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L'Algérie lutte toujours contre les incendies qui ont causé la mort de 71 personnes

Le pays du Maghreb fait face à des incendies meurtriers depuis le début de la semaine. Un deuil national de trois jours est observé depuis jeudi.

Les pompiers et volontaires, qui bénéficient d'un début d'aide internationale, luttent sans relâche contre les flammes qui ravagent le nord de l'Algérie, au premier jour du deuil national décrété pour honorer les 71 personnes mortes dans ces incendies avivés par la chaleur extrême.

En soirée, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé, dans un bref discours télévisé, l'arrestation de 22 suspects accusés d'être des pyromanes", dont 11 à Tizi Ouzou, grande ville de Kabylie, région berbérophone du nord-est de l'Algérie, traditionnellement frondeuse à l'encontre du pouvoir central.

"Il y a ceux qui veulent profiter de ces tristes opportunités pour diviser l'armée, le peuple et l'État. Je leurs dis que les citoyens honorables sont ceux qui ont aidé la sécurité pour arrêter certains suspects dans l'allumage de ces incendies", a déclaré le cef de l'État.

Abdelmadjid Tebboune a accusé sans les nommer les indépendantistes kabyles de vouloir exploiter la catastrophe pour diviser le pays. Selon le dirigeant, la majorité des incendies sont "d'origine criminelle".

43 civils et 28 militaires tués

Le pays le plus étendu du Maghreb est toujours en proie à de multiples incendies dévastateurs, qui ont déjà coûté la vie à 43 civils et 28 militaires, selon un dernier bilan. Végétation calcinée, bétail agonisant et villages assiégés: les feux ont en outre semé la désolation sur leur passage en Kabylie, une région du nord-est de l'Algérie.

Dans un communiqué, la protection civile a fait état jeudi de "92 incendies dans 16 wilayas (préfectures) dont 37 à Tizi Ouzou et 15 à El Tarf", près de la frontière tunisienne.

À la préfecture de Tizi Ouzou, zone qui a enregistré le plus de pertes humaines, des images prises par un photographe de l'AFP montrent à perte de vue des secteurs entiers de forêt partis en fumée.

Des habitants aident les soldats du feu à lutter sans relâche, parfois à l'aide de moyens dérisoires comme des branchages.

Alors qu'ils avaient dû évacuer leur domicile pour fuir les flammes, des villageois ont commencé à regagner leurs villages. Ils constatent alors, dévastés, l'ampleur des dégâts.

L'un d'eux raconte à l'AFP avoir tout perdu: "Il ne me reste plus rien. Mon atelier, ma voiture, mon appartement". Mais cet homme à "réussi à sauver sa famille", alors que "des voisins sont morts ou ont perdu leurs proches", se console-t-il, comme il peut.

"Ça brûle de partout, tous les villages en Kabylie", s'insurge un autre habitant.

Trois jours de deuil national

Face au drame, l'Algérie observe à partir de ce jeudi un deuil national de trois jours et les drapeaux ont été mis en berne à Alger. Au quatrième jour de ces incendies, les efforts pour venir à bout des feux se poursuivent sans relâche.

Avec des moyens souvent limités, pompiers, militaires et volontaires tentent toujours de maîtriser les flammes. Ils sont soutenus par deux bombardiers d'eau envoyés par la France qui sont arrivés jeudi, a indiqué dans un tweet le président français Emmanuel Macron.

Dans son allocution télévisée, le président Tebboune a promis que deux autres Canadairs devaient arriver d'Espagne et un autre de Suisse.

Devant l'ampleur de la catastrophe, les appels à l'aide se multiplient dans la société civile, en Algérie et au-delà. Des ONG s'activent en France - où les liens humains avec la rive sud de la Méditerranée sont nombreux - pour envoyer du matériel aux zones sinistrées par l'intermédiaire d'organisations locales.

Dans le pays même, "particuliers et associations se mobilisent, sans relâche, en organisant des collectes de vêtements, de denrées alimentaires, de médicaments", écrit le site d'information TSA.

"Que Dieu les bénisse, parce qu'on est épuisés (...) On n'avait plus d'électricité et des gens ont apporté des groupes électrogènes d'un peu partout", a confié à Berbère TV Djaffar, un habitant du village d'Agoulmim, en Kabylie. "Les flammes ont dévoré le village, elles étaient très hautes, elles ont tout rasé (...) Subitement c'est devenu comme un volcan", a-t-il ajouté.

Vague de chaleur extrême et vents

Alors que l'Algérie fait face à une vague de chaleur extrême, les vents compliquent la tâche des secouristes. La justice a en outre ordonné l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de la mort d'un homme, accusé d'être un pyromane par une foule qui l'a immolé.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent "une foule en colère" battant "à mort" un homme après l'avoir accusé de pyromanie, a dénoncé l'ONG Amnesty International.

Face à la double catastrophe des feux de forêts et de la pandémie du Covid-19, la diaspora algérienne de France s'est retrouvée en première ligne pour organiser la collecte et l'acheminement de l'aide d'urgence, une mobilisation massive de la société civile qui supplée partiellement les carences de l'État.

Chaque année, le nord de l'Algérie est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44.000 hectares de taillis sont partis en fumée. Mais ce phénomène s'amplifie tandis que les incendies se multiplient sur la planète.

Une vague de chaleur extrême doit se poursuivre jusqu'en fin de semaine au Maghreb selon différents services météorologiques. Mercredi, la Tunisie a enregistré un record absolu avec une température de plus de 50 degrés (50,3 C) à Kairouan (centre). Une trentaine d'incendies ont été enregistrés depuis lundi dans ce pays.

Sur la rive nord de la Méditerranée, la Grèce et la Turquie ont été les pays les plus touchés ces deux dernières semaines.

C.M. avec AFP