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Ebola: la crainte d'une épidémie qui pourrait se "réensemencer ailleurs"

Un membre de Médecins sans frontières (MSF) s'équipe d'une combinaison de protection à l'hôpital de Conakry, capitale de la République de Guinée, où des personnes contaminées par Ebola sont soignées, le 28 juin 2014.

Un membre de Médecins sans frontières (MSF) s'équipe d'une combinaison de protection à l'hôpital de Conakry, capitale de la République de Guinée, où des personnes contaminées par Ebola sont soignées, le 28 juin 2014. - -

Avec un taux de mortalité de 25 à 90%, Ebola continue de tuer en Afrique. Deux Américains en mission au Liberia ont été atteints dans ce pays qui a fermé ses frontières. Une lutte à la fois urgente et de longue haleine s'annonce pour tenter d'éradiquer Ebola en Afrique de l'Ouest.

Aura-t-il fallu attendre que deux Américains, dont un médecin de 33 ans, soient contaminés au Liberia par le virus Ebola et placés en quarantaine, pour que le monde s'inquiète de la propagation de l'épidémie? Ce serait à la fois injuste et faux que d'affirmer cela. L'Organisation Mondiale de la Santé alerte depuis mars-avril sur la propagation de cette maladie qui, au 23 juillet, totalisaient 1.201 cas dont 672 mortels.

Reste que la contamination de ces deux Occidentaux relance le débat quant à une propagation Ebola au-delà des frontières de l'Afrique de l'Ouest où cette fièvre fait chaque jour davantage de victimes. Mais avant de devoir faire face à une nouvelle menace sur le continent américain ou européen, il reste à lutter contre Ebola en Afrique où il est réapparu. Voici quelques rappels sur le mode de transmission de ce virus et les moyens mis en œuvre pour tenter d'en venir à bout.

> D'où vient ce virus?

Le professeur Philippe Brouqui, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales de l'Institut Hospitalier Universitaire (IHU) Méditerranée infection, explique que "le virus appartient à la famille des filoviridae qui fait partie des fièvres hémorragiques". Son "réservoir naturel" est attribué, en l'état des connaissances actuelles, "vraisemblablement aux chauves-souris en Afrique centrale".

> Comment se transmet-il?

La primo-infection explique le chercheur se fait "au contact d'animaux morts d'Ebola", particulièrement auprès "des singes morts".

A partir de là, la contamination se fait "par contact interhumain" et "par le toucher de toutes les sécrétions du corps", autrement dit, "le sang, les urines, les selles". Ces contagions s'opèrent souvent lors de la pratique "de rites funéraires et des soins de conservations du corps", explique encore le professeur. Le malade est contagieux dès que les symptômes, comme les diarrhées et la fièvre, apparaissent.

> Existe-t-il des traitements?

S'il n'existe pas de vaccin contre Ebola, la prise en charge des malades le plus rapidement possible reste essentielle. "Plus vite le malade est pris en charge par les équipes soignantes, plus il a de chances de s'en tirer", selon Tarik Jasarevic, porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), actuellement en mission dans les pays touchés par l'épidémie. L'OMS rappelle qu'il existe des traitements, contrairement aux idées reçues selon lesquelles la maladie est mortelle à 100%.

Cette prise en charge permet aussi d'éviter de nouvelles contaminations en cascade. Toutes les personnes qui ont été en contact avec le malade identifié comme tel, sont mises sous quarantaine.

> Comment tenter d'enrayer la progression de l'épidémie en Afrique?

Sans vaccin les moyens de lutte contre Ebola relèvent autant de prise en charge des malades que de mesures de police et d'éducation des populations frappées par ce mal. Stephan Monroe rappelle qu'au Liberia, pays qui a fermé ses frontières lundi, "il y a eu des cas 'réensemencés' par des personnes qui ont traversé la frontière". Selon lui il faut donc "identifier et interrompre chaque source de transmission" pour commencer à contrôler l'épidémie. "La réponse à cette épidémie sera plus un marathon qu'un sprint", conclut-il.

L'autre problème est la méconnaissance de la maladie par les populations des pays touchés. "Nous avons reçu des menaces, si jamais nous allions dans certains villages, où l'on refuse accès à toute aide humanitaire", explique Mariano Lugli, de Médecins sans frontières (MSF). MSF préconise l'embauche d'experts anthropologues, spécialisés dans les populations de ces communautés, pour leur faire comprendre de la nécessité de se faire surveiller et traiter le cas échéant.

> Existe-t-il un risque d'une propagation à d'autres continents?

Sur la possibilité de voir Ebola excéder les frontières de l'Afrique de l'Ouest où il est pour l'instant circonscrit, la réponse des experts est unanime: c'est "peu probable" pour le professeur Philippe Brouqui ou encore "pour l'instant très basse", selon Stephan Monroe des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), aux Etats-Unis.

Mais, nuance-t-il, la situation "évolue rapidement" et les CDC doivent être prêts à faire face à la possibilité qu'un voyageur malade propage la maladie aux Etats-Unis. "Notre inquiétude est que l'épidémie soit 'réensemencée' ailleurs, comme un feu de forêt peut se répandre en partant d'un seul arbre, avec des étincelles", a ajouté Stephan Monroe. "C'est clairement ce qui s'est produit au Liberia", a-t-il ajouté, en constatant que ce pays n'avait pas constaté de cas d'Ebola durant 21 jours, la durée maximale d'incubation, mais que de nouveaux cas étaient malgré tout apparus.

David Namias et AFP