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Immobilier : La Fnaim très inquiète pour les mois à venir

René Pallincourt, président de la Fnaim

René Pallincourt, président de la Fnaim - dr

La baisse des transactions immobilières et la chute de la production de crédit à l’habitat inquiètent les professionnels de l’immobilier. Entretien avec René Pallincourt, président de la Fédération nationale de l'immobilier, qui craint le pire sans une réponse rapide des pouvoirs publics.

« Si, très rapidement après les élections, le prochain Président de la République ne prend pas des mesures à même de soutenir la demande des primo-accédants et relancer l’investissement locatif, la crise du logement ne pourra que s’accentuer. » René Pallincourt ne mâche pas ses mots : la situation est grave, et nécessite une action rapide de la part des pouvoirs publics. Las, à une semaine à peine de l’élection présidentielle, les propositions formulées par les différents candidats ne lui semblent pas à la hauteur de la situation…

Une chute spectaculaire

Ce qui inquiète tant la Fnaim, ce sont les chiffres dévoilés la semaine dernière par la Banque de France : 7,3 milliards d’euros de crédit habitat ont été accordés en France au mois de février, soit 40 % de moins qu’en janvier et moitié moins qu’en février de l’année dernière. « Sur les six derniers mois, on est à plus de 60 % de baisse », se désole M. Pallincourt, qui estime que le nombre de transactions immobilières a chuté « de 10 à 15 % » au premier trimestre 2012, par rapport aux trois derniers mois de l’année dernière. « A cette période, l’activité a été dopée par les annonces de l’abandon du PTZ+ [prêt à taux zéro, NDLR] dans l’ancien dès le 1er janvier et du durcissement de la fiscalité sur les plus-values immobilières à compter du 1er février, reprend-il. On savait que, mécaniquement, les premiers chiffres de 2012 marqueraient un tassement. Mais personne n’attendait une chute aussi spectaculaire. Si la baisse de la production de crédit vient à se confirme au deuxième trimestre, on assistera à une véritable contraction de l’activité - tout au long de 2012, mais peut-être même en 2013 ».

Le grand absent du débat électoral

Outre la réforme des aides à l'accession et le relèvement des taxes sur les plus-values, la fédération craint les effets de l’augmentation des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, déjà portés de 12,3 à 13,5 % le 1er janvier et relevés à 15,5 % le 1er juillet prochain. Sans oublier ceux de la hausse de la TVA, avec un taux réduit rehaussé de 5,5 % à 7 % dans le bâtiment et un taux général qui devrait être porté à l’automne prochain de 19,6 à 21,2 %.

Dans ce contexte, M. Pallincourt en appelle à une réaction rapide des pouvoirs publics. Et déplore, comme en écho aux critiques déjà formulées par la Fondation Abbé Pierre, « que la question du logement, qui est pourtant l’une des préoccupations essentielles des Français, soit à ce point absente du débat électoral. Aucun des candidats ne semble avoir vraiment pris la mesure de la gravité de la situation ».

Aucune mesure pour « booster le marché »

Le passage en revue des différents programmes tourne rapidement court, pas une seule des propositions avancées n’étant jugée « de nature à booster le marché. Je ne vois que des mesures annexes - aucune idée forte, aucune volonté de soutenir l’investissement locatif ou l’accession à la propriété ». Les critiques les plus virulentes sont adressées aux deux favoris dans les sondages. François Hollande, tout d’abord, dont le projet d’encadrer les loyers « est certainement… louable, sans jeu de mot, mais absolument pas réalisable : comment obliger un propriétaire à louer son bien à un niveau inférieur à celui du marché si on ne lui propose pas de compensation en face ? ». Une question résolue, assure la Fnaim, par « Bail puissance 3 », son projet de contrat de location défiscalisé présenté le mois dernier.

Côté UMP, René Pallincourt estime que la proposition de Nicolas Sarkozy de diminuer de moitié les droits de mutation « va dans le bon sens, même si on ne peut pas ignorer qu’elle risque d’inciter les collectivités locales, ainsi privées d’une partie de leurs ressources, à augmenter les impôts locaux ». Guère plus d’enthousiasme pour le rehaussement de 30 % les droits à construire, qui « permettra certainement de donner de l’activité aux entreprises du bâtiment, ce qui est évidemment très bien, mais n’aura aucun effet en termes de prix ».

La critique la plus virulente est adressée à la plus récente des propositions du président candidat, qui entend supprimer la déductibilité des dépenses de gros travaux des revenus fonciers. Partageant la stupeur du président de l’Union nationale de la propriété immobilière (UNPI), Jean Perrin, M. Pallincourt craint qu’une telle mesure ne porte le coup de grâce à l’investissement locatif déjà mis à mal par le relèvement de la fiscalité sur les plus-values et la réforme du dispositif Scellier. « Si cette proposition est mise en application, plus un seul appartement ne se vendra pour faire de l’investissement locatif ! ».

Emmanuel Salbayre