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Des orphelins du 11-Septembre aux terroristes: "Vous avez perdu"

Photo d'une rose déposée au mémorial du 11-Septembre, situé à Ground Zero, à New York, le 15 mai 2014.

Photo d'une rose déposée au mémorial du 11-Septembre, situé à Ground Zero, à New York, le 15 mai 2014. - Spencer Platt - Pool - AFP

Plus de 3.000 enfants ont perdu un parent dans l'attentat du 11 septembre 2001, le plus meurtrier que l'Amérique ait connu sur son sol. Quinze ans après, CNN a recueilli le témoignage de dix d'entre eux, qui se confient sur cette tragédie qui a bouleversé leur vie. Extraits.

Ils sont des milliers à avoir perdu un parent dans les attentats d'Al-Qaïda contre les tours jumelles, le 11 septembre 2001. Trois mille cinquante et une personnes ont perdu leur père ou leur mère dans le double attentat contre le World Trade Center, à New York. C’était il y a 15 ans aujourd’hui. Les tours jumelles heurtées par un avion, l’une après l’autre. Le feu à mi-hauteur, la fumée qui s’élève. Les gens qui se jettent par les fenêtres. Et les buildings qui finissent par s’effondrer. L’Amérique frappée, le monde sidéré.

Une partie de ces orphelins étaient alors tout juste bébés, d’autres pas même nés. Aujourd’hui, les plus jeunes sont devenus adolescents, d’autres sont de jeunes adultes qui essaient de se construire, en dépit de la tragédie familiale qu’ils ont traversée. Pour commémorer ce jour tragique, CNN en a rencontré dix pour une interview collective à côté du mémorial du 11-Septembre, et de la tour One World Trade Center - un temps surnommée Freedom Tower - érigée après l’attentat et devenue symbole de la résurrection de la ville.

"C’est très dur vous savez, de grandir sans père"

Tous ces jeunes femmes et jeunes hommes, âgés de 14 à 29 ans, ont perdu leur père ce jour-là. Si cinq d’entre eux confient n’avoir aucun souvenir de cet homme qu’ils ont peu ou jamais connu - deux sont nés après le 11-Septembre -, interrogés par une journaliste de la chaîne américaine, certains racontent la souffrance de grandir en l’absence de ce parent victime de la pire attaque que les Etats-Unis aient connu sur leur sol.

"C’est très dur vous savez, de savoir que je ne pourrai pas grandir avec un père, mon grand frère s’est vraiment impliqué en tant que figure paternelle", explique Kevin Hannaford, un jeune de 14 ans, né 5 mois après le 11-Septembre.

Plusieurs se souviennent du traumatisme vécu il y a quinze ans comme si c’était hier. Juliette Scauso, 19 ans aujourd’hui, était en maternelle au moment du décès de son père, un pompier du Queens. "J’étais avec mon grand-père ce jour-là", se souvient-elle. "Il avait mis les infos, ce qu’un enfant de quatre ans ne devrait pas voir. Un ancien collègue retraité de mon père a appelé ma mère pour lui demander s'il travaillait ce jour là. Elle a dit que oui. Elle est allée chercher mes frères et soeur, puis ils sont venus me chercher. Mon grand-père avait un pressentiment. Devant nous tous il a dit: ‘j’ai perdu mon fils aujourd’hui. J’ai perdu mon fils’. Ma mère était furieuse contre lui qu’il ait déjà perdu espoir".

"Je ne pense pas qu'un enfant puisse comprendre une telle atrocité"

"A ce moment-là, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Ça a pris quelques mois avant que je comprenne qu’il ne reviendrait pas à la maison. C’est quelque chose de très traumatisant à voir pour un enfant", confie-t-elle encore, les larmes aux yeux, disant se souvenir parfaitement des images des avions s’écrasant sur les tours. "Je ne pense pas que quelque enfant que ce soit ait la capacité d’esprit de comprendre une telle atrocité de masse".

Jessica Waring, 29 ans, venait de son côté de rentrer au lycée. C’était son deuxième jour dans l’établissement, elle avait 14 ans. "Il y avait des télévisions dans certaines pièces donc ils l'ont mis (l'information, Ndlr) à l’écran", se remémore-t-elle. "J’étais entourée de gens que je ne connaissais pas et j’ai dû leur dire que mon père était là-dedans. J’avais un mauvais pressentiment aussi. J’avais du mal à parler aux gens. Je me sentais comme paralysée. J’ai appelé ma mère. Je n’arrivais pas à la joindre. Puis ma tante a décroché le téléphone. Que ma tante soit déjà avec ma mère… C’est à ce moment là que j’ai compris que quelque chose n’allait pas".

"Al Qaïda et Daesh ne nous battront pas"

Le père de Nicole Pila, Jim Gatenberg, un courtier immobilier qui se trouvait dans la tour nord, a lui parlé sur la chaîne de télévision WABC peu de temps après qu’elle a été frappée. "Je suis coincé au 86e étage de la tour. Des débris sont tombés autour de nous. Une partie du coeur du building a explosé. Comme je suis à l’antenne, je voudrais dire à quiconque a un membre de sa famille dans le bâtiment que la situation est sous contrôle à ce moment et que le danger n’a pas augmenté. S’il vous plaît, tous le membres des familles, ne vous angoissez pas", expliquait-il, quelques instants avant de mourir.

"J’aime écouter l’enregistrement souvent", explique Nicole Pila, 17 ans aujourd’hui. "C’est la dernière chose que je me rappelle de lui. Dans ses derniers moments, il pensait aux autres".

Mais, alors que les attentats se multiplient aujourd'hui partout dans le monde, ces orphelins adressent aussi au monde un beau message de résilience. "Ça fait du bien" d’être ici, à côté de Ground Zero, confie Patrick Hannaford, qui avait 2 ans quand son père a été tué au 105e étage du World Trade Center, "ça donne la sensation que nous nous en sortons". "Nous sommes encore ici. Nous avons reconstruit. Nous sommes plus forts aujourd’hui que nous l’étions à l’époque. C’est juste une bonne sensation, de savoir qu’ils ont perdu".

"Nous sommes tous assis ici. Nous avons réussi, nous sommes intelligents", abonde Jessica Waring. "Le fait que nous ayons réussi à nous élever au-dessus de ça montre le genre de personne que nous sommes. Al-Qaïda et maintenant Daesh, ils ne nous battront pas".