BFMTV

La Chine interrogée à l'ONU sur son programme d'internement de musulmans

Le chef du Parti communiste chinois au Xinjiang, Chen Quanguo (au centre).

Le chef du Parti communiste chinois au Xinjiang, Chen Quanguo (au centre). - Greg Baker / AFP

Mardi, la Chine est interrogée par les pays membres de l'ONU sur son programme d'internement de musulmans.

La Chine est interrogée mardi par les pays membres de l'ONU sur son programme d'internement de citoyens musulmans, de plus en plus critiqué dans le monde.

Un million de détenus dans le Xinjiang

Près d'un million de Ouïghours et d'autres membres d'ethnies chinoises de langue turque sont ou auraient ainsi été détenus dans le Xinjiang (nord-ouest du pays), selon des estimations citées en août par un groupe d'experts de l'ONU.

Dans le cadre de l'Examen périodique universel (EPU) prévu pour les 193 membres des Nations unies environ tous les quatre ans, la Chine présente à l'ONU à Genève un rapport sur la situation des droits de l'Homme chez elle et les changements depuis son dernier rapport en 2013.

Au Xinjiang, la Chine a d'abord nié l'existence de tels établissements puis, avec la publication d'images satellites et la présence de documents officiels d'autorités locales sur internet mentionnant leur existence, a parlé de centres éducatifs enseignant le chinois, le sport ou la danse folklorique pour lutter contre l'extrémisme religieux.

181 centres

Une enquête de l'AFP sur plus de 1.500 documents publics consultables en ligne a révélé en octobre que ces centres, au nombre de 181 implantés au Xinjiang depuis 2014, achetaient notamment des matraques, des menottes ou des pulvérisateurs de gaz lacrymogène.

Les centres doivent "enseigner comme des écoles, être gérés comme à l'armée et défendus comme des prisons", selon l'un des documents citant le chef du Parti communiste chinois (PCC) au Xinjiang, Chen Quanguo.

Des attentats attribués par Pékin à des séparatistes ou extrémistes ouïghours ont fait des centaines de morts ces dernières années. Les autorités disent s'inquiéter d'une poussée de l'islamisme radical dans la région où la moitié des quelque 24 millions d'habitants est de confession musulmane.

Selon des militants en exil, il s'agit de camps de rééducation politique fermés. D'anciens internés disent avoir été détenus pour le port d'une longue barbe, d'un voile ou l'envoi de voeux sur internet lors de fêtes musulmanes.

"Dialogue constructif"

"Le gouvernement chinois doit apporter des réponses aux questions de la communauté internationale", déclare Maya Wang de Human Rights Watch (HRW).

Tous les pays pourront "concentrer leur force de frappe sur le Xinjiang" même si l'efficacité dépend "de l'engagement ou non des Etats pour demander des comptes", selon elle.

L'expert sur la Chine d'Amnesty International Patrick Poon souhaite "un message sans équivoque à Pékin pour lui signifier que la campagne de répression systématique dans la région autonome du Xinjiang (...) doit prendre fin".

"La Chine est désireuse de conduire un dialogue constructif avec toutes les parties dans un esprit ouvert et honnête", a déclaré vendredi aux journalistes un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lu Kang.

Répression des voix dissonantes

Outre le Xinjiang, d'autres aspects du bilan chinois sur les droits de l'Homme seront examinés.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping en 2012, la répression des voix dissonantes s'est durcie et l'usage des moyens de surveillance numériques va croissant. En juillet 2017, le dissident et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo est mort en détention d'un cancer du foie.

"La Chine s'oppose à la politisation des droits de l'Homme et aux "double standards", et soutien l'équité et la justice internationale", assure Pékin dans un rapport soumis en vue de l'examen de mardi. "La situation des droits de l'homme n'est parfaite dans aucun pays. La Chine fait encore face à de nombreuses difficultés et défis pour promouvoir et respecter les droits de l'homme", poursuit le texte.

B.L. avec AFP