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Rodolfo Cazares, le huitième otage français (dont personne ne parle)

Cette affiche a été imprimée après le cap des 450 jours de détention de Rodolfo Cazares.

Cette affiche a été imprimée après le cap des 450 jours de détention de Rodolfo Cazares. - -

Tous les communiqués officiels reprennent la même formule: "Il reste sept otages français à l'étranger." C'est passer un peu vite sur le cas de Rodolfo Cazares, chef d'orchestre franco-mexicain enlevé au Mexique le 9 juillet 2011, et dont on est sans nouvelles.

Mise à jour le 9 décembre 2014 à 15h23: Serge Lazarevic ayant été libéré, il ne reste officiellement plus aucun otage français à l'étranger. Pourtant, on demeure à ce jour sans nouvelles de Rodolfo Cazares.

Le 30 octobre 2013, sur le tarmac de Villacoublay, François Hollande a accueilli les quatre otages libérés et exprimé son soutien aux français encore captifs dans le monde. Il les a ainsi dénombrés: "Deux encore au Sahel, un au Nigéria et quatre en Syrie." Le soir-même, sur le plateau de TF1, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a présenté exactement la même liste, dans un ordre légèrement différent. Parmi tous ces communiqués officiels, jamais il n’est fait mention du cas Rodolfo Cazares, pourtant détenu au Mexique depuis plus de deux ans.

Rodolfo Cazares est un chef d’orchestre franco-mexicain. Au milieu de cette nuit du 9 juillet 2011, à 4h30 du matin, six à huit hommes armés et cagoulés entrent dans sa maison de Matamoros, dans le Nord-Est mexicain, et emmènent tout le monde. D’autres commandos parcourent pendant ce temps les deux autres demeures de la famille et 18 personnes sont finalement enlevées.

Malgré la rançon, pas de libération

Les ravisseurs sont membres du cartel du Golfe, une puissante organisation mafieuse. Ils sont à la recherche d’un certain "Rudy", possiblement un demi-frère inconnu de Rodolfo Cazares. Quelques jours plus tard, les femmes sont relâchées et le cartel demande une rançon de 100.000 dollars pour la libération des cinq hommes. Les preuves de vie sont régulières, la négociation suit son cours. La rançon est versée par la famille, mais le contact définitivement rompu avant la libération des captifs.

Rodolfo Cazares a acquis la nationalité française en février 2012, il en avait fait la demande avant d’être enlevé. Cette décision est rétroactive au 6 juin 2011, soit un mois avant le rapt. Il bénéficie donc dans cette histoire de la pleine protection consulaire, au même titre que n’importe quel Français.

Son épouse, Ludivine Cazares, faisait partie des femmes relâchées. Elle a tout tenté. Une procédure judiciaire est en cours au Mexique, un juge fédéral a été nommé. Une autre procédure est en cours en France avec une plainte déposée au procureur de Reims. Le Quai d’Orsay s’est saisi de l’affaire et la suit "avec le plus grand sérieux", selon les mots de Laurent Fabius lui-même. L’association Otages du monde et les médias ont été sollicités, une pétition a été signée par plus de 70.000 personnes et la communauté musicale mondiale s’est également montrée solidaire.

"On ne peut pas parler d'otages car il n'y a pas de connotation politique"

Mais comparé à l’exposition des sept autres otages français, le silence autour de cet enlèvement semble bien lourd. Pourquoi cette différence de traitement? Dès le début, le ministère des Affaires étrangères a demandé la plus grande discrétion à Ludivine Cazares. On lui explique que c’est à cause de la nature crapuleuse du crime, qui n’est donc pas politique.

Une source diplomatique française confirme à BFMTV.com: "On ne peut pas retenir la définition d’otage car il n’y a aucune connotation politique. Le Mexique suit une piste criminelle qui n’a pas encore produit de résultat, mais les autorités françaises restent mobilisées." Ce qui n’explique pas pour autant qu’on ne puisse pas citer son nom aux côtés des autres français détenus à l’étranger.

Martine Gauffeny, membre fondateur de l’association Otages du monde, n’accepte pas cette réponse: "Dans le droit français on ne fait pas de différence entre les motifs de l’enlèvement. On est un otage lorsqu’on est privé de liberté, et qu’une contrepartie est demandée en échange. Les otages du Tanit ou du Ponant (enlevés par des pirates somaliens, ndlr), on les a pourtant bien appelés ainsi. On a même fait intervenir le GIGN."

"Je pense que certains ont classé l'affaire"

Martine Gauffeny craint que l’on ait baissé les bras. "Le problème, avec Rodolfo, c’est qu’on n’a eu aucune preuve de vie depuis trois ans. Je pense que certains ont classé l’affaire. Pourtant, on sait bien que des otages reviennent, parfois plusieurs années après."

Malgré ses nombreuses démarches, dont un grand nombre est resté sans réponse, Ludivine Barbier Cazares a du mal à établir un lien régulier avec les autorités mexicaines chargées de l’enquête, et se sent "mise à l’écart". Que le motif soit crapuleux ou politique, ainsi que le rappelle la secrétaire nationale d’Otages du monde, "la constante, c’est l’angoisse des familles. Et l’attente."

Olivier Laffargue