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Etats-Unis: la tuerie de Las Vegas relance le débat sur les armes à feu

La Maison Blanche tente de temporiser, mais le débat sur le contrôle des armes est déjà relancé dans le pays, qui vient de vivre la fusillade la plus meurtrière de son histoire moderne.

Les premiers éléments de l'enquête sur la tuerie de Las Vegas parlent d'eux-mêmes: 23 armes de différents calibres ont été découvertes sur le tireur et dans la chambre d'hôtel depuis laquelle il a visé la foule. La plupart ont été transportées jusque-là dans de grandes valises et certaines étaient équipées de lunettes. 18 engins supplémentaires au moins ont été retrouvés à son domicile.

Avec 59 morts et 527 blessés, c'est la première fois qu'un homme seul touche autant de personnes sur le sol américain. La fusillade est également la plus meurtrière de l'histoire moderne des Etats-Unis. Comme après chaque massacre commis par armes à feu, le débat sur leur contrôle est relancé. 270 millions d'armes sont actuellement en circulation, dont des armes de guerre dans les états les plus permissifs, comme c'est le cas du Nevada, où se trouve Las Vegas.

Une proposition pour faciliter l'achat des silencieux

Donald Trump n'en a pas dit un mot lors de son discours de lundi, et la Maison Blanche, donnant la priorité au deuil et au recueillement à ce stade, essaye de temporiser. Pour François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis interrogé sur BFMTV, le président américain va devoir se confronter à cette question dans les jours qui viennent.

Sa marge de manoeuvre est réduite, car durant sa campagne, il a été soutenu par la NRA (National rifle association), le lobby pro-armes, à hauteur de 6 millions de dollars. "Il n'a pas d'avis très tranché" estime François Durpaire. "En 2013, il avait soutenu Barack Obama après le massacre de l'école de Sandy Hook quand il voulait interdire les armes de guerre", rappelle-t-il. 

"Sans faire de loi restreignant les armes à feu, deux propositions de loi doivent passer dans quelques jours devant la Chambre des représentants, dont une sur la possibilité d'acheter plus facilement des silencieux. Il suffirait qu'il dise 'dans ce contexte', je en signerai pas ces lois'", estime-t-il, qui voyant dans cette solution une porte de sortie politique possible pour le président américain. 

Les démocrates montent au créneau

Pas question en revanche, pour les démocrates et le reste de l'opposition, de retarder ces discussions. "La foule a fui au bruit des coups de feu. Imaginez le nombre de morts si le tireur avait eu un silencieux, que la NRA (le puissant lobby des armes, ndlr) veut rendre plus facile à obtenir", a écrit Hillary Clinton sur Twitter, évoquant la proposition de loi à venir. 

Un débat "prématuré" pour la Maison Blanche

Les démocrates appellent à un durcissement de la réglementation sur les armes à feu tandis que les républicains se gardent d'indiquer un quelconque soutien à un changement de la loi actuelle. "Le pays tout entier est uni dans notre choc, dans nos condoléances et nos prières", a déclaré le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan. Nancy Pelosi, cheffe de file de la minorité démocrate des représentants, a appelé ce dernier à constituer une commission sur les violences commises par armes à feu. "Le Congrès a le devoir moral de régler cette épidémie horrible et désolante", a-t-elle déclaré.

Après avoir estimé qu'il était "prématuré" de discuter d'une politique de contrôle des armes à feu, la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders a admis la possibilité d'aborder le sujet.

"Je pense que c'est quelque chose dont nous pourrons parler dans les prochains jours, et nous verrons comment cela se présente à mesure que nous avançons", a-t-elle dit.

Armes automatiques interdites

Les deux sénateurs de l'Etat du Nevada, le républicain Dean Heller et la démocrate Catherine Cortez Masto, n'ont ni l'un ni l'autre évoqué la législation sur les armes dans leurs condoléances aux victimes diffusées lundi.

Le droit de possession d'armes est garanti par le deuxième amendement de la Constitution américaine, une disposition défendue avec vigueur par Donald Trump lors de sa campagne électorale. La loi américaine interdit toutefois aux civils depuis 1986 les armes automatiques possiblement utilisées par l'agresseur de Las Vegas pour faire feu sur la foule pendant de longues minutes.

Charlie Vandekerkhove avec agences