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L'armée dénonce le risque de vide politique en Tunisie

Manifestants tentant de gagner les bureaux du Premier ministre à Tunis. Alors que la foule continue de demander le départ du gouvernement de transition en raison de la trop grande proximité de certains de ses membres avec le régime déchu, le chef d'état-m

Manifestants tentant de gagner les bureaux du Premier ministre à Tunis. Alors que la foule continue de demander le départ du gouvernement de transition en raison de la trop grande proximité de certains de ses membres avec le régime déchu, le chef d'état-m - -

par Lin Noueihed et Andrew Hammond TUNIS (Reuters) - Le chef d'état-major de l'armée tunisienne a mis en garde lundi contre le risque de vide...

par Lin Noueihed et Andrew Hammond

TUNIS (Reuters) - Le chef d'état-major de l'armée tunisienne a mis en garde lundi contre le risque de vide politique tout en promettant de défendre "la révolution" qui a balayé le régime du président Zine ben Ali.

Des négociations sont en cours pour remplacer par un "comité de sages" le gouvernement provisoire contesté par la rue et "protéger la révolution", dit-on dans les milieux politiques. Cette instance pourrait inclure l'opposant Ahmed Mestiri.

Selon le ministre de l'Education, Taïeb Baccouche, un remaniement gouvernemental est attendu dans les prochains jours pour pourvoir les postes laissés vacants.

Le général Rachid Ammar, qui avait refusé de soutenir la répression de la "révolution de jasmin", a déclaré à une foule rassemblée devant les bureaux du Premier ministre: "Notre révolution est votre révolution. La révolution de la jeunesse pourrait être perdue et exploitée par ceux qui appellent à un vide. L'armée protégera la révolution."

La foule demande le départ du gouvernement de transition en raison de la trop grande proximité de certains de ses membres avec le régime déchu.

La police avait auparavant fait usage de gaz lacrymogènes contre ces manifestants venus à bord d'une "caravane de la liberté" et issus pour la plupart de zones rurales déshéritées.

"LA JUSTE MESURE"

Policiers et militaires ont bloqué un demi-millier de manifestants présents à l'intérieur de la Kasbah, qui abrite le siège du gouvernement. Un millier d'autres protestataires se sont répandus dans les rues et sur une grande place adjacentes, dans l'incapacité d'approcher du secteur.

Parmi les marcheurs, beaucoup viennent de la région de Sidi Bouzid, à 300 kilomètres au sud de Tunis, où le suicide le mois dernier du jeune chômeur diplômé Mohamed Bouazizi a été l'élément déclencheur de la révolte populaire.

"Pourquoi ne nous laissent-ils pas briser les barrières et rejoindre nos frères ?", s'interroge Kamal Ashour, un Tunisois. "(...) On croirait que le régime Ben Ali est de retour."

Dix jours après la fuite de Zine ben Ali en Arabie saoudite, le gouvernement de Mohamed Ghannouchi, Premier ministre depuis 1999 et ancien membre du parti présidentiel RCD, ne parvient pas à contenir les revendications de la population.

Fermées pendant deux semaines, les écoles ont commencé à rouvrir lundi, même si certaines se sont mises en grève pour réclamer le départ des nouvelles autorités.

Dans un entretien au Figaro, le chef de la diplomatie, Kamel Morjane, exclut de démissionner. Il dit ne pas vouloir s'accrocher à ses attributions mais mettre ses compétences au bénéfice du pays "dans une période délicate".

La France, critiquée pour son manque de soutien public à la "révolution de jasmin", a promis de venir en aide aux nouvelles autorités et de rechercher systématiquement les "richesses pillées" par Ben Ali.

Le président Nicolas Sarkozy a amorcé un début de mea culpa en reconnaissant que la France n'avait pas pris la juste mesure de la révolte des Tunisiens. "Derrière l'émancipation des femmes, l'effort d'éducation et de formation, le dynamisme économique, l'émergence d'une classe moyenne, il y avait une désespérance, une souffrance, un sentiment d'étouffer dont, il nous faut le reconnaître, nous n'avions pas pris la juste mesure", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

DES PROCHES DE BEN ALI ARRÊTÉS

La France, a dit Nicolas Sarkozy, va proposer aux nouvelles autorités des mesures pour leur venir en aide au plus vite et appuie l'octroi d'un "statut avancé" de la Tunisie dans ses relations avec l'Union européenne.

"Une ère nouvelle s'ouvre pour les relations entre la Tunisie et la France", a-t-il déclaré.

A la suite d'une plainte déposée par trois ONG, une enquête préliminaire de police a été ouverte par le parquet de Paris sur les biens que détiendrait la famille de Zine ben Ali en France.

A Tunis, les nouvelles autorités ont annoncé le placement en résidence surveillée de trois proches collaborateurs de Ben Ali. Il s'agit de l'ancien conseiller chargé du contrôle de la presse, Abdelwahhab Adballa, de son ancien porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de l'ancien ministre de l'Intérieur et président de la chambre haute du Parlement, Abdallah Qallal.

Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne de télévision privée Hannibal TV, a été brièvement arrêté pour "trahison", rapporte ce média sans autres précisions. Il est accusé d'avoir encouragé la violence et travaillé pour le retour du président déchu, rapporte l'agence de presse tunisienne.

Par ailleurs, le dirigeant en exil de l'opposition islamiste, Rachid Ghannouchi, a annoncé son retour dans les prochains jours et assuré qu'il ne voulait pas instaurer la charia. "J'invite à respecter le choix du peuple tunisien et le mouvement Ennahda appelle depuis sa création à une véritable démocratie moderne", a-t-il déclaré à France 24 de son exil à Londres.

Avec Achraf Fahim et Tarek Amara et la rédaction de Paris; Jean-Philippe Lefief, Jean-Stéphane Brosse et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser