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Colombie: le parlement vote la prison à perpétuité pour les violeurs et assassins d'enfants

Le président colombien  Ivan Duque, lors d'un discours à la télévision le 3 mai 2020

Le président colombien Ivan Duque, lors d'un discours à la télévision le 3 mai 2020 - Efrain Herrera - Colombian Presidency

Ce vote, présenté comme un "grand motif de bonheur" par le président colombien, a mis un terme à un débat vieux de 10 ans dans un pays où près de deux mineurs en moyenne sont assassinés chaque jour.

Le parlement colombien a approuvé ce jeudi une réforme constitutionnelle prévoyant la prison à perpétuité pour les violeurs et les assassins d'enfants et d'adolescents jusqu'à l'âge de 14 ans.

Par 75 voix pour et aucune contre, le Sénat, avec le soutien du gouvernement du président de droite Ivan Duque, a voté l'amendement de l'article 34 de la Constitution, qui empêche "les peines d'exil, de prison à perpétuité et de confiscation".

"De manière exceptionnelle, quand un enfant ou un adolescent sera victime d'homicide délibéré, de rapports sexuels avec violence ou dans l'incapacité de résister, une peine allant jusqu'à la prison à perpétuité pourra s'imposer", précise l'amendement voté.

Le texte, déjà approuvé par la Chambre des députés, sera promulgué par le chef de l'Etat dans les prochains jours. Il a été voté à l'unanimité des présents, mais 30 sénateurs avaient quitté hémicycle avant. Jusque-là, la peine de prison maximale en Colombie était de 60 ans de prison.

Le vote du parlement clôt un débat de plus d'une décennie dans ce pays de forte tradition conservatrice. Au pouvoir depuis août 2018, Ivan Duque avait fait de cette cause une thème de sa campagne électorale et promu sa discussion au Parlement.

"Un grand motif de bonheur"

"Aujourd'hui, la Colombie a un grand motif de bonheur. Aujourd'hui, le Congrès de la République a fait avancer cette grande réforme qu'attendaient tant de familles, que nous espérions tous", a déclaré le président dans son allocution télévisée quotidienne.

Il a souligné qu'il espérait que les agressions contre les mineurs soient toujours des crimes "imprescriptibles pour qu'à n'importe quel moment, quiconque ayant commis ce crime reçoive cette sanction exemplaire".

En Colombie, près de deux mineurs en moyenne sont assassinés chaque jour. Selon l'autorité médico-légale, plus de 22.000 mineurs de 18 ans ont été victimes de crimes sexuels et 708 d'homicide en 2019.

Pendant les longs débats, les défenseurs du projet ont argué que les agresseurs de mineurs tendent à récidiver et que la peine à perpétuité serait une façon de les dissuader. Ils ont aussi soutenu que les agressions contre les enfants avaient augmenté ces dernières années et les peines en vigueur, bien que lourdes, n'étaient pas toujours purgées en totalité.

Une décision contestée

De leur côté, les détracteurs du projet, dont les parlementaires de l'opposition, des universitaires et des experts ont soutenu qu'une aggravation de peine n'était pas efficace dans la diminution des agressions. Selon eux, il vaudrait mieux investir dans les enquêtes criminelles pour réduire l'impunité de ces crimes.

Un sénateur de gauche, Ivan Cepeda, a qualifié la décision de "lamentable" et "anticonstitutionnelle".

"Le problème vient du fait qu'en Colombie, 95% de ces faits restent impunis. Le problème ce n'est pas que les peines soient longues, le problème c'est qu'il n'y a pas d'enquête, il n'y a pas d'action sérieuse de la justice pénale", a déploré ce parlementaire de l'opposition.
Jé. M. avec AFP