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Attentats au Niger: le président Issoufou avait prévenu d'un risque

Une partie du site de la mine d'uranium Somaïr d'Areva à Arlit, au Niger.

Une partie du site de la mine d'uranium Somaïr d'Areva à Arlit, au Niger. - -

Après le double-attentat suicide suivi d'une prise d'otages perpétrés au Niger contre une base militaire et un site minier exploité par le groupe Areva, jeudi, vient le temps des interrogations. Après le Mali, son voisin, le Niger est-il le prochain pays du Sahel à tomber entre les mains des jihadistes?

Mahamadou Issoufou avait senti le danger. Il y a quelques mois, bien avant la double-attaque de jeudi contre une base militaire nigérienne et un site minier d'Areva revendiquée par le Mujao, le président nigérien le disait publiquement: il ne voulait pas que le Niger fût le prochain État à tomber entre les mains des narco-jihadistes.

Non sans rigueur logique, il envoya 700 soldats nigériens à Gao au Mali, participant ainsi à la reprise en main du pays.

Issoufou veut attirer l'attention de la France

Le président ne cesse d'ailleurs de réclamer l'attention de la France, et ce même avant l'opération Serval: depuis l'opération Harmattan, qui renversa Kadhafi, le Nigérien se cramponne pour le contre-coup de la fin de la dictature kadhafiste.

Issoufou avait mis en garde contre le renversement de Kadhafi qui faisait pleuvoir les largesses sur les pays du Sahel. A l'exception du Tchad, pays qui mena une longue guerre contre Kadhafi dans laquelle la France soutint les gouvernants tchadiens, guerre gagnée dans la discrétion, même si Kadhafi fit exploser le vol 772 UTA en septembre 1989, tuant 170 personnes dont 54 Français.

L'accélérateur premier: la chute de Kadhafi

Voilà que les armes de Kadhafi -en quantité formidable- sont venues alimenter la témérité des Touaregs étrangers, engagés dans les forces armées libyennes mais en délicatesse avec le système malien.

À la chute du dictateur libyen, qu'ils ne soutinrent qu'à peine, par dégoût du massacre de civils, bon nombre se dirigèrent vers leur Mali natal bardés d'armes. Il y constatèrent la gabegie générale à la fois de leurs dirigeants politiques, et des dirigeants nationaux à Bamako. La rébellion devint facile.

Les jihadistes eurent aussi l'idée d'une entrée en scène, parallèle à celle des Touaregs rentrés de Libye. Les armes de Kadhafi leur ont servi aussi. Et puis les deux forces se servirent copieusement dans les stocks de l'armée officielle malienne en déroute. Le ministère de la Défense français nous l'a suffisamment démontré: il y a beaucoup plus de matériel malien entre les mains des terroristes que de matériel libyen.

Ce qui était une surprise. Peut-être aussi une consolation pour Nicolas Sarkozy et les tenants de la campagne aérienne en Libye, pour qui cette découverte voudrait dire que les armes de Kadhafi n'étaient pas obligatoirement le détonateur de toutes ces rébellions.

Face au jihadisme, tous les dirigeants sahéliens se savent vulnérables

Évidemment, avec toutes ces armes de diverses provenances entre les mains des rebelles, la survie des régimes était en jeu. Issoufou et l'ancien président malien, Amadou Toumani Touré, ont tiré la sonnette d'alarme. Nous ne pourrons pas, laissaient-ils entendre, faire face sans l'aide militaire internationale.

La France a entendu. Les Forces spéciales -ces forces sur lesquelles le ministère ne communique qu'avec une extrême parcimonie- étaient au Niger pour soutenir les opérations au Mali, et tant mieux si elles pouvaient servir au Niger-même.

Elles ont servi, intervenant vendredi matin pour en finir avec la prise d'otages consécutive au double attentat-suicide. Mais ce n'était pas assez, apparemment, pour dissuader les groupes jihadistes.

D'où viendra la prochaine attaque terroriste? C'est là la grande question. Mais la réponse sera la même: éliminer les jihadistes au Niger, d'où provient l'uranium, la source énergétique indispensable de la France nucléaire. Les jihadistes ne le savent que trop bien.

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Harold Hyman