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Le promoteur des tours Hermitage de la Défense a-t-il vu trop grand ?

Des zones d'ombre autour du projet de construction des tours Hermitage

Des zones d'ombre autour du projet de construction des tours Hermitage - Hermitage Plazza

Alors que le feu vert à la démolition des immeubles existants a été donné en dépit de la réticence de ses derniers habitants, des zones d'ombre subsistent autour du financement du chantier.

La tour Eiffel n'est pas prête de perdre son titre du bâtiment le plus haut de France. Lancé en 2007, le projet d'Emin Iskenderovd, un promoteur qui prévoit la construction en bordure de Seine de deux gratte-ciels hauts de 320 mètres (8 mètres de plus que la tour Eiffel, hors antenne) contenant à la fois des bureaux, du commerce, des hôtels et des logements de luxe, est au point mort. En cause, la résistance des derniers habitants des immeubles actuels, qui bloquent la transaction, mais surtout la solvabilité incertaine de l'oligarque franco-russe.

Dans les 232 appartements des Damiers dits "Bretagne" et "Anjou", la majorité des locataires a fini par accepter les relogements ou les indemnisations proposées par le promoteur, mais les 18 familles qui occupent encore les lieux font de la résistance. Elles se sont regroupées au sein d'une association qui attaque les permis de construire obtenus il y a dix ans.

Son combat a commencé début 2003 après avoir constaté que trois groupes d’immeubles privés avaient été cédés par l’Union des assurances de Paris à leur insu à Logis-Transports, un bailleur social. "On était locataire, je me disais qu'un jour ils revendraient et qu'on achèterait. Quand ils ont vendu, c'était pour démolir", témoigne Anne-Marie, l'une des plus anciennes occupantes des Damiers citée par Libération.

Des zones d'ombre

Officiellement, le lancement des travaux de démolition des bâtiments existants peut démarrer depuis avril dernier, le voisinage ayant donné son feu vert à l'opération immobilière dont le coût frôle les 3 milliards d'euros. Après avoir entretenu le flou sur la finalisation du planning, le groupe Hermitage a précisé dans un communiqué qu'il envisageait de donner le premier coup de pelleteuse au début de l'automne.

Cependant, des interrogations subsistent. Elles concernent le financement du promoteur. Hermitage Plazza, la société d'Emin Iskenderovd, a confirmé qu’elle assumerait la totalité du projet au moyen de ses fonds propres, d’un crédit bancaire de 700 millions d’euros et d’un préfinancement par des ventes en état futur d’achèvement.

Mais les choses se compliquent. Comme le souligne le quotidien, le promoteur doit trouver 200 millions supplémentaires pour acheter à l’Epadesa, l’établissement public d’aménagement, les espaces publics nécessaires et les "volumes aériens". La transaction a été négociée en 2015. "Mais on n’a pas signé car Emin Iskenderov était financé par une banque russe qui refusait de virer les 20 millions du dépôt de garantie sans la signature préalable de la promesse de vente, se souvient une des personnes impliquées côté français. C’est totalement contraire aux pratiques habituelles."

En effet, les investisseurs doivent en principe prélever les garanties sur leurs fonds propres. "Mais Iskenderov en a-t-il?", s'interroge Libé. Patrick Jarry, maire de Nanterre et président de l’Epadesa, a confirmé au journal que rien n’avait été signé au cours de ces deux dernières années. "Le projet est en stand-by", a-t-il déclaré. De son côté, Emin Iskenderov ne répond plus trop aux sollicitations des journalistes. "Comme je l’ai déjà dit, pas de commentaires jusqu’en septembre", a-t-il déclaré par SMS. Dans un message posté mi-mai sur son blog, le promoteur affirmait avoir "commencé les préparatifs pour démarrer les travaux de démolition d’ici quelques mois".

(Article mis à jour le 9 juin)

Julien Mouret