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Acculé en Irak et en Syrie, Daesh redouble de violence en Egypte

Alors qu'ils perdent du terrain en Irak et en Syrie, les jihadistes du groupe Etat islamique multiplient les attaques en Egypte, notamment à l'égard de la communauté copte.

Dimanche, l'Egypte a été frappée par deux attentats à la bombe qui ont visé des lieux de culte chrétiens. Revendiquée par Daesh, via son agence Amaq, cette double attaque a fait 45 morts et plus d'une centaine de blessés. Une première explosion a frappé une église copte de la ville de Tanta, au nord du Caire, faisant au moins 28 morts et 78 blessés. Quelques heures plus tard, c'est une église à Alexandrie qui a été touchée, provoquant la mort de 17 personnes. 

La branche égyptienne de Daesh était jusqu'à présent très active dans le nord du Sinaï, où des centaines de policiers et de soldats ont été tués. Mais malgré des attentats parfois spectaculaires dans cette région bordant Israël et la bande de Gaza, le groupe n'a jamais réussi à prendre le contrôle de centres de population, contrairement à ce qu'il a pu accomplir en Irak et en Syrie, où il a proclamé un "califat" en 2014.

Changement de tactique

Alors que les jihadistes de Daesh accumulent les revers en Syrie et en Irak, où ils sont notamment sur le point de perdre le contrôle de Mossoul, la deuxième ville du pays, ils conduisent désormais des attaques spectaculaires ailleurs.

"Une tentative pour reprendre le contrôle de son image, renforcer le moral des troupes, et rallier de nouvelles recrues", estime Jantzen Garnett, expert chez Navanti Group Analytics.

Si l'organisation s'en était prise par le passé aux coptes, leur campagne contre la minorité chrétienne n'a gagné en intensité qu'à partir de décembre, avec un attentat suicide contre une église du Caire qui a fait 29 morts. En janvier et février, sept coptes ont été par ailleurs été tués dans le nord du Sinaï, poussant des dizaines de familles chrétiennes à fuir la région. Dans une vidéo de propagande diffusée en février, Daesh avait promis de multiplier les attaques contre les chrétiens d'Egypte, qualifiés de "polythéistes".

"Les attaques confessionnelles (de Daesh) montrent que l'organisation est toujours en phase d'expansion malgré les revers sur le champ de bataille, et encouragent ainsi ceux qui en sont idéologiquement proches à soutenir le groupe", confirme Zack Gold, un expert affilié au Rafik Hariri Center for the Middle East.

Une présence croissante en Egypte

Les attentats de dimanche sont les plus sanglants commis ces dernières années contre les coptes qui représentent 10% des 92 millions d'Egyptiens. Mais les chrétiens d'Egypte sont la cible de violences depuis plusieurs années.

En janvier 2011, un attentat suicide à la sortie d'une église d'Alexandrie avait fait plus d'une vingtaine de morts. Et après la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi en 2013, la minorité avait été confrontée à plusieurs attaques pour avoir soutenu l'action des militaires.

Pour des experts, les attentats de décembre et d'avril suggèrent une présence croissante de cellules jihadistes hors du Sinaï. "Ces dernières années, le groupe Etat islamique a fait face à de nombreuses difficultés et essuyé de nombreux échecs pour s'établir dans la partie continentale de l'Egypte. Ces attentats contre des églises montrent qu'il a une présence croissante sur ce territoire", estime Jantzen Garnett.

Mélanie Rostagnat avec AFP