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Affaire des sous-marins: Le Drian dénonce un "mensonge" et une "crise grave"

Jean-Yves Le Drian à Sydney le 2 mai 2018

Jean-Yves Le Drian à Sydney le 2 mai 2018 - SAEED KHAN © 2019 AFP

Au lendemain du rappel des ambassadeurs français aux Etats-Unis et en Australie, le ministre des Affaires étrangères est revenu sur le torpillage du contrat de sous-marins français à Canberra.

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a évoqué samedi la "crise grave" provoquée par le torpillage d'un mégacontrat de sous-marins français à Canberra, dénonçant un "mensonge (...), une duplicité (...), une rupture majeure de confiance" et un "mépris" de la part des alliés de la France.

Interrogé sur France 2, Jean-Yves Le Drian a ainsi justifié le rappel des ambassadeurs français à Canberra et Washington par le fait qu'il "y a une crise grave entre nous".

Cette mesure, la première dans l'histoire des relations entre Paris et Washington, "est très symbolique. Il y a eu mensonges, il y a eu duplicité, il y a eu rupture majeure de confiance, il y a eu mépris, ça ne va pas entre nous, ça ne va pas du tout, ça veut dire qu'il y a crise. Il y a un aspect symbolique on rappelle nos ambassadeurs pour essayer de comprendre, pour montrer à nos pays anciennement partenaires que nous avons un très fort mécontentement, qu'il y a une crise grave entre nous, et de réévaluer nos positions pour défendre nos intérêts à la fois en Australie et aux Etat-Unis" a expliqué Jean-Yves Le Drian.

La Grande-Bretagne, "c'est un peu la cinquième roue du carrosse"

Le rappel de l'ambassadeur français à Londres a été jugé en revanche inutile: "on connait leur opportunisme permanent", a-t-il ironisé quelques mois après le Brexit. "La Grande-Bretagne dans cette affaire, c'est quand même un peu la cinquième roue du carrosse".

Les Etats-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni ont annoncé mercredi un partenariat stratégique pour contrer la Chine, AUKUS, incluant la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra qui a sorti de fait les Français du jeu.

La France avait signé en 2016 un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros) pour la fourniture à l'Australie de 12 sous-marins à propulsion diesel, souvent qualifié de "contrat de siècle" en raison de son ampleur et de sa portée stratégique.

Des conséquences sur l'avenir de l'Otan

Le ministre des Affaires étrangères a d'ailleurs jugé que la crise pèserait sur la définition du nouveau concept stratégique de l'Otan, sans pour autant évoquer de sortie de l'alliance atlantique.

"L'Otan a engagé une réflexion, à la demande du président de la République, sur ses fondamentaux. Il y aura au prochain sommet de l'Otan à Madrid l'aboutissement du nouveau concept stratégique. Bien évidemment, ce qui vient de se passer aura à voir avec cette définition", a estimé Jean-Yves Le Drian.

"Mais il faut qu'en même temps l'Europe se dote de sa boussole stratégique et ce sera sous la responsabilité de la France au premier semestre 2022", a-t-il ajouté, évoquant la présidence française de l'Union européenne au 1er janvier.

Après le retrait brutal des Américains d'Afghanistan, sans concertation avec ses alliés, et ce dossier des sous-marins, "si les Européens ne sentent pas que pour rester dans l'Histoire, il faut qu'ils s'unissent et défendent ensemble leurs propres intérêts, alors leur destin sera totalement différent", a martelé Jean-Yves Le Drian.

E.R avec AFP