le Premier ministre Shinzo Abe précédé d'un moine Shinto, à Tokyo, le 26 décembre, à Tokyo, au sanctuaire des morts pour l'Empereur. - -

Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, a effectué une visite controversée au Sanctuaire des morts pour l'Empereur, à Tokyo ce 26 décembre.

Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, s'est rendu de 26 décembre 2013 au Sanctuaire des morts pour l'Empereur, pour exprimer son désir de paix a-t-il dit. Quel sanctuaire? Yasukuni, en plein Tokyo, est un sanctuaire ou encore une chapelle, où sont vénérés les esprits des personnes dont les noms sont inscrits. Un mémorial en quelque sorte.

C'est là que sont inscrits les noms de 2.466.000 morts pour la patrie, des morts définis comme tous ceux qui ont péri dans une bataille, une campagne, un bombardement, un camp de prisonniers (particulièrement les camps soviétiques), depuis le début de l'ère Meiji.

Typique dans le monde de pensée nippon, la recherche de l'harmonie par le regret et la contrition, assortie à la punition et au pardon, prévaut sur la recherche absolue et méticuleuse de la vérité. Dans une guerre, pourrait-on dire si on était Japonais (et déjà j'exclus les Japonais progressistes et de gauche), les responsabilités appartiennent à l'histoire, les souffrances aux divinités.

Naturel, donc, pour un politique nippon de se recueillir à ce genre d'endroit.

Des sanctuaires pour les soldats: il y en a plus d'un

Sauf qu'il y a hic. Après la Deuxième Guerre mondiale, un très grand nombre de noms ont été inscrits. Cela se fait à la demande des familles, et par l'action des moines qui étudient les cas. Dès la fin des années 50, plusieurs criminels de guerre ou présumés tels ont vus leurs noms inscrits, une poignée en vérité.

Lorsque l'Empereur l'apprit, il cessa de venir. C'était en 1975.

Ensuite, seuls deux Premiers ministres en exercice s'y recueillirent, sans compter l'actuel titulaire du poste, Shinzo Abe, petit-fils d'un ministre du gouvernement impérial d'avant-guerre (puis Premier ministre sous la démocratie), et cacique de la faction conservatrice et nationaliste (pour ne pas dire révisionniste) du Parti Libéral-Démocrate, ce parti-conglomérat qui ne perd jamais le pouvoir pour bien longtemps.

Or d'autres sanctuaires existent: comme celui appelé Chidorigafuchi, non loin de Yasukuni, fondé en 1959 en l'honneur des morts au combat de toutes les guerres. (À Yasukuni il n'y a pas de restes, que des inscriptions). Cette petite structure a un intérêt majeur: c'est que les ministres japonais, étrangers et même américains y rendent hommage aux morts des guerres. Le 3 octobre 2013 le Secrétaire à la défense Chuck Hagel et le Secrétaire d'État lui-même, John Kerry, ont déposé une gerbe là précisément. Leur geste ne servait-il pas à rappeler au Premier ministre Abe que c'est à Chidorigafuchi que ça se passe, et non à Yasukuni?

Une Kennedy se montre gênée

Il y a quelques mois, à Paris, un personnage japonais influent me disait que Yasukuni ne pouvait qu'envenimer les relations avec la Chine et la Corée, et qu'il faudrait retirer les noms des criminels de guerre reconnus de Yasukuni.

En attendant de telles évolutions, Shinzo Abe tente l'inutile: rassurer le monde entier par un communiqué apologétique, en expliquant que son geste sert à conjurer la guerre. Mais il omet de nous dire pourquoi la visite à Chidorigafuchi n'aurait pas suffi.

Côté gouvernement chinois, et coréen, la réaction est des plus offusquées. Même l'ambassade américaine, dirigée depuis six semaines par Caroline Kennedy elle-même, (oui, la propre fille de JFK) a diffusé un communiqué pour regretter l'insensibilité de cette visite à Yasukuni. La France n'a encore rien dit. Je poserai la question au Quai d'Orsay incessamment, car nos diplomates ont beaucoup de mémoire, si on la réveille.

Harold Hyman et journaliste spécialiste de géopolitique